« Dans une liberté plus grande » : le Rapport exposé lors d'une conférence de presse

21 mars 2005

Dans une conférence de presse donnée aujourd'hui à l'ONU, le Secrétaire général est revenu sur les principales mesures proposées dans son rapport, notamment l'aide publique au développement, l'élargissement du Conseil de sécurité et la « responsabilité de protéger », et la création du Conseil des droits de l'homme.

« Ce rapport est le programme d'action sur lequel je travaille depuis les deux dernières années. Il vise à s'assurer que les engagements pris pour lutter contre la pauvreté sont véritablement mis en oeuvre de façon à parvenir à des résultats. Il vise à panser les blessures de la communauté internationale ouvertes par la guerre en Iraq. Et il vise à rétablir la crédibilité de l'ONU au premier rang de la lutte pour les droits de l'homme dans le monde », a déclaré Kofi Annan en ouverture de la conférence de presse qu'il a donnée aujourd'hui au Siège de l'Organisation.

Intervenant après sa présentation globale devant l'Assemblée générale (voir notre dépêche du 21 mars 2005), cette conférence de presse lui a donné l'opportunité de revenir en détails sur certains points marquants du Rapport.

Dans le premier volet de son Rapport, intitulé « Vivre à l'abri du besoin », le Secrétaire général propose une série de mesures qui s'imposent aux Etats. Aux Etats en développement de renforcer leur gouvernance, de soutenir l'Etat de droit et de lutter contre la corruption et de définir leurs propres stratégies nationales

Aux pays développés de soutenir leurs efforts, de deux manières. D'abord en s'engageant à « réaliser l'objectif consistant à consacrer 0,7 % du revenu national brut à l'aide publique au développement en 2015 au plus tard, en augmentant sensiblement les apports à compter de 2006 au plus tard, et en atteignant 0,5 % d'ici à 2009 ».

Ensuite, « et parce que cet objectif prendra du temps », a précisé le Secrétaire général, en créant dès maintenant un « mécanisme international de financement qui concentrerait les apports d'Aide publique au développement (APD) ».

Interrogé sur la disposition des principaux donateurs à remplir cet objectif, le Secrétaire général a souligné qu'un mouvement important en ce sens était perceptible notamment en Europe.

« Mais il ne suffit pas d'augmenter l'assistance », a-t-il rappelé, rendant hommage à l'initiative lancée par le Chancelier britannique Gordon Brown en proposant un « financement du développement par l'emprunt » (voir notre dépêche du 10 février 2005).

Le Secrétaire général a par ailleurs encouragé les pays donateurs à donner avec générosité, soulignant que « de nombreux gouvernements avaient eu le choc de constater que leurs populations avaient été aussi généreuses lors de la crise du Tsunami, alors qu'ils pensaient qu'elles seraient mécontentes qu'ils contribuent alors qu'il peuvent avoir des besoins au niveau national ».

S'agissant par ailleurs du volet sécuritaire, le Secrétaire général propose dans son Rapport, dans une section consacrée à la liberté de « vivre à l'abri de la peur », une définition vaste de la sécurité qui comprend « non seulement la guerre et les conflits internationaux, mais aussi le terrorisme, les armes de destruction massive, la criminalité organisée et la violence civile. Il faut compter aussi avec la pauvreté, les épidémies mortelles et la dégradation de l'environnement, dont les conséquences peuvent être tout aussi catastrophiques ».

Kofi Annan souligne à cet égard l'importance de prévenir le « terrorisme catastrophique », en commençant par « s'entendre sur une convention globale sur le terrorisme, fondée sur une définition du terrorisme claire et acceptée par tous ».

Interrogé, lors de la conférence de presse, sur la controverse que pourra soulever une telle définition ainsi que sur les réticences des Etats au regard de leur droit à recourir à la force, Kofi Annan a souligné, comme il l'avait fait lors de son discours clef à Madrid, qu'il devrait être possible de rassembler un consensus sur une condamnation de « tout acte commis dans l'intention de causer la mort ou des blessures graves à des civils ou à des non-combattants » (voir notre dépêche du 10 mars 2005).

La question de la définition du terrorisme achoppe depuis des années sur la notion de « terrorisme d'Etat » et sur celle du « droit de résister à l'occupation », qui sont utilisées dans le contexte du conflit israélo-palestinien.

« Quant à l'usage de la force », a précisé le Secrétaire général, « le droit international régit déjà les conditions dans lesquelles il est possible et en sanctionne les abus ».

Dans son Rapport, le Secrétaire général propose à cet égard, dans sa section consacrée à la liberté de « Vivre dans la dignité », d'établir le principe de la « responsabilité de protéger » comme « base d'une action collective contre le génocide, la purification ethnique et les crimes contre l'humanité ».

En réponse à une question, Kofi Annan a précisé que cette responsabilité répondait à un besoin, notamment au Darfour à l'heure actuelle, et que c'est au Conseil de sécurité que reviendrait la décision d'agir.

S'agissant de la quatrième partie du Rapport, intitulée « Renforcer l'Organisation des Nations Unies », les deux piliers en sont la réforme du Conseil de sécurité et la création d'un Conseil des droits de l'homme.

Sans prendre position sur les deux schémas d'élargissement proposés dans le Rapport sur les menaces, les défis et le changement du Groupe de personnalités de haut niveau, le Secrétaire général s'est prononcé aujourd'hui contre l'attribution d'un droit de veto aux nouveaux membres.

« Il est admis généralement que de nouveaux veto ne seront pas acceptés par la communauté des Etats Membres ». « Certains souhaiteraient éliminer les veto qui existent à l'heure actuelle », a-t-il précisé, « mais il n'y parviendront pas ». Mais même en introduisant des membres sans droit de veto, « vous rendez le Conseil plus démocratique et plus représentatif, et il gagnera en conséquence en légitimité dans ses décisions », a estimé Kofi Annan.

En réponse à une question sur l'ouverture du Conseil de sécurité aux organisations régionales, il a aussi exclu qu'il soit possible que les Etats européens abandonnent leur siège au profit d'un siège unique de l'Union européenne. Il a ajouté que les propositions qui visent l'ouverture à deux pays d'Asie, dont le Japon, deux pays d'Afrique et un pays d'Amérique latine permettraient déjà de rétablir un équilibre.

Interrogé par ailleurs sur la réforme de la Commission des droits de l'homme et la création d'un Conseil des droits de l'homme, dont les représentants seraient élus aux 2/3 des votes de l'Assemblée générale et devraient offrir des garanties de crédibilité dans ce domaine, le Secrétaire général a rappelé que « ce n'était un secret pour personne que la Commission des droits de l'homme pouvait être plus efficace », et que « les Gouvernements cherchaient à y entrer soit pour se protéger soit pour s'assurer que d'autres étaient punis ».

Il faudra des négociations avec les groupes régionaux, mais « je pense que s'ils y réfléchissent simplement et sincèrement, ils conviendront qu'il faut faire quelque chose pour rendre les activités de l'ONU dans le domaine des droits de l'homme plus efficaces », a affirmé Kofi Annan.

Le Secrétaire général a aussi souligné la nécessité « d'adapter les mandats et les procédures » de l'Assemblée générale, « laquelle, très franchement, passe une grande partie de son temps à débattre de questions qui n'ont un intérêt que pour ceux qui sont dans la salle, et qui n'ont pas d'impact sur le terrain ».

image• Retransmission de la conférence de presse de Kofi Annan [55mins]

image• Retransmission de la présentation devant l'Assemblée générale[27mins]

- Site consacré au Rapport du Secrétaire général : « Dans une liberté plus grande: vers le développement, la sécurité et les droits de l'homme pour tous », sur le site de l'ONU

 

♦ Recevez des mises à jour quotidiennes directement dans votre boîte mail - Inscrivez-vous ici.
♦ Téléchargez l'application ONU Info pour vos appareils iOS ou Android.