Afghanistan : l'ONU appelle à appliquer la loi contre les violences visant les femmes

Afghanistan : l'ONU appelle à appliquer la loi contre les violences visant les femmes

Trois fillettes afghanes à Kaboul.
Les pratiques traditionnelles qui violent les droits fondamentaux des femmes et des filles sont très répandues en Afghanistan et sont présentes à des degrés divers dans toutes les communautés du pays, a souligné jeudi la Mission de l'ONU en Afghanistan (MANUA), qui a rendu public un rapport appelant à une mise en œuvre rapide de la loi contre la violence faite aux femmes et aux filles.

Dans ce rapport de 56 pages, rédigé en partenariat avec le Haut commissariat aux droits de l'homme de l'ONU et intitulé « Pratiques traditionnelles néfastes et mise en œuvre de la loi sur l'élimination de la violence contre les femmes en Afghanistan », la MANUA dresse la liste des pratiques coutumières qui violent les droits fondamentaux des femmes, y compris les mariages forcés, l'isolement forcé dans les foyers ou les « crimes d'honneur ». Le document formule aussi des recommandations à l'attention du gouvernement afghan pour qu'il mette fin à ces pratiques.

Basé sur des discussions, des entretiens, des recherches approfondies réalisés en 2010 dans les 34 provinces d'Afghanistan avec des femmes, des hommes, des représentants des autorités gouvernementales, des chefs religieux et des groupes communautaires, le rapport de la MANUA fait le constat que ces pratiques sont monnaie courante et surviennent dans les collectivités rurales et urbaines ainsi qu'au sein de tous les groupes ethniques, et ont été aggravées par trois décennies d'insécurité, d'instabilité et de pauvreté.

Enracinées dans les coutumes locales, ces pratiques discriminatoires à l'égard des femmes, de leur rôle et de la position sociale engendrent la souffrance, l'humiliation et la marginalisation de millions de femmes et filles afghanes.

« Tant que les femmes et les filles sont soumises à des pratiques qui leur nuisent, les dégradent et les privent de leurs droits, peu de progrès significatifs et durables peuvent être faits en Afghanistan », a insisté la Directrice des droits de l'homme au sein de la MANUA, Georgette Gagnon. « Pour garantir les droits des femmes afghanes - leur participation à la vie publique, y compris dans le processus de paix, de réconciliation et de réinsertion, l'égalité des chances dans l'éducation et l'emploi- il faut non seulement des garanties juridiques et constitutionnelles sur le papier, mais le plus important, c'est encore leur application rapide et adéquate ».

Le rapport de la MANUA relève aussi que les pratiques néfastes sont encore renforcées par « l'incapacité du gouvernement afghan à protéger pleinement les droits des femmes et des filles ». Rappelant que ces pratiques sont aussi contraires à la loi islamique (charia), il souligne en particulier « la nécessité d'accélérer la mise en œuvre de la loi sur l'élimination de la violence à l'égard des femmes (loi EVAW) qui criminalise ces multiples pratiques néfastes ».

Le rapport montre aussi que de nombreux Afghans interrogés, hommes et femmes, estiment que le moyen de mettre fin à ces pratiques est de renforcer la formation et l'éducation des dirigeants religieux sur les droits des femmes et la violence exercée contre celles-ci. Selon eux, « le poids moral des chefs religieux peut leur permettre de conseiller les collectivités locales sur les aspects néfastes, dégradants et discriminatoires de certaines pratiques qui sont dans la plupart des cas incompatibles avec la loi islamique ».

Promulguée en août 2009, la loi EVAW a représenté une avancée majeure dans la protection juridique des droits des femmes en Afghanistan. « Si elle était pleinement mise en œuvre, la loi pourrait considérablement aider à mettre fin aux pratiques les plus nuisibles », insistent les auteurs du rapport, qui rappellent que cette législation a été élaborée pour éliminer les « coutumes, traditions et pratiques qui engendrent la violence contre les femmes contrairement à la religion de l'Islam ».

« L'urgence est maintenant de sensibiliser les dirigeants et le grand public sur cette loi EVAW et d'assurer sa pleine mise en œuvre. La police et de la justice afghane ont besoin de beaucoup plus de directives et d'assistance de la part des autorités nationales pour appliquer correctement la loi », a souligné Georgette Gagnon.

En conclusion de son rapport, la MANUA invite donc le gouvernement afghan, les chefs religieux, les communautés, la société civile et les donateurs internationaux à prendre immédiatement toutes les mesures possibles pour mettre fin aux pratiques traditionnelles néfastes et d'appliquer intégralement la loi EVAW.

Elle recommande en particulier au gouvernement afghan, y compris le président, de continuer à afficher publiquement le caractère prioritaire pour la paix et la stabilité, du respect des droits des femmes. La mission onusienne appelle notamment le chef de l'Etat à faire libérer les filles et les femmes en détention pour « fugue », ce qui n'est pas un crime selon la loi afghane.

Elle appelle également la Cour suprême et le procureur général du pays à prendre les mesures nécessaires pour faire appliquer la loi EVAW, par les tribunaux, la police et les procureurs locaux.

La MINUA demande aussi au Ministère de la Justice, en collaboration avec la Commission nationale pour la prévention de la violence à l'égard des femmes, d'assurer la formation de tous les fonctionnaires de police et à renforcer leurs capacités à faire appliquer la loi.

Elle soutient encore la mise en place de programmes de formation et de sensibilisation destinés aux mollahs, aux imams et aux enseignants de la religion, par les autorités religieuses, en partenariat avec du ministère du Hadj et des affaires religieuses et celui des Affaires féminines.

Enfin, le rapport de la MINUA recommande d'accroître le soutien international des bailleurs de fonds au gouvernement afghan et aux initiatives de la société civile visant à l'application de la loi EVAW.