Harcèlement sexuel à l’ONU : António Guterres déterminé à faire appliquer une tolérance zéro

12 juillet 2018

Le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a rappelé jeudi sa détermination à lutter contre le harcèlement sexuel dans l’ensemble du système des Nations Unies.

« Ce fléau touche chaque coin de la société - et les Nations Unies ne font pas exception », a reconnu le Secrétaire général, lors d’une conférence de presse, faisant le point sur les nombreuses mesures « sans précédent » prises au Secrétariat depuis sa prise de fonctions.

Le chef de l’ONU a créé une équipe spécialisée au sein du Bureau des services de contrôle interne pour se concentrer sur les enquêtes portant sur le harcèlement sexuel. « La semaine dernière, les États membres du Comité du budget ont approuvé ma proposition de créer six nouveaux postes d'enquêteurs spécialisés dans le harcèlement sexuel », a expliqué le chef de l’ONU aux journalistes. Six postes qui s’ajouteront aux 26 déjà pourvus depuis l’entrée en fonction de M. Guterres à la tête du Secrétariat.

« Cette semaine, nous menons des entrevues en mettant l'accent sur le recrutement de femmes ayant une expertise dans de telles enquêtes. En effet, les deux tiers des candidats sont des femmes », a-t-il dit.

La grande majorité des enquêteurs recrutés ont reçu une formation comportant un volet consacré au harcèlement sexuel. Une formation vise à améliorer les compétences d'interview des victimes et la capacité à traiter les aspects psychosociaux du traumatisme.

L’ONU dispose aujourd’hui de procédures rapides et simplifiées pour recevoir et traiter les plaintes relatives au harcèlement sexuel. Un délai de trois mois a été fixé comme objectif pour tout processus d'enquête.

« Tous les rapports sur le harcèlement sexuel sont désormais considérés comme relevant de la catégorie 1, ce qui signifie qu'ils feront l'objet d'une enquête de la part du Bureau des services de contrôle interne, sans utiliser les domaines d'investigation intermédiaires qui étaient auparavant possibles », a précisé M. Guterres.

De même que dans les cas d’exploitation et d’abus sexuels, l’ONU a décidé d'avoir une approche centrée sur les victimes dans les enquêtes. « Notre nouvelle politique de dénonciation constitue également un solide complément à ces efforts », a ajouté le Secrétaire général.

Au sein de l’ONU, une permanence téléphonique ‘Speak Up’ (Parlez) est désormais disponible 24 heures sur 24 pour permettre au personnel de signaler en toute confidentialité les situations de harcèlement sexuel et de demander conseil.

Un premier sondage auprès du personnel du Secrétariat va être prochainement lancé « afin de mieux comprendre la perception de nos collègues sur la prévalence, la nature et l'expérience du harcèlement sexuel », a ajouté M. Guterres. A ce jour, plus de 14.000 employés de l’ONU ont suivi une formation obligatoire sur le harcèlement sexuel cette année.

La lutte contre le harcèlement sexuel doit s’étendre à tout le système onusien

Malgré toutes les mesures prises au sein du Secrétariat des Nations Unies, M. Guterres a reconnu que « tout cela ne suffit pas ».

« Puisque le défi est à l'échelle du système, notre action doit l'être aussi », a-t-il précisé, soulignant qu’il a encouragé toutes les agences des Nations Unies, y compris celles qui ne sont pas sous son contrôle direct, à adopter des mesures similaires.

L’ONU a également lancé une nouvelle base de données sur les auteurs confirmés de harcèlement, d’exploitation et d’abus sexuels au sein du système des Nations Unies afin qu'ils ne soient pas réembauchés par une autre entité onusienne, « comme cela est parfois arrivé par le passé ».

« Nous harmonisons les politiques et les principes et partageons les meilleures pratiques. Et les mesures prises au Secrétariat soutiendront d'autres actions nécessaires dans l'ensemble du système », a dit le Secrétaire général, indiquant que les capacités du Secrétariat seront à la disposition des agences qui ont des difficultés à mettre en œuvre les mêmes mesures.

« Dans tous ces efforts, mon message est clair : je veux que le personnel se sente confiant de se manifester au lieu de garder le silence par crainte de représailles ou d'enquêtes erronées », a dit le Secrétaire général. « La tolérance zéro dans les mots doit signifier une tolérance zéro dans les actes ».

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