Kofi Annan appelle à ne pas répéter au Soudan les erreurs du Rwanda et de la Bosnie

14 avril 2005

Dans une tribune au quotidien « The New York Times », le Secrétaire général a exhorté aujourd'hui les donateurs à convertir leurs promesses de dons pour le Sud Soudan en argent liquide au plus vite et à renforcer les troupes de l'Union Africaine en mission au Darfour pour que les scénarios du Rwanda et de la Bosnie ne se répètent pas de nouveau.

Dans une tribune publiée aujourd'hui dans le quotidien américain « The New York Times », le Secrétaire général a exhorté les donateurs à convertir en argent liquide, sans plus attendre, les promesses de dons faites lors de la Conférence d'Oslo, cette semaine, pour la reconstruction du Soudan et atteignant, aujourd'hui, un montant de 4,5 millions de dollars.

« A Oslo cette semaine, les pays donateurs ont promis 4,5 milliards de dollars d'aide pour le Soudan. Mais alors que je me félicite de la générosité des donateurs, je tiens à redire que, seules, les promesses ne suffisent pas » (voir notre dépêche du 12 avril 2005).

« Après un bilan de plus de deux millions de morts, 4 millions de déplacés et 21 ans de conflits, le Sud du Soudan est enfin au seuil de la paix. Il s'agit bien sûr d'une paix instable et fragile. Les violences, les maladies et les déplacements sont la réalité quotidienne dans une région désespérément pauvre, où 1 enfant sur 4 meurt avant l'âge de 5 ans, la moitié des enfants est mal nourrie et 5 filles sur 100 seulement vont à l'école primaire ».

« Les besoins sont nombreux et immédiats. Plus de trois millions de civils, déplacés par les violences, peuvent maintenant retourner dans le Sud du Soudan et reconstruire leurs habitations. Deux millions d'entre eux auront besoin d'assistance alimentaire ».

« Les milliards promis peuvent aider. Mais les gens affamés ne peuvent pas manger des promesses. Après une longue et amère expérience, nous avons appris que les promesses des donateurs restaient souvent sans suite. Au Cambodge, au Rwanda, au Libéria et ailleurs, un large pourcentage des fonds promis ne se sont jamais matérialisés et beaucoup de vies ont été perdues en conséquence ».

« En 1992, par exemple, les donateurs ont promis 880 millions de dollars pour la réhabilitation du Cambodge et trois ans après, seulement 460 millions de dollars ont été réellement donnés. Presque un an après que les donateurs ont promis 1 milliard de dollars pour réparer les dommages causés par le tremblement de terre à Bam, en Iran, en 2003, moins de 20% de l'argent a été donné ».

« A l'évidence, nous devons mieux faire au Soudan. J'exhorte les donateurs à convertir leurs promesses généreuses en argent liquide sans plus attendre ».

« Nous savons ce qui se passe au Darfour. La question est maintenant, pourquoi ne faisons-nous pas plus pour y mettre fin », a demandé Kofi Annan.

« L'été dernier, le Conseil de sécurité, les Etats-Unis et l'Union Européenne ont tous dit que le Darfour était leur priorité. Mais c'est seulement le mois dernier que le Conseil de sécurité s'est mis d'accord pour imposer des sanctions aux auteurs de violations du droit international au Darfour et, fait historique, et pour référer la situation au Darfour au procureur de la Cour pénale internationale (CPI), un grand pas en avant pour mettre fin au climat d'impunité qui règne » (voir, en dernier lieu, notre dépêche du 5 avril 2005).

Le Secrétaire général a rappelé par ailleurs que l'Union Africaine, qui a dépêché une mission sur le terrain a besoin de renforcer ses troupes supplémentaires, « pas aujourd'hui, pas demain mais hier ».

« Après tout, donner de l'aide sans protection c'est comme mettre un sparadrap sur une plaie ouverte. Notre échec collectif à fournir une plus grande force est aussi pitoyable et inexcusable que les graves conséquences pour les dizaines de milliers de familles qui sont laissées sans protection ».

« Nous avons vu tout ça se produire en Bosnie une dizaine d'années plus tôt. Allons -nous laissez les choses se répéter une nouvelle fois au Darfour ? »

 

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