R. D. du Congo : le Gouvernement et les milices renvoyés à leurs responsabilités par Jan Egeland et la MONUC

21 mars 2005

A l'heure où la Mission de l'ONU considère que l'accroissement du nombre de miliciens qui rendent les armes est le fruit de ses actions récentes en Ituri, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), Jan Egeland, Coordonnateur humanitaire de l'ONU, appelle le Gouvernement de transition à assumer ses responsabilités pour protéger la population en butte à des atrocités et alors que plus de 30 000 personnes meurent chaque mois de causes prévisibles en RDC.

« Jan Egeland, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d'urgence de l'ONU, a lancé aujourd'hui un appel au Gouvernement de transition de la République démocratique du Congo (RDC) (carte) pour qu'il assume ses responsabilités vis-à-vis de la population congolaise », indique un communiqué publié par le Bureau de la Coordination des Affaires humanitaires (OCHA) à Genève.

Exprimant sa profonde inquiétude face à la détérioration de la sécurité dans l'est du pays, Jan Egeland a rappelé que « dans l'Ituri, plus de 88 000 personnes ont été déplacées de leurs habitations depuis le début de l'année. Ces gens ont subi des viols, des tortures, des enlèvements, des pillages et d'autres exactions qui ont porté atteinte à leurs droits fondamentaux et qui ont été commis dans la plus totale impunité » (voir à cet égard le récit, sur le site de la MONUC, du supplice de Zainabo, tragiquement confrontée à la pratique du cannibalisme en RDC).

Qualifiant la situation en Ituri de « crise humanitaire de grande ampleur », Jan Egeland a salué le courage des agents humanitaires qui portent assistance aux déplacés.

« Quant à la province du Sud-Kivu où s'accroît l'anarchie, il a noté avec regret l'implication des Forces armées congolaises (FARDC) », c'est-à-dire l'armée régulière de la RDC, « dans les actes de harcèlement contre les populations locales ».

« Alors qu'elles ont été envoyées pour protéger les populations et leurs biens, les FARDC sont en train de s'en prendre aux groupes d'habitants les plus vulnérables et les forcent à leur céder leurs denrées alimentaires et leurs biens personnels », a déploré Jan Egeland.

Expliquant que « l'absence de tout soutien logistique et de salaires a poussé les soldats à vivre aux dépens de la population », le Coordonnateur humanitaire appelle le Gouvernement de transition à « s'assurer que ses soldats reçoivent une certaine compensation salariale afin de mettre fin aux abus ».

Il a par ailleurs demandé au Gouvernement de « rappeler fermement à l'ordre ses représentants provinciaux », alors que « sur le terrain les organisations humanitaires sont harcelées par les autorités locales qui confisquent leurs véhicules, exigent des formes d'impôts totalement illégales et imposent des procédures administratives à toute prestation humanitaire ».

Plus de 30 000 personnes continuent de mourir chaque mois de causes prévisibles en RDC, malgré la signature d'un accord de paix entre les principaux groupes rebelles et l'installation d'un Gouvernement de transition en juin 2003, précise enfin OCHA.

Parallèlement, la Mission de l'Organisation des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC) s'est félicitée, dans un communiqué publié aujourd'hui, de l'augmentation « significative » du nombre de miliciens qui « se sont présentés spontanément aux forces de la MONUC pour déposer leurs armes dans le cadre du processus de Désarmement et Réinsertion Communautaire spécifique pour l'Ituri ».

Ainsi, dans la région d'Aru, située dans le district d'Ituri, au nord-est de la RDC (carte), 400 combattants des Forces Armées du Peuple Congolais (FAPC) ont rejoint le centre de transit le dimanche 20 mars pour y être désarmés, suivi de 100 autres aujourd'hui, « portant ainsi le total à 500 pour ces deux jours écoulés ».

« On estime aujourd'hui à 2.000 environ le nombre de combattants du FAPC à vouloir intégrer ce processus à Aru », indique le communiqué de la MONUC.

« Par ailleurs, 50 miliciens du Front des Nationalistes Intégrationnistes (FNI) ont été désarmés ce lundi 21 mars par les Casques bleus dans le village de Kodikoka, situé à 15 kilomètres au nord-ouest de Mahagi », précise la Mission (voir, sur les dernières interventions de la MONUC contre les FNI, notre dépêche du 11 mars 2005).

Selon elle, « ce nombre croissant de redditions indique que les récents efforts du leadership politique et militaire et des troupes de la MONUC commencent à porter leurs fruits », ajoutant que « le rythme élevé des opérations menées par les Casques bleus et les appels répétés lancés par la MONUC visent à encourager les groupes armés à déposer leurs armes et à se démarquer de chefs qui continuent de vouloir les contraindre à mener un combat perdu d'avance ».

« La MONUC constate que ces récents développements constituent les premières étapes prometteuses d'un processus dont chacun est néanmoins conscient qu'il sera long et ardu », conclut le communiqué.

 

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