Sierra Leone : l'ONU s'inquiète de retards dans le processus démocratique

Le Représentant du Secrétaire général pour le Sierra Leone, Michael von der Schulenburg. Photo ONU/Rick Bajornas
Le Représentant du Secrétaire général pour le Sierra Leone, Michael von der Schulenburg. Photo ONU/Rick Bajornas

Sierra Leone : l'ONU s'inquiète de retards dans le processus démocratique

Le défi majeur que représente la tenue des élections de novembre 2012 en Sierra Leone, l'armement des unités paramilitaires de la police, plusieurs incidents violents et le retard pris par le Gouvernement dans l'accomplissement de tâches dans certaines étapes du processus démocratique ont été les principaux sujets d'inquiétude exprimés jeudi devant le Conseil de sécurité, par le Représentant exécutif du Secrétaire général chargé du Bureau intégré des Nations Unies pour la consolidation de la paix en Sierra Leone (BINUCSIL).

Présentant le rapport du Secrétaire général sur le BINUCSIL, Michael von der Schulenburg a rappelé les avancées spectaculaires qu'a faites la Sierra Leone au cours des 10 dernières années. « Le pays ne serait pas là où il se trouve aujourd'hui sans la contribution des dirigeants, des chefs traditionnels, des leaders religieux musulmans et chrétiens, et des autres membres actifs de la société civile comme les femmes, les journalistes et les artistes sierra-léonais », a-t-il expliqué.

Après la mise en œuvre réussie du processus « Vérité et réconciliation » en Sierra Leone, plusieurs institutions démocratiques indépendantes ont été créées, a-t-il ajouté, citant notamment la Commission électorale nationale, la Commission d'enregistrement des partis politiques et la Commission indépendante des médias.

Les élections de novembre prochain constituent un défi majeur pour le pays, a-t-il averti, soulignant « la lourde responsabilité qui pèse sur l'élite politique ».

M. von der Schulenburg a demandé que des explications soient fournies par les autorités sierra-léonaises concernant l'importation par le gouvernement d'armes d'assaut, en janvier dernier, pour équiper des unités paramilitaires de la police. Il a rappelé que la Commission Vérité et réconciliation avait conseillé de mettre fin à l'existence de toutes formes d'unités de maintien de l'ordre de type paramilitaire.

Le Représentant exécutif du Secrétaire général, qui a dirigé le BINUCSIL pendant quatre ans et dont le mandat à la tête du Bureau tire à sa fin, s'est aussi inquiété d'autres incidents récents, comme l'attaque dont a été victime le candidat de l'opposition à l'élection présidentielle en septembre dernier, et celle perpétrée par des membres de l'opposition contre des biens du parti au pouvoir.

Michael von der Schulenburg, Chef sortant du BINUCSIL, a formulé plusieurs recommandations et demandé notamment à l'opposition de dialoguer avec le gouvernement.

En outre, il a demandé que les électeurs ne soient pas victimes d'intimidations. Il a aussi suggéré que le gouvernement clarifie différentes allégations concernant le rôle que le Ministre de l'intérieur aurait joué dans plusieurs incidents violents. Il a également appelé les parties à revenir à la lettre du communiqué conjoint publié par les deux principaux partis politiques à la date du 2 avril 2009, et en particulier à en respecter trois points essentiels. Il a ainsi demandé la publication du rapport officieux de la Commission d'enquête Shears-Moses, qui porte sur les incidents violents de mars 2009, faisant valoir que ce rapport a été soumis au Président Bai Koroma il y a déjà deux ans.

Par ailleurs, M. von der Schulenburg a souhaité que le gouvernement adopte des mesures d'ajustement nécessaires pour que la société nationale de radiodiffusion soit vraiment celle de tous les Sierra-Léonais. Il a aussi demandé que soit adoptée sans retard la loi électorale révisée. Enfin, il a plaidé pour que tous les dirigeants politiques continuent à appuyer les initiatives transversales, félicitant à cet égard l'Association des femmes de tous les partis politiques pour le travail remarquable accompli par ses membres.

Enfin, tout en soulignant la richesse des ressources naturelles de la Sierra Leone, M. von der Schulenburg a relevé que les grands investissements effectués dans l'industrie minière n'ont pas encore bénéficié à la majorité de la population. Comparant la situation de la Sierra Leone avec celle de la République de Corée dans les années 1960, il a rappelé que cette dernière s'en était sortie en misant sur le secteur de l'éducation. Il a donc lancé un appel aux Sierra-Léonais pour qu'ils investissent dans ce domaine.