Conseil de sécurité : la faisabilité de l'élection présidentielle menacée en Côte d'Ivoire

28 mars 2005

Rendant compte devant le Conseil de sécurité d'un climat « volatile », l'Envoyé de l'ONU en Côte d'Ivoire a engagé les parties à se montrer à la hauteur de leurs engagements et à se réunir à la même table de négociations. Il a aussi sollicité le renforcement de la Mission et rappelé que l'appel humanitaire de 39 millions de dollars n'avait été financé qu'à hauteur de 5%.

Depuis décembre 2004, « le processus de paix en Côte d'Ivoire n'a pas connu d'avancée significative », a affirmé aujourd'hui Alan Doss, Vice-Représentant spécial du Secrétaire général, lors d'un exposé devant le Conseil de sécurité au cours duquel il a présenté le dernier rapport du Secrétaire général sur la question (voir, sur le rapport, notre dépêche du 24 mars 2005).

Alan Doss a souligné que « le processus de paix continuait de subir les contrecoups des incidents de novembre 2004 ». En conséquence, a-t-il ajouté, » la feuille de route élaborée par la médiation de l'Union africaine conduite par le Président Thabo Mbeki est restée largement inachevée » alors que le Gouvernement de réconciliation nationale demeure amputé des ministres issus des Forces nouvelles, et que le dialogue militaire entre les parties est interrompu, retardant ainsi le processus de désarmement, de réinsertion et de réintégration.

Décrivant la situation sécuritaire comme « volatile », le Représentant spécial a précisé que les Forces nouvelles avaient procédé au redécoupage des zones sous leur contrôle par la création de cinq nouvelles entités spatiales confiées à de nouveaux chefs de guerre.

Cette mesure, ainsi que la décision du Secrétaire général des Forces Nouvelles, Guillaume Soro, de créer un service de police et de douanes et l'ouverture effective d'une banque de dépôt à Bouaké, révèle « que les Forces nouvelles inscrivent désormais la crise dans la durée », « même si cette opération n'indique pas une volonté immédiate de sécession », a estimé le Représentant spécial.

Évoquant les difficultés liées à la mise en œuvre des accords de paix, M. Doss a affirmé que l'incertitude pèse de plus en plus sur la tenue de l'élection présidentielle prévue pour octobre 2005 et qu'il est à craindre que le non-respect de cette échéance ne débouche sur une crise plus grave.

Il a rappelé à cet égard que l'ONU s'était vue demander d'organiser les prochaines élections en Côte d'Ivoire, « afin d'en garantir la crédibilité ».

De plus, compte tenu de « la méfiance réciproque entre les parties », « la tentation de la guerre comme solution au conflit est un danger constant », a-t-il prévenu, précisant que les Forces de l'Opération des Nations Unies en Côte d'Ivoire ( ONUCI ), appuyées par l'opération Licorne de la France, restaient vigilantes, surtout dans la zone de confiance où la situation est devenue très tendue suite à l'incident de Logouale le 28 février dernier.

Dans ce contexte, il a expliqué que les Forces impartiales avaient renforcé leur dispositif afin d'empêcher des incursions et de confisquer les armes individuelles.

Le Représentant spécial a déploré que ces infractions n'ont pas été sanctionnées par les autorités en place et a réitéré l'alerte lancée dans le rapport du Secrétaire général, à savoir que les activités des milices « constituent une menace grandissante pour la sécurité du pays ».

À l'incertitude politique, et à la volatilité de la situation sécuritaire, au manque de confiance entre les parties, s'ajoutent l'effondrement du système judiciaire tant au nord qu'au sud, et une situation humanitaire très précaire surtout dans les régions ouest et nord du pays, a affirmé Alan Doss, ajoutant que cette situation avait entraîné de graves violations des droits de l'homme en Côte d'Ivoire.

En conséquence, il a formulé l'espoir que le Conseil de sécurité sera favorable à la demande de renforcement des effectifs de l'ONUCI formulée dans le troisième rapport du Secrétaire général ainsi qu'à la prorogation de son mandat.

« Nous ne saurons apporter une réponse adéquate si deux incidents ou plus interviennent en même temps », a affirmé le Représentant spécial, exprimant une préoccupation quant aux capacités de la force de l'ONUCI à la lumière de l'attribution de nouvelles responsabilités découlant des résolutions du Conseil de sécurité.

La résolution 1584 (2005) confie à l'ONUCI et à la Force Licorne la surveillance de l'embargo sur les armes, ce qui a conduit les « Forces impartiales » à « initier des contrôles sans préavis de certains sites », comme l'aéroport d'Abidjan et la base aérienne de Bouaké le 21 mars dernier.

Le Représentant spécial a aussi souligné que l'appel consolidé de 39 millions de dollars lancé par l'ONU pour venir en aide 3,9 millions d'Ivoiriens en situation humanitaire difficile n'avait été financé qu'à hauteur de 5%.

En conclusion, le Représentant spécial a engagé les parties à se montrer à la hauteur de leurs engagements et à se réunir à la même table de négociations.

 

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