Côte d'Ivoire : l'ONU juge qu'il faut renforcer le mandat de sa Mission

Côte d'Ivoire : l'ONU juge qu'il faut renforcer le mandat de sa Mission

Des Casques bleus au siège de l'ONUCI à Abidjan.
Alors que la situation sécuritaire et humanitaire se dégrade en Côte d'Ivoire, le Sous Secrétaire général des Nations Unies aux opérations de maintien de la paix, Atul Kare, a exhorté vendredi le Conseil de sécurité à renforcer le mandat de l'Opérations des Nations Unies dans ce pays (ONUCI) afin de garantir la protection des populations.

Faisant référence à la résolution récemment adoptée par la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), Atul Kare a rappelé aux 15 membres du Conseil de sécurité que « la résolution estime que le temps est venu de renforcer sans délais les décisions afin de garantir le transfert de pouvoir au Président Alassane Ouattara ». L'ancien Président Laurent Gbagbo refuse de reconnaître sa défaite à l'élection présidentielle de l'an dernier et de céder le pouvoir à M. Ouattara.

Les Etats de la CEDEAO demandent « au Conseil de sécurité de considérer la situation en Côte d'Ivoire en vue de renforcer le mandat de l'ONUCI et d'adopter des sanctions plus rigoureuses contre M. Gbagbo et son camp ».

« Finalement, ils exhortent la communauté internationale à garantir l'instauration d'un environnement pour que l'ONUCI puisse exercer son mandat y compris la protection des civils », a-t-il ajouté en soulignant que la CEDEAO demandait également au Conseil de sécurité de fournir au gouvernement du Président Alassane Ouattara tous les moyens légaux et diplomatiques pour exercer son autorité.

Le Sous Secrétaire général a estimé que la situation se dégradait dans le pays notamment « avec l'utilisation par les forces loyales à M. Gbagbo d'armes lourdes contre les populations civiles à Abidjan, particulièrement à Abobo, Adjamé, Attecoubé, Koumassi, Treichville et Williamsville qui sont des quartiers réputés favorables à Alassane Ouattara ».

Il a précisément énuméré les nombreux incidents et affrontements meurtriers qui sont survenus ces derniers mois notamment l'attaque armée contre des femmes manifestant pacifiquement le 3 mars dernier dans les rues d'Abidjan ou encore les tirs à l'arme lourdes sur le marché d'Abobo le 17 mars dernier.

A ce jour, l'ONUCI a dénombré 462 morts depuis le début de la crise postélectorale mi-décembre 2010. L'Operations des Nations Unies a également dénombré 254 personnes blessées dont 131 avec des armes à feu, 77 à cause d'explosions de grenades et 46 suite à des attaques à la machette ou de graves brûlures.

« De nombreux affrontements sont survenus entre les Jeunes Patriotes et les militants du Président Ouattara dans le quartier de Yopougon à Abidjan », a souligné Atul Kare qui a précisé que le Président Ouattara avait signé un accord le 17 mars dernier proclamant la création des Forces républicaines de Côte d'Ivoire, issues de la fusion des Forces armées nationales et des Forces armées des Forces Nouvelles.

Il a aussi exprimé son inquiétude sur le recrutement et l'armement des Jeunes Patriotes suite aux appels répétés de Charles Blé Goudé à la jeunesse.

Sur le plan politique, le Président Alassane Ouattara a déclaré le 15 mars dernier qu'il avait accepté les décisions prise par le Conseil pour la paix et la sécurité de l'Union africaine notamment la formation d'un gouvernement d'union nationale et l'établissement d'une Commission vérité et réconciliation ainsi que la mise en œuvre complète des Accords de Ouagadougou.

De son côté, le cabinet du camp Gbagbo a publié un communiqué le 17 mars déclarant que l'Union africaine avait pris des décisions « sans effectuer une évaluation adéquate des élections et que le dialogue inter-ivoirien constituait la seule voie pour résoudre cette crise ». Peu après cette déclaration Charles Blé Goudé a appelé les Jeunes Patriotes à se mobiliser pour « libérer la Côte d'Ivoire ». Selon le Haut commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme, plus de 5.000 jeunes faisaient la queue cette semaine pour s'enrôler.

Dans ce contexte, l'ONUCI a renforcé ses patrouilles dans les zones d'affrontements afin de protéger les populations civiles. La Mission onusienne est également en train de documenter et d'enquêter sur les nombreuses violations des droits de l'homme dans le pays, a indiqué Atul Kare.

Sur le plan humanitaire plus de 93.000 personnes sont aujourd'hui refugiées au Libéria voisin et plus d'un million de personnes seraient déplacées dans le pays, dont 300.000 provenant d'Abidjan.

« Les Jeunes Patriotes et les forces de sécurité loyales à M. Gbagbo continuent d'entraver les opérations de l'ONUCI, notamment en bloquant ses patrouilles pour accéder aux zones d'affrontements entre les forces loyales à M. Gbagbo et les militants du Président Ouattara. De plus, de nombreuses attaques contre le personnel des Nations Unies ont été dénombrées », a-t-il souligné.

Dans un entretien accordé mercredi à Télé Côte d'Ivoire, le Représentant spécial de l'ONU pour la Côte d'Ivoire, Y J Choi, a rappelé l'importance de sortir de cette crise non seuleument pour le pays mais également pour l'Afrique toute entière.

« Si nous échouons en Côte d'Ivoire, il y aura lieu d'être désespéré. Mais je suis sûr que nous allons réussir en Côte d'Ivoire. Si on échoue ici, quel message allons-nous donner aux pays africains, aux 17 ou 18 pays africains qui auront des élections cette année ? Le message serait 'les élections, ça ne compte rien'. Si vous gagnez, tant mieux, si vous perdez, vous vous accrochez avec les forces militaires. Nous ne devons jamais échouer en Côte d'Ivoire. Et je suis sûr, que nous allons faire prévaloir la volonté du peuple tôt ou tard. Ça sera la fin de la crise », a dit Y J Choi.

Sur la question du renforcement du mandat de l'ONUCI, le Représentant spécial a rappelé que « c'est au Conseil de sécurité de réfléchir et de prendre une décision ».

« Au regard du Chapitre 7 de la Charte des Nations Unies, il y a deux possibilités : le maintien de la paix, ce que nous nous faisons actuellement et l'imposition de la paix, c'est-à-dire, le combat contre les forces hostiles. Nous n'en sommes pas là. Nous sommes au maintien de la paix et non à l'imposition de la paix », a-t-il conclu.