Michelle Bachelet plaide pour un mécanisme chargé de réunir des preuves sur les crimes contre les Rohingyas

10 septembre 2018

Lors de sa première intervention devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU en tant que Haut-commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Michelle Bachelet a plaidé lundi à Genève pour un mécanisme chargé de réunir des preuves sur les crimes commis contre les Rohingyas au Myanmar.

L’ancienne Présidente Chilienne a débuté son intervention en rappelant son passé de détenu politique du régime de Pinochet. Elle a souligné que comme son père, un général, et sa mère, elle a été torturée par les forces de Pinochet. « J’ai aussi été un réfugié et un médecin, y compris pour des enfants torturés », a-t-elle dit.

Selon la nouvelle Haut-Commissaire, les droits de l’homme sont « l’expression de l’objectif central des Nations unies ». « Nous ne pourrons obtenir la paix, la sécurité et le développement durable pour toute société que si nous développons la dignité et l’égalité de tous les êtres humains », a affirmé l’ancienne dirigeante.

Elle a insisté sur la responsabilité du Conseil des droits de l’homme, non seulement de dénoncer tous les cas de violation des droits de l’homme – quelle que soit la qualité de la victime et « indépendamment du régime politique d’un pays donné » –, mais aussi pour défendre, et aider à mieux défendre, les droits inaliénables des populations.

A cet égard, Mme Bachelet a fait observer qu’en tant qu’ancienne Cheffe d’État et cheffe de gouvernement, elle comprenait les préoccupations des États – qui sont les principaux responsables de la protection des droits de leurs populations, a-t-elle rappelé. « Si nous sapons des institutions multilatérales comme celle-ci, nous échouerons face aux défis auxquels nos citoyens font face », a-t-elle toutefois affirmé.

L’inquiétude de Mme Bachelet sur Idlib

Faisant ensuite le tour d’horizon des préoccupations du Haut-Commissariat, la nouvelle Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme a salué les efforts du Conseil des droits de l’homme pour se doter d’un mécanisme d’enquête indépendant pour le Myanmar.

« Je salue les efforts déployés par les Etats pour mettre en place un mécanisme international indépendant pour le Myanmar, destiné à recueillir, consolider, préserver et analyser des preuves des crimes internationaux les plus graves, afin d’accélérer la tenue de procès devant des tribunaux nationaux et internationaux », a avancé Mme Bachelet.

Elle a d’ailleurs exhorté le Conseil à adopter une résolution en ce sens « et à soumettre la question à l’Assemblée générale pour qu’elle l’approuve, afin qu’un tel mécanisme puisse être établi ».

La Haut-commissaire a expliqué que « ce mécanisme complèterait et appuierait » le travail de la Cour pénale internationale (CPI), qui s’est déclarée jeudi dernier compétente pour enquêter sur la déportation de la minorité musulmane rohingya qui pourrait constituer un crime contre l’humanité.

« Il s’agit d’une étape extrêmement importante pour mettre fin à l’impunité et faire face à l’énorme souffrance du peuple rohingya », a affirmé l’ancienne présidente chilienne.

S’agissant du conflit en Syrie, Mme Bachelet a aussi fait part de sa préoccupation face à la crise imminente à Idlib et a appelé tous les pays à prendre d’urgence les mesures nécessaires pour garantir la protection des populations et pour rendre la justice face aux violations des droits de l’homme massives qu’elles sont subies.

Elle s’est également dite choquée par la condamnation à mort, en Égypte, de 75 personnes au terme d’un procès qui ne respectait pas les normes internationales en matière de garanties procédurales.

Le plaidoyer pour le pacte mondial sur les migrations

Au Conseil des droits de l’homme, Mme Bachelet s’est également prononcée sur le pacte mondial sur les migrations qui doit être adopté en décembre.

Pour la Cheffe des droits de l’homme de l’ONU, ce Pacte offre l’espoir d’une meilleure gouvernance des migrations. Il s’agit d’un document équilibré contenant des mesures atteignables et détaillées pour réduire la vulnérabilité des 258 millions de migrants dans le monde, a estimé la Haut-Commissaire.

Pour Mme Bachelet, les mesures hostiles aux migrants – comme l’érection de murs et le refus de respecter leurs droits – « n’offrent aucune solution à long terme et ne suscitent qu’hostilité, misère, souffrance et chaos ». « Il est dans l’intérêt de chaque État », a-t-elle insisté, « d’adopter des politiques migratoires basées sur la réalité et non sur la panique ».

La Haut-Commissaire a fait savoir que d’autres mises à jour du Haut-Commissariat portaient sur les situations dans les pays suivants : Myanmar, Bangladesh, Cambodge, Inde, région du Cachemire (des deux côtés de la Ligne de contrôle), Afghanistan, République populaire démocratique de Corée, Chine, Sri Lanka, Syrie, Yémen, Arabie saoudite, Iraq, Bahreïn, Iran, Égypte, Territoire palestinien occupé, Érythrée, Éthiopie, Mali, Cameroun, Soudan, Soudan du Sud, Somalie, République centrafricaine, Burundi, République démocratique du Congo, Turkménistan, Tadjikistan, Fédération de Russie, Turquie, Ukraine, Colombie, Mexique, Guatemala et Haïti.

A noter que lors de son allocution, Mme Bachelet, qui a pris ses fonctions le 1er septembre dernier, a rendu hommage au travail de son prédécesseur,  Zeid Ra’ad Al Hussein, estimant que l’activisme de l’ancien Haut-Commissaire, son humanité et sa grande intelligence avaient fait avancer la cause des droits de l’homme.

« M. Zeid est vraiment devenu le porte-parole de ceux qui n’avaient pas de voix, les victimes des violations des droits de l’homme », a dit Mme Bachelet.

Suivre l'actualité : précédents articles sur le sujet

Myanmar : la nouvelle cheffe des droits de l’homme de l’ONU appelle à la libération des deux journalistes de Reuters

La Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Michelle Bachelet, a exhorté lundi le Myanmar à libérer « immédiatement et sans condition » Kyaw Soe Oo et Thet Oo Maung, les deux journalistes Reuters, également respectivement connus sous le nom de Moe Aung et de Wa Lone.