Paludisme : l'OMS préoccupée par la résistance aux traitements

Paludisme : l'OMS préoccupée par la résistance aux traitements

Un enfant dormant sous une moustiquaire imprégnée d'insecticide.
Si rien n'est fait rapidement pour prévenir l'apparition et la propagation de parasites pharmaco-résistants, le monde risque de perdre son traitement le plus efficace contre le paludisme, s'inquiètent l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) et l'initiative « Faire reculer le paludisme » (RBM) dans leur nouveau plan d'action de lutte contre la maladie adopté mercredi.

« L'utilité de notre arme la plus efficace contre le paludisme est aujourd'hui menacée », a déclaré la Directrice générale de l'OMS, Margaret Chan. « Ce nouveau plan offre l'occasion, sans précédent dans l'histoire de la lutte contre le paludisme, d'interrompre l'émergence de la pharmaco-résistance à sa source et de prévenir une nouvelle propagation internationale. Les conséquences d'une résistance étendue aux artémisinines nous obligent à agir », a-t-elle ajouté.

Ce plan, intitulé Global Plan for Artemisinin Resistance Containment, présente les mesures à prendre pour endiguer et prévenir la résistance aux artémisinines, composants essentiels des médicament antipaludiques comportant de l'artémisinine (ACT), arme la plus efficace contre la forme la plus mortelle de paludisme. Une résistance aux artémisinines est déjà apparue dans certaines zones à la frontière entre le Cambodge et la Thaïlande. Bien que les ACT soient actuellement efficaces à plus de 90% au niveau mondial, « il est essentiel d'agir vite », martèle l'OMS. « Si ces traitements cessent d'être efficaces, de nombreux pays n'auront aucune solution de rechange », estime l'organisation.

L'OMS propose en priorité d'arrêter la propagation des parasites résistants. Un programme de lutte antipaludique totalement financé et mis en œuvre, tel que celui présenté dans le Plan d'action mondial contre le paludisme, « répondrait à un grand nombre des besoins relatifs à l'endiguement et à la prévention de la résistance aux artémisinines », estime l'agence tout en soulignant que des fonds supplémentaires sont nécessaires. Selon ce plan mondial, le coût supplémentaire s'élèverait de 10 à 20 dollars par personne dans les régions où la résistance est confirmée (frontière entre le Cambodge et la Thaïlande) et de 8 à 10 dollars par personne dans les zones à risque du bassin du Mékong.

La seconde priorité serait l'accroissement du contrôle et de la surveillance de la résistance aux artémisinines. L'OMS a estimé en 2010 que seuls 31 des 75 pays qui devraient tester systématiquement l'efficacité des ACT le faisaient effectivement. Dans les zones où il n'y a pas de surveillance continue, il existe un risque d'émergence silencieuse de la résistance aux artémisinine.

Le plan propose d'améliorer l'accès aux tests de diagnostic du paludisme et à un traitement rationnel par des ACT. Ces thérapies servent fréquemment à traiter des affections fébriles autres que le paludisme. La mauvaise utilisation d'ACT peut accroître le risque de résistance.

Enfin, l'OMS plaide en faveur d'investissements massifs dans la recherche pour combattre cette résistance du virus.

Selon l'OMS, le nombre de cas de paludisme a baissé de plus de 50% dans 43 pays au cours de la dernière décennie. Une récente étude a montré que plus de 730.000 vies ont été sauvées dans 34 pays entre 2000 et 2010 grâce à la généralisation de l'utilisation des moustiquaires imprégnées.