Le Burundi est sur la bonne voie mais le soutien de la communauté internationale est impératif, selon l'Envoyée de l'ONU

18 mars 2005

La Représentante spéciale du Secrétaire général pour le Burundi a dressé un tableau relativement positif de la situation dans le pays où le processus de paix est « en bonne voie ». Elle a néanmoins prévenu qu'en l'absence d'un soutien financier ces progrès seraient menacés.

« Sans vouloir paraître trop optimiste », dans une situation d'après-conflit, le Burundi est sur la bonne voie dans son processus de paix, a déclaré aujourd'hui Carolyn McAskie, Représentant spécial du Secrétaire général pour le Burundi et chef de l'Opération des Nations Unies au Burundi (ONUB), à l'occasion d'une conférence de presse donnée au Siège de l'ONU à New York.

Carolyn McAskie a rappelé qu'après les conflits internes de 1993-1995 qui ont conduit aux Accords d'Arusha, tous les cessez-le-feu ont été respectés, rappelant qu'en revanche la prolifération des armes faisait croître la criminalité dans le pays.

En revanche, le Palipehutu-FNL continue de refuser le cessez-le-feu, et c'est ce mouvement qui a revendiqué en août dernier le massacre de Gatumba, qui a causé la mort de plus de 160 Banyamulenge, ou Congolais tutsis, dans un camp de réfugiés.

« Bien que les capacités du Palipehutu-FNL se soient vues réduites », a-t-elle souligné, ce dernier fait ressortir le fait que, « bien que le conflit au Burundi soit d'origine nationale, il ne peut être réglé qu'au niveau régional » car cette milice profite de la porosité des frontières avec l'Est de la République démocratique du Congo (RDC), où il trouve asile.

La Représentante spéciale a souligné que « le train » de la paix « arrivait bientôt en gare » et que si le Palipehutu-FNL entendait s'y rallier, il devrait « sauter au plus vite dans le dernier wagon », et commencer par se repentir du massacre de Gatumba.

Au plan politique, Carolyn McAskie s'est félicitée du « premier processus électoral », celui de l'adoption de la Constitution, qui se soit passé de façon démocratique et pacifique depuis 1993, lorsque les élections avaient été l'occasion de l'assassinat du Président burundais et de massacres.

Elle a aussi souligné que « tous les processus étaient en retard sur le calendrier », mais que « ce n'était pas forcément une mauvaise chose », car à chaque fois les parties en profitent pour régler certains points, ce qui permet « d'éviter les surprises ».

Le processus de réconciliation au Burundi vise à établir le partage du pouvoir entre la majorité hutu et la minorité tutsi, traditionnellement dominante.

A la différence du Rwanda, a-t-elle noté, « tous portent la responsabilité » de massacres, et la population accepte le principe d'un partage du pouvoir.

« Voilà pour les bons côtés », a-t-elle indiqué, précisant que le restait l'un des trois pays les plus pauvres au monde.

« Il existe un Gouvernement et des institutions capables de légiférer, mais il n'y a rien derrière, en raison d'un manque total de capacités », a indiqué l'Envoyée de l'ONU.

Cette dernière a estimé « indispensable que la communauté internationale porte son attention sur le pays » et finance l'appel à contributions consolidé, qui s'élève pour 2005 à 134 millions de dollars. Elle s'est déclarée par ailleurs « déçue que le dernier appel pour 2004 n'ait été financé qu'à hauteur de 30% ».

« Je crois sincèrement que le Burundi est un cas d'école », et que si la communauté internationale n'agit pas, le processus de paix risque de ne pas tenir, a-t-elle alerté.