Budget de l'ONU : l'Union européenne rejette la proposition américaine

2 décembre 2005

Répondant aux spéculations sur la faculté du Secrétariat de disposer d'un budget d'ici la fin de l'année, l'ambassadeur du Royaume-Uni, dont le pays a la présidence de l'Union européenne (UE), a fait savoir aujourd'hui que les pays de l'UE rejetaient la proposition des Etats-Unis de n'adopter qu'un budget partiel, pour une période de trois mois, en attendant l'adoption des réformes demandées dans le document final du sommet mondial.

L'ONU doit pouvoir continuer à fonctionner dès le 1er janvier, a déclaré Emyr Jones Parry, représentant du Royaume-Uni auprès des Nations Unies et président du Conseil de sécurité pour le mois de décembre, lors d'une conférence de presse donnée aujourd'hui, au siège de l'ONU à New York.

image• Retransmission de la conférence de presse sur le programme de travail du Conseil de sécurité pour le mois de décembre [27mins]

« Tout ce que nous voulons, c'est un budget qui reflète ce dont les chefs d'État et de gouvernement ont convenu au sommet de septembre », a-t-il martelé.

Si le budget – estimé à 3,89 milliards de dollars pour la période 2006-2007 et adopté tous les deux ans au mois de décembre - n'est pas voté, l'ONU sera paralysée, a-t-il prédit, en se démarquant de cette « tentative de prise d'otage ».

Au cours de sa conférence de presse, le représentant du Royaume-Uni a par ailleurs rappelé que l'UE attendait, avant la fin de l'année, des décisions concrètes sur la création du Conseil des droits de l'homme et de la Commission de consolidation de la paix ainsi que sur la réforme de la gestion du Secrétariat des Nations Unies.

Loin d'être un « caprice de quelques États », la réforme de la gestion, a affirmé Emyr Jones Parry, est dans l'intérêt de tous les 191 États Membres. Mais, a-t-il reconnu, il s'agit d'un défi permanent plutôt que d'un évènement.

Le représentant a divisé en trois points les revendications de l'UE. D'abord, nous voulons des « gains immédiats » sur les mesures liées à la protection des témoins, à la commission d'éthique et aux services de contrôle interne. L'UE veut aussi que le Secrétariat prouve dans un rapport consolidé la mise en œuvre et l'efficacité des mesures qu'il a déjà mises en place. Enfin, l'UE souhaite l'introduction d'une meilleure flexibilité dans la budgétisation.

Pressé par les journalistes, il a reconnu qu'il était clair que le Royaume-Uni n'adhérera pas à un budget qui ne tienne pas compte de ces trois points et qui n'identifie pas précisément les mesures à prendre pour 2006. Il ne s'agit nullement de conditionner l'adoption d'un budget à l'inclusion de ces points, a tenté de convaincre le représentant britannique, mais plutôt de traduire dans la réalité une « ferme détermination à voir des progrès ».

Le Royaume-Uni est favorable, a-t-il aussi annoncé, à un réexamen du budget qui pourrait augmenter ou diminuer selon les besoins. En effet, a-t-il dit, la mise en œuvre d'un programme de départs volontaires coûtera de l'argent et les États Membres doivent connaître avec précision le nombre de fonctionnaires concernés et les sommes d'argent nécessaires.

Le représentant a poursuivi en jugeant que l'introduction d'une « culture de modernité » dans la gestion du Secrétariat ainsi que le renforcement des pouvoirs du Secrétaire général ne diminueraient en rien les prérogatives de l'Assemblée générale. C'est toujours l'Assemblée générale qui votera les mandats et c'est toujours devant elle que le Secrétariat aura à répondre de l'exécution de ces mandats. Bien au contraire, l'autorité de l'Assemblée générale en sortira renforcée puisque, selon l'entendement de l'Union européenne, il s'agit de rendre le Secrétariat plus responsable de ses actes.

Pour sa part, le représentant des Etats-Unis, John Bolton, a affirmé aujourd'hui à l'ONU : « les Etats-Unis n'ont jamais dit qu'ils allaient prendre en otage le budget ».

« En raison du conflit entre la traditionnelle date butoir du 31 décembre pour l'adoption du budget biennal et la mission confiée au Secrétariat de revoir les mandats [de l'Assemblée générale] et les règlements internes de l'ONU, qui doit s'achever en février, les Etats-Unis ont pensé à un mécanisme qui pourrait combiner les deux », a-t-il ajouté.

Dans le document final du sommet mondial, les Etats membres ont confié au Secrétariat la mission de réexaminer tous les mandats découlant des résolutions de l'Assemblée générale qui remontent à plus de cinq ans.

« Pour ne pas interrompre les travaux des Nations unies, nous proposons un budget partiel, pour les trois prochains mois, au cours desquels les Etats Membres pourraient étudier les recommandations du Secrétariat concernant la réforme et la manière dont ces réformes pourraient être mises en œuvre afin qu'elles puissent être prises en compte dans le budget. Nous pourrions ensuite considérer le budget biennal », a poursuivi John Bolton.

« La réforme devrait déterminer le budget et non l'inverse », a estimé le représentant américain.

image• Retransmission de la rencontre de John Bolton avec la presse [11mins]

« Si le budget n'est pas voté, il y aura une crise financière majeure », a déclaré aujourd'hui Kofi Annan, lors d'une rencontre avec la presse.

En raison des divergences entre les Etats membres sur l'adoption du prochain budget biennal des Nations unies, qui menacent l'ONU d'une crise financière sans précédent, le Secrétaire général a décidé hier d'annuler dans l'immédiat sa tournée en Asie prévue pour la semaine prochaine (voir notre dépêche d'aujourd'hui sur la polémique).

Le budget pour la période 2006-2007 est estimé à 3,89 milliards de dollars - dont 73,4 millions liés à la mise en œuvre des réformes décidées par les Etats Membres lors du sommet mondial de septembre dernier.

Dans ce budget sont incluses toutes les activités administrées par les Nations Unies, excepté les opérations de maintien de la paix, les activités des tribunaux internationaux et des agences spécialisées qui sont financées par d'autres contributions.

Le budget ordinaire de l'ONU est approuvé par l'Assemblée générale pour une période de deux ans.

 

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