AIEA : sept mesures de lutte contre la prolifération nucléaire

AIEA : sept mesures de lutte contre la prolifération nucléaire

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Il n'est pas trop tard pour corriger le système de non-prolifération nucléaire, estime le directeur de l'agence de l'ONU pour l'énergie atomique dans la perspective de la Conférence du désarmement, proposant sept mesures pour y remédier, « si les gouvernements sont prêts à agir ».

« Chaque année, la Conférence d'examen du Traité de non prolifération nucléaire (TNP) rassemble les dirigeants du monde entier à une table de négociation afin de se concentrer sur la menace que posent les armes nucléaires » a rappelé aujourd'hui le directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA, Mohamed ElBaradei, en référence à la prochaine réunion de la Conférence qui doit avoir lieu en mai prochain.

Lors du Sommet économique de Davos, Mohamed ElBaradei avait appelé au renforcement du régime de non-prolifération nucléaire, soulignant que « ces dernières années, trois phénomènes, à savoir l'émergence d'un marché nucléaire clandestin, les efforts déterminés de nouveaux pays pour acquérir la technologie nécessaire pour produire les matériaux fissiles nécessaires pour fabriquer des armes nucléaires et le désir clairement exprimé par les terroristes d'acquérir des armes de destruction massive, ont radicalement modifié les perspectives en matière de sécurité » (voir notre dépêche du 28 janvier 2005)

« Certains correctifs peuvent être apportés en mai mais seulement si les gouvernements sont prêts à agir » a-t-il ajouté aujourd'hui, appelant quatre pays non participants (l'Inde, le Pakistan, Israël et la Corée du Nord) « à contribuer en faisant part de leurs idées et préoccupations », « au regard de la nature mondiale de la menace ». (voir les débats à la Première Commission, chargée du désarmement, en octobre 2004).

« Sans amender le Traité, sept mesures principales permettraient à la Conférence de franchir une étape historique dans le renforcement de la sécurité mondiale », a indiqué Mohamed ElBaradei.

Premièrement, « imposer un moratoire de cinq ans sur l'enrichissement de l'uranium et la séparation du plutonium ». « Il n'y a pas de raison valable pour construire davantage de ces installations sensibles au niveau de la prolifération, car l'industrie nucléaire a déjà plus qu'assez de capacités à cet égard », a-t-il observé.

Deuxièmement, « accélérer les efforts lancés par les Etats-Unis avec l'Initiative mondiale de réduction de la menace », afin de modifier les réacteurs nucléaires de recherche qui utilisent de l'uranium hautement enrichi.

Troisièmement, propose le directeur de l'AIEA, « accroître les normes d'inspection en faisant du 'Protocole additionnel' la norme de vérification » du respect du TNP. Sans les pouvoirs étendus que donnent ce Protocole aux équipes de vérification de l'AIEA, « les droits d'inspection de l'AIEA sont plutôt limités », a précisé M. ElBaradei, pour qui ce Protocole a montré son importance récemment en Iran, en Libye et ailleurs.

Quatrièmement, « appeler le Conseil de sécurité à agir rapidement et fermement en cas de retrait du TNP ». Dans un discours prononcé le 4 novembre 2004 (en anglais), le directeur de l'AIEA avait déploré l'inaction du Conseil de sécurité devant le comportement de la Corée du Nord, qui avait mis « sept ans, dans les années 80, à conclure un accord de sauvegarde avec l'agence », avait « omis de signaler la totalité de sa production d'uranium » en 1992, pour finir, en 2002, par expulser les inspecteurs de l'AIEA après avoir démantelé les mesures de vérification pour enfin annoncer son retrait du TNP.

Cinquièmement, « appeler tous les Etats à respecter la résolution 1540 du Conseil de sécurité sur la lutte contre le trafic illicite de matériel nucléaire.

Sixièmement, propose le chef de l'agence de l'ONU, appeler les cinq Etats partie au TNP qui disposent d'armes nucléaires à accélérer la mise en oeuvre de leur « engagement sans équivoque » à l'égard du désarmement nucléaire. Ces pays sont la Chine, les Etats-Unis, la France, la Fédération de Russie et la Grande-Bretagne.

Septièmement et dernièrement, le directeur de l'AIEA exhorte les Etats parties à la Conférence d'examen du TNP à « reconnaître la volatilité des tensions de longue date qui génèrent la prolifération » nucléaire, notamment au Moyen-Orient et dans la péninsule Coréenne.

« Aucune de ces mesures ne peut être prise isolément. Elles nécessitent toutes des concessions », a conclu le directeur de l'agence de l'ONU pour l'énergie atomique.