Guatemala : bilan d'une Mission de l'ONU en Amérique

Guatemala : bilan d'une Mission de l'ONU en Amérique

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Trois mois après que la Mission des Nations Unies au Guatemala a mis fin à ses opérations et au « plus long conflit qui se soit déroulé en Amérique », le Secrétaire général rend public un rapport qui résume les activités menées par cette mission. Il souligne que la principale difficulté pour la Mission était d'opérer dans le milieu multiethnique, multiculturel et multilingue complexe qui est celui du Guatemala, où le racisme est profondément ancré.

Le Secrétaire général a rendu public aujourd'hui un rapport qui résume, à la demande de l'Assemblée générale, les activités menées par la Mission de vérification des Nations Unies au Guatemala (MINUGUA) qui a achevé ses opérations le 31 décembre 2004 après avoir appuyé le processus de paix au Guatemala pendant 10 ans.

« La Mission avait commencé ses opérations le 21 novembre 1994, conformément à l'Accord général relatif aux droits de l'homme signé huit mois auparavant par le Gouvernement guatémaltèque et l'Unidad Revolucionaria Nacional Guatemalteca (URNG) », rappelle le Secrétaire général dans son rapport.

« Dans cet accord, les deux parties s'engageaient à respecter les normes internationales relatives aux droits de l'homme et invitaient l'ONU à déployer une mission de vérification qui s'assurerait du respect de cet engagement ».

Pendant plus de deux ans, jusqu'à la signature de l'accord de paix final, à la fin de 1996, la Mission a vérifié la situation des droits de l'homme en plein conflit armé.

« À la suite de graves incidents survenus au cours de cette période, qui ont suscité l'inquiétude, ses activités de vérification ont été portées au premier plan de la scène nationale. Un massacre commis en 1995 par l'armée dans un groupe de réfugiés rapatriés et un enlèvement commis en 1996 par l'URNG ont gravement entaché la crédibilité de l'Accord général relatif aux droits de l'homme et menacé, chacun à sa façon, les pourparlers de paix ».

« La plus grosse difficulté, pour la Mission, a peut-être consisté à opérer dans le milieu multiethnique, multiculturel et multilingue complexe qui est celui du Guatemala, où le racisme est profondément ancré et où les quelque 24 groupes mayas, xincas et garifunas constituant au moins la moitié de la population sont abandonnés à leur sort ».

« Bien qu'elle ait constaté la persistance d'abus parfois très graves au cours de cette première période, sa présence a généralement eu un effet dissuasif, qui a contribué à faire diminuer constamment le nombre des violations des droits de l'homme, de son arrivée jusqu'au cessez-le-feu et à la signature finale de l'accord de paix. Les défenseurs des droits de l'homme et les habitants des zones rurales qui avaient été pris pour cibles pendant le conflit ont vu en elle un moyen de protection ».

« Grâce à un réseau de bureaux disséminés dans tout le pays, elle a pu entrer directement en contact avec la population, et les particuliers ont pu déposer auprès d'elle des plaintes contre les forces de sécurité et les membres de l'URNG. Ces plaintes ont été vérifiées par ses équipes, dont les travaux ont servi de base à ses rapports périodiques à l'Assemblée générale. Ces rapports eux-mêmes ont donné naissance à un débat public sur les droits de l'homme, qui a montré que le processus de paix élargissait l'horizon politique du pays ».

« La signature, le 29 décembre 1996, de l'Accord sur une paix ferme et durable au Guatemala a marqué la fin de 36 ans de conflit et le début d'une nouvelle phase pour la Mission, dont les activités de vérification ont cessé de porter uniquement sur les droits de l'homme et se sont élargies à un vaste ensemble d'accords destinés à s'attaquer aux causes économiques, sociales, politiques et culturelles profondes du conflit ».

« La paix a également amené la Mission à vérifier l'application du cessez-le-feu et à s'assurer de la démobilisation, du désarmement et de la réinsertion de près de 3 000 combattants de l'URNG et d'unités de l'armée démantelées en vertu des accords. La Mission a également vérifié que les engagements consistant à aider les réfugiés rapatriés et les personnes déplacées étaient respectés ».

« Après avoir vérifié les aspects opérationnels liés à la fin des combats et la réinstallation des anciens rebelles et des personnes déplacées, la Mission a accompagné le Guatemala tout au long de la deuxième phase du processus de paix plus difficile encore que la première, qui se poursuit aujourd'hui ».

« Cette phase était celle où les autorités devaient, en consultation avec la société civile, s'acquitter de leurs engagements à moyen et à long terme de créer et de réformer les institutions, de promulguer des lois et d'élaborer une vaste gamme de politiques et de programmes pour remédier aux causes sous-jacentes du conflit. Les 13 accords conclus et les plus de 300 engagements qu'ils contenaient devaient changer radicalement le pays ».

« Bien que les Guatémaltèques aient été nombreux à se féliciter de la présence de la Mission, celle-ci n'en a pas moins été parfois sévèrement critiquée. Pour certains éléments conservateurs, elle constituait l'aspect tangible d'un processus de paix qu'ils percevaient comme contraire à leurs intérêts. Elle a été durement remise en question lorsqu'elle s'est opposée au rétablissement de la peine de mort dans le pays comme moyen de faire face au regain de criminalité violente qui a suivi le conflit ».

« L'assassinat en 1998 de l'évêque catholique Juan Gerardi, quelques jours seulement après la parution de son rapport sur les atrocités commises pendant les hostilités, a fait craindre un retour aux pratiques répressives du passé et constitué pour elle l'une des affaires de droits de l'homme les plus délicates sur laquelle elle a enquêté ».

« En 1999, les détracteurs des accords de paix ayant mené avec succès une campagne contre un référendum qui visait à transposer les principaux aspects des accords dans la Constitution guatémaltèque, elle a dû, ainsi que les autres entités concernées, réviser les stratégies retenues pour promouvoir l'application des accords. Les tensions politiques se sont accrues à nouveau pendant l'élection présidentielle de 2003, qui s'est déroulée pacifiquement en dépit d'incidents violents et des craintes de fraude suscitées par la candidature de l'ancien dirigeant militaire Efraín Ríos Montt ».

« La clôture publique officielle des activités de la Mission a été marquée, le 15 novembre 2004, par une cérémonie au palais national de Guatemala, qui a été présidée par le Président Oscar Berger et à laquelle a assisté le Secrétaire général adjoint aux affaires politiques, Kieran Prendergast. La Mission s'est vu décerner le titre honorifique le plus prestigieux dans le domaine civil au Guatemala, l'ordre du Quetzal. Le Président Berger a déclaré que la paix n'aurait pas été possible sans la contribution de la Mission et de l'ONU ».

« La MINUGUA a été pionnière dans de nombreux domaines en Amérique centrale, que ce soit pour la multiplicité des facettes des opérations de maintien de la paix comme pour le rôle d'avant-garde joué par les commissions vérité », avait déclaré le Secrétaire général de l'ONU, à l'occasion d'une cérémonie marquant la fermeture de la Mission, à Guatemala City (voir notre dépêche du 16 novembre 2004).

Dans son neuvième et dernier rapport sur l'application des accords de paix guatémaltèques publié le 30 septembre dernier au moment où la MINUGUA se préparait à mettre fin à ses opérations, le Secrétaire général avait procédé à une évaluation des progrès réalisés dans la consolidation de la paix et l'édification d'une société meilleure (voir notre dépêche du 30 septembre 2004).