R.D. du Congo : l'opération de la MONUC à Loga n'était pas une démonstration de force, affirme Kofi Annan

3 mars 2005

Le Secrétaire général et des responsables du Département du maintien de la paix de l'ONU ont fait une mise au point sur l'opération menée hier par la MONUC qui visait à démanteler le quartier général des milices FNI et au cours de laquelle 50 miliciens ont été tués. Kofi Annan a précisé que la MONUC n'avait pas voulu faire une démonstration de force mais que les Casques bleus avaient agi pour se défendre et pour remplir leur mandat qui est de protéger la population civile contre les exactions.

Répondant à une question en référence à l'opération menée hier contre un camp des milices FNI qui s'est soldé, en riposte aux tirs soutenus essuyés par la Mission de l'Organisation des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC), par la mort de 50 à 60 miliciens, le Secrétaire général, lors d'un point avec la presse à son arrivée au Siège de l'ONU, à New York, a déclaré qu'il ne « croyait pas qu'il s'agissait d'une démonstration de force » mais « d'une tentative de se défendre ».

Pour la MONUC, il s'agissait aussi d'une détermination à exercer « son mandat aussi effectivement que possible », a précisé le Secrétaire général.

« D'après les rapports que j'ai reçu, les troupes ont été attaquées alors qu'elles étaient en patrouille », il n'y a pas eu de civils tués, a-t-il précisé (voir sur l'opération d'hier, notre dépêche du 2 mars 2005).

Le Secrétaire général a rappelé que la MONUC était « une opération très difficile et très complexe ».

« C'est aussi un très grand pays et le nombre de troupes n'est peut-être pas adéquat, mais nous faisons du mieux que nous pouvons avec ce que nous avons », a-t-il indiqué, espérant « qu'en temps voulu nous serons en mesure de renforcer notre présence avec le soutien du Conseil de sécurité ».

En août dernier, le Secrétaire général avait recommandé au Conseil de sécurité que l'effectif de la mission soit plus que doublé, pour le porter à 23.000 hommes (voir notre dépêche du 18 août dernier). L'effectif actuel autorisé par le Conseil de sécurité comporte 17.000 qui sont maintenant déployés.

Par ailleurs, lors d'une conférence de presse qui s'est tenue au Siège de l'ONU, à New York, le chef du Département du Centre de situation du Département des opérations de maintien de la paix de l'ONU, François Dureau, a indiqué aujourd'hui que l'opération menée hier avait commencé à la suite du signalement de la présence de miliciens autour de Loga, près de Bunia, en Ituri (carte), comme une « opération de bouclage et de ratissage » visant à détruire le quartier général des milices du FNI qui terrorisent depuis des mois les populations de cette région de l'Est de la République démocratique du Congo (RDC).

« Essuyant des tirs intensifs à l'approche du village de Loga », en territoire difficile contrôlé par les populations Lendu, et « afin d'éviter des victimes parmi la population au marché de Loga, la MONUC a décidé de riposter, n'entrant sur le marché que 45 minutes après le début de l'engagement, ce qui a laissé du temps aux miliciens pour prendre position dans les hauteurs du village » et à la population de le quitter, a précisé François Dureau.

Ce dernier a ajouté que le soutien aérien avait été appelé en renfort et que, subissant à nouveau des tirs de mortier, une opération de recherche maison par maison avait été lancée, conduisant au démantèlement de deux sièges du FNI.

« La MONUC s'est conduite avec maîtrise » a-t-il précisé.

François Dureau a rappelé par ailleurs que l'accroissement de la violence en Ituri est palpable depuis novembre dernier, avec plus de 50 incidents enregistrés, qu'il s'agisse d'attaques entre milices FNI et PUSIC, contre la MONUC ou contre la population civile, y compris des massacres, des viols et des pillages.

Pour sa part, Margaret Carey Responsable principal de la Division Afrique du Département des opérations de maintien de la paix, a précisé que les FNI étaient « extrêmement bien entraînés ».

Elle a par ailleurs confirmé que l'opération de la MONUC n'avait pas fait de victimes parmi la population civile.

Interrogée sur les sévices qu'auraient subi les 9 Casques bleus tués vendredi dernier par des miliciens du FNI lors d'une embuscade (voir notre dépêche du 25 février 2005), elle a confirmé qu'ils avaient été « tués à bout portant », dépouillés de leurs habits et de leurs armes, mais sans traces de torture.

Quant à savoir qui entraîne et qui armes ces milices, qui seraient au nombre de 15.000 dans tout l'Ituri, elle a indiqué qu'ils étaient soutenus par des éléments non identifiés à l'extérieur du Congo et à l'intérieur du pays.

Elle a expliqué que l'Ituri est une région très riches en ressources, qui s'apparente à un « No man's land », dont les divers groupes n'ont jamais intégré l'armée nationale. « La vraie réponse aux troubles de l'Ituri nécessite une présence légitime du Gouvernement, afin que des institutions officielles soient mises en place pour démanteler les mécanismes parallèles de douane et de taxation », a-t-elle ajouté.

Interrogée sur le changement de « doctrine » dans les opérations de maintien de la paix ces dix dernières années, Margaret Carey a affirmé que, « bien sûr, les opérations de maintien de la paix ont changé depuis les 10 ou 15 dernières années, et nous avons tiré les lourds enseignements de Srebrenica et du Rwanda. Mais dès sa création il était prévu que le plan d'opération de la MONUC, lui permettrait d'adopter une « approche plus robuste ». En ce sens, il n'y a pas de changement dans cette situation », a précisé Margaret Carey.

« Mais la MONUC n'est pas engagée dans une guerre », a-t-elle toutefois rappelé en réponse à une question.

« Notre rôle est de créer des conditions de sécurité minimum et de protéger les civils ». « Nous sommes impartiaux » et le but est de permettre aux parties de se réconcilier.

« Ce n'est pas en faisant disparaître un groupe donné que l'on y parvient, car ces groupes doivent faire partie du processus de paix », a-t-elle précisé.

image• Retransmission de la conférence de presse des responsables du Département des opérations de maintien de la paix[57mins]

 

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