Le HCR appelle le Mozambique à cesser les expulsions de demandeurs d'asile

Le HCR appelle le Mozambique à cesser les expulsions de demandeurs d'asile

Des Ethiopiens se reposent sous un arbre au Mozambique après avoir marché le long de la côte en route vers le sud.
Le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a appelé vendredi les autorités du Mozambique à cesser les expulsions de demandeurs d'asile, lui rappelant ses obligations dans le cadre de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés et de la Convention de l'Organisation de l'Union africaine de 1969 sur les réfugiés.

Mardi matin, 93 demandeurs d'asile, qui étaient arrivés dans le nord-est du Mozambique, ont été expulsés vers la Tanzanie. Ce groupe, qui comprenait 59 Somaliens et 34 Ethiopiens, était arrivé par bateau près de Mocimboa da Praia dans la province de Cabo Delgado. La plupart d'entre eux étaient de jeunes hommes, a dit une porte-parole du HCR, Melissa Fleming, lors d'une conférence de presse à Genève.

Dans la ville de Mocimboa da Praia, le personnel du HCR a rencontré ce groupe avant son expulsion. Les demandeurs d'asile ont indiqué que leur groupe comptait initialement 134 personnes souhaitant rejoindre le Mozambique par la mer. Elles avaient été forcées à sauter par-dessus bord à environ trois kilomètres au large des côtes, après que l'équipage a repéré des bateaux de patrouille. Quatre personnes se seraient noyées avant de pouvoir atteindre la côte. D'autres ont réussi à se regrouper sur la côte et ont marché durant près de 12 heures dans une forêt dense. La police a trouvé 93 d'entre elles et les a transportées dans un vaste bâtiment de Macimboa da Praia. 37 autres personnes de ce groupe sont portées disparues, elles se seraient perdues dans la forêt.

« Notre équipe a organisé le transport, par la police, de ces 93 personnes vers la ville de Palma, à environ 80 kilomètres de Mocimboa da Praia. Un centre de réception y est actuellement en construction pour les demandeurs d'asile récemment arrivés. Nous avons été choqués d'apprendre plus tard qu'au lieu d'avoir été transporté vers le centre de réception, ce groupe a été emmené au commissariat de police, d'où il a ensuite été expulsé. Des hauts fonctionnaires de police ont indiqué au HCR qu'ils avaient reçu l'ordre d'expulser tous les nouveaux arrivants », a dit la porte-parole.

Certains des demandeurs d'asile ont toutefois réussi à arriver à Palma par leurs propres moyens et ils ont été transférés ce week-end au camp de réfugiés de Maratane qui est géré par le HCR. Ils ont expliqué au HCR que les autorités mozambicaines avaient confisqué leurs téléphones portables ainsi que leurs chaussures, pour les empêcher de pénétrer plus à l'intérieur du Mozambique.

Ces informations ont également été confirmées par d'autres organisations internationales à Palma ainsi qu'une mission conjointe du HCR avec les autorités tanzaniennes, qui a mené des entretiens avec des demandeurs d'asile expulsés retrouvés dans un autre site localisé à la frontière en Tanzanie. Certains de ces demandeurs d'asile ont été témoins ou ont eux-mêmes subi des violences de la police ou des gardes-frontières. Certains ont expliqué que, lors de précédentes tentatives d'entrée au Mozambique, ils n'avaient pas été expulsés vers des postes frontières officiels vers la Tanzanie. Après avoir été dépouillés de leurs vêtements et de leurs affaires, ils avaient été abandonnés sur une île déserte isolée au sud de la rivière Rovuma – marquant la frontière entre la Tanzanie et le Mozambique. Malgré une grande faiblesse physique, ils ont dû traverser la rivière qui est peuplée de crocodiles et d'hippopotames. Un grand nombre d'entre eux n'auraient pas réussi à rejoindre l'autre rive. D'autres auraient également essayé de retourner au Mozambique, mettant ainsi leur vie en danger.

Selon la porte-parole, « ce n'est pas la première tragédie de ce type. La semaine dernière, le HCR a reçu, de la part du personnel d'une autre organisation internationale, des informations sur l'expulsion de 150 personnes le 16 juin dernier. Cela nous a été confirmé par nos collègues en Tanzanie. »

Le HCR a écrit au gouvernement du Mozambique pour lui rappeler ses obligations dans le cadre de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés et de la Convention de l'OUA de 1969 sur les réfugiés.

Entre janvier 2010 et juin 2011, 7.450 demandeurs d'asile somaliens et éthiopiens sont arrivés au camp de Maratane. Parmi eux, on compte 3.154 Somaliens et 4.296 Ethiopiens. Un grand nombre d'entre eux tenteraient de continuer leur route vers l'Afrique du Sud.