Appel humanitaire 2006 : 4,7 milliards de dollars seront nécessaires pour sauver 31 millions de personnes

30 novembre 2005

La Coordination humanitaire des Nations Unies a lancé aujourd'hui son appel à contributions pour 2006, d'un montant sans précédent de 4,7 milliards de dollars pour aider 31 millions de personnes dans le monde. Un chiffre qui, selon Jan Egeland, correspond à 48h de dépenses militaires dans le monde ou à deux tasses de café bues par un milliard de personnes dans les pays riches.

« Nous lançons un vaste appel humanitaire qui s'élève à 4,7 milliards de dollars pour venir en aide à 31 millions de personnes dans 26 pays », a déclaré aujourd'hui Jan Egeland, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d'urgence des Nations Unies, présentant l'« Appel humanitaire 2006» lors d'une conférence de presse donnée u siège de l'ONU à New York (Voir notre dépêche d’aujourd’hui sur le message du Secrétaire général).

image• Retransmission de la conférence de presse de Jan Egeland[48mins]

L'Appel humanitaire 2006 comprend d'abord les 14 appels consolidés, d'un montant de 1,82 milliards de dollars pour porter assistance au Burundi, à la République centrafricaine, au Tchad à la Côte d'Ivoire, à la Guinée, au Liberia, aux Territoires palestiniens occupés, à la République du Congo, à la Somalie, à l'Ouganda, au Zimbabwe, à la région des Grands Lacs et la région de l'Afrique de l'Ouest.

Il comprend aussi l'assistance à des crises spécifiques, parmi lesquelles le Soudan, la République démocratique du Congo (RDC), la Fédération de Russie et la Colombie, pour un total de 2,85 milliards de dollars.

L'importance des appels pour le Soudan - 1,5 milliards de dollars - et pour la RDC - plus d'un milliard de dollars -, où meurent chaque jour quelque 1.000 personnes, s'explique par le fait que le personnel humanitaire a désormais accès à une plus grande population dans le besoin, a expliqué Jan Egeland.

« Nous n'avons jamais demandé autant d'argent dès le début de l'année », a-t-il annoncé, précisant que le chiffre pourrait augmenter si des crises imprévues survenaient en 2006.

« Je ne crois pas que nous demandons trop », a-t-il insisté.

Le total de 4,7 milliards de dollars est « l'équivalent de 48 heures de dépenses militaires dans le monde » ou de « deux tasses de café (à 2 dollar) consommées par 1 milliards de personnes dans les pays riches », a-t-il comparé.

A l'augmentation du budget, le Secrétaire général adjoint a fourni trois explications principales.

Premièrement, s'agissant des crises causées par un conflit armé, « le paradoxe est que nous assistons à de plus en plus de réussites dans le domaine de la paix, mais que nous avons désormais accès à de plus vastes populations dans le besoin », a-t-il dit.

Deuxièmement, s'agissant des catastrophes naturelles, « le climat empire, quelles qu'en soient les causes, qui sont controversées », a-t-il estimé. « Il existe davantage de populations exposées, nous avons plus d'accès, et nous sommes mieux équipés. Le monde s'attend donc à ce que nous aidions toutes les populations dans le besoin ».

Par exemple, « il y a beaucoup plus de gens vivant au Pakistan dans la région touchée par le tremblement de terre, ou sur les rivages touchés par le tsunami aujourd'hui qu'il y a 100 ans. Mais le climat est aussi plus violent, qu'il s'agisse des sécheresses ou des ouragans ».

Troisièmement, il existe une raison budgétaire qui est que l'Appel consolidé des Nations Unies comporte aussi les besoins des organisations non gouvernementales (ONG) sélectionnées par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires, a-t-il affirmé.

Jan Egeland a émis quatre souhaits pour l'année prochaine.

Il a d'abord souhaité que l'Appel 2006 soit financé à 100%. Il a souhaité parallèlement que le financement arrive plus rapidement afin d'éviter l'escalade des coûts, notamment de transport, au moment de la saison des pluies par exemple.

Il a ensuite réclamé plus d'égalité dans la répartition du financement.

Si la crise du Tsunami n'a en fin de compte pas vraiment diverti l'argent pour l'Afrique, certaines crises continuent d'être favorisées, a-t-il déploré, citant les grands « perdants » que restent la République centrafricaine, Djibouti, le Guyana et la Côte d'Ivoire.

Il a d'ailleurs précisé que l'assistance humanitaire restait sous-financée même pour le Tsunami, alors qu'il restait des fonds disponibles pour la reconstruction, qui s'avère plus lente que prévue.

« Nous avons le meilleur système humanitaire jamais élaboré. En Ouganda, nous faisons des miracles. Au Pakistan, l'opération en cours n'aurait jamais été possible il y a 10 ou 15 ans », a-t-il rappelé.

Le Secrétaire général adjoint a enfin souhaité élargir la base des pays donateurs, qui a déjà cru de 29 pays en 2004 à 74 pays en 2005, mais alors que 10 pays continuent de fournir 90% du total des contributions humanitaires (dont les Etats-Unis, le Royaume-Uni, Commission européenne, la Norvège, le Japon, le Danemark, et l'Allemagne).

En réponse à une question, il a fait observer que les pays pétroliers du Golfe donnaient plus mais toujours de façon bilatérale et les a appelé à donner directement aux Nations Unies, et de façon plus prévisible.

Interrogé sur l'efficacité du processus d'appel à contributions, qui est financé à hauteur de 68% en moyenne, Jan Egeland a estimé que « ce n'était pas si mal » mais que cela n'était pas suffisant.

Jan Egeland a rappelé que le Fonds central d'intervention d'urgence serait bientôt mis en place (voir notre dépêche du 26 octobre 2005 sur l'appel à « mettre fin à la Lotterie humanitaire » et notre dépêche du 16 septembre 2005 sur la présentation du Fonds).

L'objectif de ce Fonds est de rassembler 500 millions de dollars pour permettre à la communauté internationale de disposer de moyens prévisibles, de façon à pouvoir répondre dans un délai de trois à quatre jours aux crises humanitaires.

« Si nous l'avions eu, nous aurions donné de l'argent pour le Tsunami, mais nous aurions arrêté au bout de trois jours compte tenu de la générosité mondiale ; nous aurions donné de l'argent pour lancer plus rapidement l'opération au Pakistan et nous aurions financé l'appel pour le Malawi où les enfants meurent de fin, mais pour lequel notre appel est resté sans réponse », a expliqué le Secrétaire général adjoint.

Il a ajouté qu'il « harcèlerait » les pays qui se sont engagés à contribuer 0,7% de leur PNB à l'aide publique au développement à tenir leurs promesses, et qu'il s'adresserait au secteur privé lors du prochain sommet de Davos.

Interrogé sur la crise budgétaire qui menace l'ONU, Jan Egeland a précisé que si les opérations de l'ONU devraient être réduites, les opérations humanitaires s'en trouveraient grandement affectées, car les 10% du budget d'OCHA provenant des contributions à l'ONU étaient absolument cruciales pour son fonctionnement à New York et à Genève (voir notre dépêche d'aujourd'hui).

image• Retransmission de la conférence de presse de Jan Egeland[48mins]

image• Cérémonie de lancement de l'Appel humanitaire à New York[40mins]

L'Appel humanitaire 2006 sur le site du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA)

Voir notre dépêche d’aujourd’hui sur le message du Secrétaire général

 

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