Le monde trahira le Darfour s'il ne met pas en place une force robuste, affirme Jan Egeland

18 février 2005

Alors qu'il y a maintenant près de 1,9 millions de déplacés au Darfour et qu'une nouvelle menace de famine pèse sur 2, 3 voire 4 millions de personnes, le Coordonnateur des secours humanitaires de l'ONU appelle au renforcement du personnel militaire sur le terrain pour protéger non seulement la population, qui continue d'être victime de massacres, mais aussi le personnel humanitaire qui ne peut porter secours à tous.

« Voilà un an que le monde s'est réveillé au regard d'une crise que l'ONU avait qualifié de crise la plus grave au monde » depuis déjà plusieurs mois, a déclaré aujourd'hui Jan Egeland, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d'urgence, lors d'une conférence de presse donnée au Siège de l'ONU à New York.

Entretemps, « le nombre de personnes déplacées à l'intérieur du territoire a augmenté pour atteindre le chiffre de 1,9 millions de personnes déplacées au Darfour », a-t-il précisé, rappelant les estimations contenues dans le dernier rapport du Secrétaire général sur la situation au Darfour.

Parmi les progrès accomplis pendant cette période, le Coordonnateur humanitaire a souligné la présence de 9.000 travailleurs humanitaires. « La communauté humanitaire a joué son rôle », et elle a notamment réussi à « empêcher la famine annoncée » l'année dernière.

Il reste qu'il n'est pas certain qu'elle puisse le faire cette année encore, et ce sont près de 3 à 4 millions de personnes – soit la population de mon pays, la Norvège, a précisé Jan Egeland – dont la vie pourrait être mise en danger du fait de la famine.

Nous fournissons une aide alimentaire à 1,5 millions de personnes seulement alors que l'on pourrait nourrir 2 millions de personnes si l'on disposait d'un accès plus large à la population, a-t-il par ailleurs souligné, rappelant que « de nombreuses routes restaient inaccessibles en raison des consignes d'interdiction » au regard de la situation sécuritaire.

« Le personnel humanitaire est en colère » a-t-il déclaré, car le maintien du statu quo en fait des « substituts de l'action politique ». Comme l'a montré l'exemple de la Bosnie, l'action humanitaire sert de « sparadrap » au manque d'action politique.

Jan Egeland s'est par ailleurs inquiété du danger que courent les travailleurs humanitaires, dont le taux de rotation est le plus élevé au monde, tellement sont difficiles les conditions de travail au Darfour. Ces derniers ont été victimes d'attaques, des hélicoptères abattus, des convois pillés, a-t-il souligné, rappelant que l'ONG britannique « Save The Children » s'était retirée suite au meurtre de plusieurs de ses membres.

Il a en conséquence appelé au renforcement des moyens nécessaires pour leur protection. « Le Gouvernement a l'obligation de nous donner des ressources pour nous protéger », a-t-il déclaré, appelant également la communauté internationale à renforcer son dispositif.

« Nos collègues de l'Union africaine font du bon travail, mais ils sont si peu », s'est-il exclamé, rappelant que les effectifs de la présence de l'UA s'élevait à 1.900 soldats seulement, alors qu'ils devraient être au moins 5.000.

« Ce n'est pas la réponse que le monde aurait dû apporter, après que l'Union européenne, l'Union africaine et les Etats-Unis ont déclaré qu'il faudrait instaurer une « force robuste » au Darfour.

« Quelle que soit la formule, il faut renforcer la force de l'Union africaine », a déclaré Jan Egeland, pour qui le scénario cauchemar serait d'attendre encore « 100 jours de réflexion » pour se retrouver au milieu de l'année, pire période en ce qui concerne l'approvisionnement en nourriture, avec 4 millions de bouches à nourrir.

Le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires s'est en outre indigné de l'impunité qui régnait au Darfour, après que le rapport d'enquête sur les crimes commis au Darfour ait amplement prouvé la commission de crimes de guerre voire de crimes contre l'humanité (voir nos dépêches du 16 février sur la déclaration de Kofi Annan et de Louise Arbour au Conseil de sécurité) et préconisé le renvoi à la Cour pénale internationale (CPI).

Jan Egeland a préconisé une « pression plus grande sur les gouvernants, les dirigeants des milices, les chefs ethniques », et souhaité que les « médiateurs ne soient pas autorisés à temporiser ».

« Ils ne se rendent pas compte qu'ils trahissent leur peuple », a-t-il affirmé. « Pourra-t-on dire du monde qu'il trahit le Darfour ? » s'est interrogé Jan Egeland : « Oui, s'il l'on ne met pas en place une force robuste ».

Interrogé sur la contribution que pourrait apporter la qualification de « génocide », si elle était retenue pour les crimes commis au Soudan, Jan Egeland a rappelé qu'à son sens, « il était déjà prouvé que des crimes de guerre », des massacres et des crimes contre l'humanité avaient été commis et que cela devrait être « amplement suffisant ».

A cet égard, il a souligné que l'aide apportée aux rescapés du tsunami avait été très généreuse alors qu'ils avaient été victimes, eux, « d'une grande vague ».

Sur ce point, le Coordonnateur humanitaire de l'ONU a exprimé sa crainte que la crise au Darfour n'ait été éclipsée par celle du tsunami.

« Nous sommes totalement dépourvus de financement », les seuls promesses reçues pour l'instant concernant la nourriture, à savoir des céréales, citant les indications données par l'Union européenne, les Etats-Unis, le Royaume Uni et les pays nordiques.

Le Coordonnateur humanitaire a indiqué que l'ONU avait besoin de 900 millions de dollars pour le Darfour, et de 850 millions pour le Sud et l'Est-Soudan, pour «venir en aide à une population qui a connu la « guerre la plus sanglante de notre génération ».

image• Retransmission de la conférence de presse de Jan Egeland [41 mins]

 

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