L'insécurité en Afghanistan peut déstabiliser les pays de la région, estime le Conseil de sécurité

17 janvier 2018

De retour d'une mission de trois jours en Afghanistan, le Conseil de sécurité a pu constater que les menaces terroristes et le manque de progrès dans le processus de paix avec les Talibans empêchent une stabilisation durable du pays, ce qui pourrait avoir des conséquences pour les pays de la région.

Président du Conseil de sécurité pour le mois de janvier, le représentant du Kazakhstan, Kairat Umarov, a présenté mercredi un compte-rendu de la mission que le Conseil a effectuée en Afghanistan du 13 au 15 janvier 2018 - la première depuis 2010.

M. Umarov a souligné que la situation sécuritaire demeurait extrêmement volatile. Il a déploré le nombre croissant de victimes, en raison des « tactiques » de plus en plus violentes utilisées par les groupes terroristes. Il s'est dit particulièrement préoccupé par la présence et l'activité, dans l'est et le nord du pays, de l'État islamique-Province de Khorasan (EI-KP), qui a intensifié ses attaques contre la population chiite, alimentant ce faisant les tensions sectaires et ethniques dans le pays.

Un autre défi est le retour de combattants terroristes étrangers qui se trouvaient en Syrie et en Iraq, a-t-il continué. Le représentant a averti que le territoire afghan pourrait être utilisé pour déstabiliser des pays de la région, avant de mentionner les liens étroits qui existent entre l'extrémisme violent et le trafic de stupéfiants. « Quand la guerre est financée par le trafic de stupéfiants, l'insécurité peut avoir des conséquences négatives pour la stabilité de toute la région ».

Les sanctuaires pour les Talibans : principal obstacle à la paix

Le représentant a indiqué que le gouvernement afghan avait identifié le principal obstacle à la paix : les sanctuaires pour les Talibans situés à l'extérieur du pays. C'est pourquoi Kaboul a réitéré sa volonté d'un engagement constructif avec les pays voisins en vue de vaincre le terrorisme et de négocier. M. Umarov a ensuite déploré le manque de progrès dans l'avancement du processus de paix, alors que le gouvernement doit bientôt présenter sa stratégie en vue de parvenir à un accord avec l'opposition armée.

Il n'y a pas de solution exclusivement militaire en Afghanistan et il faut déployer des efforts sur tous les plans pour vaincre l'opposition armée, a déclaré M. Umarov en misant sur le processus politique. Il a indiqué que le Haut Conseil de paix afghan visait, pour les prochaines années, à initier des pourparlers avec les Talibans, en s'appuyant sur l'accord de paix signé en 2016 avec Hizb-i Islami de Gulbuddin Hekmatyar.

« Certains de nos interlocuteurs ne se sont néanmoins pas montrés très optimistes, en relevant que des mesures significatives manquaient encore pour mettre le processus de paix sur les rails, malgré la volonté d'ouverture du gouvernement », a dit le représentant. En outre, le fait que les Talibans sont un mouvement fragmenté, et non pas un parti politique, ne facilite pas la tenue d'un dialogue constructif, a-t-il ajouté.

Les élections doivent être transparentes, inclusives et organisées dans les délais fixés

Le Président du Conseil de sécurité a souligné que le processus de paix en Afghanistan était mené en même temps que les efforts visant à parvenir à une gouvernance transparente, à la tenue des élections cette année et à la conduite des réformes. Il a rapporté à ce titre l'appel lancé par les membres du Conseil pour que se tiennent, cette année, des élections transparentes, inclusives et dans les délais fixés, « afin de garantir la crédibilité du gouvernement, de restaurer la confiance de la population dans les institutions et de prévenir une plus grande instabilité ».

Alors que les préparatifs des élections sont en cours, le gouvernement d'unité nationale continue de donner la priorité à son programme de réformes, en mettant l'accent sur l'Etat de droit, la lutte contre la corruption et la réforme du secteur de la sécurité, a noté M. Umarov. Il a toutefois mentionné les préoccupations de certains groupes politiques devant la logique de faction au sein du gouvernement, laquelle est de nature à créer des tensions politiques. « Il est crucial qu'un dialogue constructif soit rétabli entre les forces politiques afghanes », a-t-il affirmé.

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