António Guterres appelle à « faire de Nagasaki le dernier endroit sur terre à subir la dévastation nucléaire »

9 août 2018

Depuis la ville japonaise frappée par la dernière bombe atomique, le chef de l’ONU a appelé les pays du monde entier à s’engager à réaliser le désarmement nucléaire.

Après Tokyo, le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, s’est rendu à Nagasaki, ville de l’ouest du Japon. Dans cette cité portuaire qui fut longtemps la première porte d’entrée dans l’archipel nippon, M. Guterres a participé jeudi à la cérémonie commémorative du 73e anniversaire de l’explosion de la bombe atomique.

Au Mémorial pour la paix de Nagasaki, M. Guterres a présenté ses condoléances à toutes les victimes et survivants des bombes atomiques et rendu hommage aux habitants de la ville. « Cette ville, votre ville, est un symbole d’espoir et de force et un monument à la résilience de ses habitants », a-t-il déclaré.

Le 9 août 1945, le largage de la seconde bombe atomique au-dessus de Nagasaki a tué et blessé des dizaines de milliers de personnes immédiatement après l’explosion, et dans les années et les décennies qui ont suivi. Mais cette tragédie « n’a pas pu briser votre esprit », a dit le Secrétaire général, saluant dans les Hibakushas, les survivants de Nagasaki et d'Hiroshima, des « leaders pour la paix et le désarmement au Japon et dans le monde ».

« (Les Hibakushas) ne se définissent pas par les villes détruites, mais par la paix dont le monde a besoin et qu’ils cherchent à construire », a déclaré M. Guterres. « De l'autre côté de l'apocalypse, les Hibakushas ont fait entendre leurs voix au nom de toute la famille humaine. Nous devons écouter. Il ne peut plus y avoir d'Hiroshimas, plus de Nagasakis et donc plus d'Hibakushas ».

ONU Dan Powell
Le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, plie des origamis avec de jeunes enfant japonais au Mémorial pour la paix de Nagasaki.

Désarmement nucléaire: les États dotés d’armes atomiques ont une responsabilité particulière à cet égard

73 ans après l’explosion de la dernière bombe atomique, « nous craignons toujours une guerre nucléaire », a déploré António Guterres devant les habitants de Nagasaki. « Des millions de personnes, y compris ici au Japon, vivent dans une ombre portée par la crainte d’un carnage impensable », en référence aux périls de la menace nucléaire dans la péninsule coréenne voisine.

Les États en possession d’armes nucléaires dépensent d’énormes sommes pour moderniser leurs arsenaux. Plus de 1,7 trilliard de dollars ont été dépensés en 2017 dans l’armement – « le plus haut niveau depuis la fin de la guerre froide et environ 80 fois le montant nécessaire à l'aide humanitaire mondiale », a dit M. Guterres.

« Ici, à Nagasaki, j'appelle tous les pays à s'engager dans le désarmement nucléaire et à entreprendre d'urgence des progrès visibles », a dit le Secrétaire général, soulignant que les États dotés d’armes nucléaires ont une responsabilité particulière à cet égard.

En mai dernier, le chef de l’ONU a lancé à Genève, Assurer notre avenir commun, son nouveau programme de désarmement reposant sur des mesures concrètes pour réduire le risque d’anéantissement nucléaire, empêcher les conflits de toutes sortes et atténuer les souffrances que la prolifération et l’utilisation des armes causent aux civils.

« Le programme montre clairement que les armes nucléaires compromettent la sécurité mondiale, nationale et humaine », a dit M. Guterres, martelant que l’élimination totale des armes nucléaires demeure la plus haute priorité des Nations Unies en matière de désarmement.

« Laissons Nagasaki et Hiroshima nous rappeler de donner la priorité à la paix tous les jours, de travailler sur la prévention et la résolution des conflits, la réconciliation et le dialogue, et de s'attaquer aux racines du conflit et de la violence », a déclaré le chef de l’ONU. « Engageons-nous tous à faire de Nagasaki le dernier endroit sur terre à subir la dévastation nucléaire ».