Myanmar : la nouvelle cheffe des droits de l’homme de l’ONU appelle à la libération des deux journalistes de Reuters

3 septembre 2018

La Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Michelle Bachelet, a exhorté lundi le Myanmar à libérer « immédiatement et sans condition » Kyaw Soe Oo et Thet Oo Maung, les deux journalistes Reuters, également respectivement connus sous le nom de Moe Aung et de Wa Lone.

Les deux journalistes de l’agence de presse internationale enquêtaient sur l’assassinat début septembre 2017 de dix hommes et garçons rohingyas à Inn Din, un village de l’Etat de Rakhine, dans l’ouest du pays.

Arrêtés le 12 décembre 2017, ils ont été condamnés lundi à une peine d'emprisonnement de sept ans sur des accusations de violation de la loi sur les secrets d'Etat. Une loi « mal définie » a estimé la nouvelle cheffe des droits de l’homme de l’ONU qui vient de prendre ses fonctions samedi.

« Leur couverture du massacre d’Inn Din par des militaires - pour lequelle l’armée a par la suite reconnu sa responsabilité - était manifestement dans l’intérêt du public car elle n’aurait peut-être jamais été découverte », a dit Mme Bachelet. 

Pour la Haute-Commissaire, la condamnation des deux journalistes suit un processus juridique qui « enfreint clairement les normes internationales ».

« Elle envoie un message à tous les journalistes du Myanmar, à savoir qu'ils ne peuvent pas travailler sans crainte, mais doivent plutôt choisir de s'autocensurer ou de risquer des poursuites », a alerté Mme Bachelet qui a demandé que la condamnation des deux journalistes soit annulée et que ces derniers soient libérés. Une demande qui concerne également « tous les autres journalistes actuellement en détention pour leur exercice légitime du droit à la liberté d'expression », a-t-elle précisé.

La Directrice générale de l'UNESCO a réagit à cette condamnation. « Continuons de nous battre pour que la liberté d'expression devienne réalité ! », a dit sur son compte Twitter, Audrey Azoulay, la cheffe de l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture qui a pour mission de souteniret défendre la sécurité des journalistes et la liberté de la presse.

« Le droit à la liberté d’expression et d’information est la pierre angulaire de toute démocratie »

Prenant note « avec préoccupation » de la condamnation des deux journalistes, le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a exhorté les autorités du Myanmar à revoir leur décision et a appelé au plein respect de la liberté de la presse et de tous les droits de l'homme dans le pays.

« Le droit à la liberté d’expression et d’information est la pierre angulaire de toute démocratie », a rappelé le porte-parole du Secrétaire général dans une déclaration de presse rendue publique lundi soir.

« Il est inacceptable que ces journalistes aient été poursuivis pour avoir dénoncé des violations graves des droits de l'homme commises contre les Rohingyas dans l'État de Rakhine », a souligné le porte-parole, ajoutant que le Secrétaire général continuera de plaider en faveur de la libération des journalistes. 

Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH) a indiqué qu’il publiera dans les prochains jours un rapport sur « l'état préoccupant » de la liberté d'expression au Myanmar, avec un certain nombre de recommandations pour une réforme juridique et politique dans le pays.  

« Un sombre moment pour le Myanmar »

Deux experts des droits de l’homme des Nations Unies ont également fermement condamné la condamnation des deux journalistes de Reuters.

« La condamnation de Wa Lone et Kyaw Soe Oo est un sombre moment pour le Myanmar », ont déclaré David Kaye, Rapporteur spécial sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression, et Yanghee Lee, Rapporteure spéciale sur la situation des droits de l’homme au Myanmar, dans un communiqué publié lundi.

« Il s’agit là d’un autre signe clair que le Myanmar s'éloigne du droit international relatif aux droits de l’homme », ont déploré les deux experts, regrettant que la cour n’ait pas reconnu « l’importance du journalisme indépendant, de la liberté d’expression et du droit du public de savoir ».

« Nous exhortons le président à gracier les journalistes et, si l’affaire est portée en appel, à ce que le tribunal prenne en compte les obligations du Myanmar en matière de droits de l’homme et ordonne leur libération», ont déclaré M. Kaye et Mme Lee.

 Les rapporteurs spéciaux avaient déjà fait part de leurs graves préoccupations après l’arrestation et la détention des deux journalistes de Reuters et instamment demandé une plus grande liberté de la presse au Myanmar.

 

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