TNP : Kofi Annan engage les Parties à sonder leur conscience pour renforcer le régime de non prolifération nucléaire

TNP : Kofi Annan engage les Parties à sonder leur conscience pour renforcer le régime de non prolifération nucléaire

Kofi Annan
Ouvrant aujourd'hui la Conférence d'examen des Parties au Traité de non prolifération nucléaire, qui a lieu tous les cinq ans, le Secrétaire général a rappelé le devoir qui pèse sur tous les Etats d'empêcher une catastrophe nucléaire tout en préservant les usages pacifiques de l'énergie atomique et à reconnaître les dangers pour tous du maintien des arsenaux actuels.

« Je pense sincèrement que notre génération peut construire un monde marqué par un renforcement constant du développement, de la sécurité et des droits de l'homme – un monde 'dans une liberté plus grande', mais je suis aussi conscient qu'un tel monde serait mis définitivement hors de portée dans l'hypothèse d'une catastrophe nucléaire dans une de nos grandes métropoles », a déclaré aujourd'hui le Secrétaire général à l'ouverture de la Conférence d'examen du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP), au Siège de l'ONU à New York (voir nos dépêches du 29 avril sur la conférence de presse donnée par Président de la Conférence 2005 et sur l'ouverture de la session).

Kofi Annan a dressé un tableau des sinistres conséquences d'une éventuelle attaque nucléaire, non seulement en termes de victimes immédiates mais de conséquences au niveau économique et politique mondial.

« Une fois passé le choc et venus la colère et le désespoir, les dirigeants de toutes les nations représentées ici à cette conférence – de même que ceux qui ne le sont pas – devront se poser la question : Comment en est-on arrivés là ? Ai-je la conscience tranquille ? Aurais-je pu faire plus pour réduire le risque en renforçant le régime établi à cet effet » ?

« Nous sommes tous aussi vulnérables que le maillon le plus faible de la chaîne en matière de sécurité nucléaire », a rappelé le Secrétaire général, soulignant qu'en dépit des efforts accomplis en 30 ans, depuis l'entrée en vigueur du Traité en 1970, « nous ne pouvons pas faire preuve de complaisance ».

« Le fait est que le régime n'a pas évolué au rythme de la technologie et de la mondialisation, et que l'évolution des dernières années l'on soumis à rude épreuve », a déclaré le Secrétaire général.

Renvoyant dos à dos ceux qui au cours des travaux de la Conférence voudront souligner la « nécessité de prévenir la prolifération dans les régions les plus volatiles » et ceux qui voudront rendre le TNP universel, ceux pour qui « la diffusion de la technologie du combustible nucléaire pose un risque inacceptable de prolifération » et ceux pour qui « l'accès à l'usage pacifique du nucléaire ne doit pas être compromise », Kofi Annan a engagé les Etats présents « à reconnaître toutes ces vérités ».

« Je vous lance le défi de reconnaître que le désarmement, la non prolifération et l'usage pacifique sont tous vitaux », de « reconnaître qu'ils sont trop importants pour être otage des politiques du passé » et de « reconnaître qu'ils imposent tous des responsabilités à tous les Etats », a déclaré le Secrétaire général.

Ce dernier a proposé en priorité de renforcer la confiance dans l'intégrité du traité, notamment à l'annonce du retrait par un Etat.

Il a aussi préconisé de le rendre plus efficace, de réduire la menace de la prolifération non seulement par les Etats mais aussi par des acteurs non étatiques et de trouver une solution au double usage de la technologie nucléaire.

Reprenant les recommandations du Rapport sur les menaces, les défis et le changement du Groupe de personnalités de haut niveau, le Secrétaire général a notamment souligné celle qui consiste à ce que « tous les Etats disposant d'armes nucléaires mettent leurs armes hors d'état d'alerte et à ce qu'ils donnent des garanties aux Etats qui n'en disposent pas ».

« De nombreux Etats vivent encore sous la protection d'un parapluie nucléaire, qu'il leur appartienne ou qu'il appartienne à leur allié », a souligné le Secrétaire général, engageant les Etats Membres à trouver des moyens de réduire et en définitive de surmonter la nécessité de se reposer sur la dissuasion nucléaire.

Il a en outre appelé les anciens rivaux de la guerre froide à « s'engager de manière irréversible à réduire davantage leurs arsenaux, afin que les ogives ne se comptent plus par milliers mais par centaines ».

Prenant la parole ce matin devant l'Assemblée générale, le directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA, Mohamed ElBaradei, a souligné que le Traité avait « bien servi pendant 35 ans » mais « qu'à défaut de le considérer comme partie intégrante d'un régime dynamique, capable d'évoluer, il perdrait de sa pertinence et nous laisserait vulnérables et sans protection ».

Dans son allocution (en anglais), il a notamment plaidé pour le renforcement de l'autorité de l'AIEA en matière de vérification et demandé à ce que la Conférence reconnaisse que le Protocole additionnel, qui ouvre à l'agence des capacités de surveillance sur le terrain, « fait partie des sauvegardes de l'agence dans tous les pays parties au TNP ».

Il a par ailleurs plaidé pour un renforcement des contrôle du « cycle du combustible », estimant que ce dernier n'était pas incompatible avec une « expansion des usages pacifiques de l'énergie nucléaire ».

Le directeur de l'AIEA a enfin souligné que les discussions portant sur le désarmement devaient comprendre les Etats non parties au TNP, à savoir l'Inde, Israël et le Pakistan ».

« Le désarmement nucléaire ne réussira que s'il est universel », a-t-il souligné.

image• Retransmission des débats à l’Assemblée générale sur le TNP[69mins]