La neutralité de l'aide humanitaire, une condition indispensable, affirme Jan Egeland

10 novembre 2004
Jan Egeland

A la veille du lancement par Kofi Annan d'un appel humanitaire consolidé de 1,7 milliards de dollars, le responsable des affaires humanitaires de l'ONU, a déploré la baisse du volume de l'assistance et alerté sur le danger croissant que court le personnel humanitaire sur le terrain, en raison du flou qui entoure désormais missions politiques, militaires et humanitaires.

« Si les perspectives de paix dans de nombreuses régions du monde ont permis de renforcer l'action humanitaire dans de nombreux domaines, plus de 26 millions de personnes vivent encore dans l'incertitude et les civils se trouvent de plus en plus en première ligne des situations de guerre », a déclaré aujourd'hui Jan Egeland, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d'urgence devant le Bureau de l'Assemblée générale, au Siège de l'ONU à New York.

Les conflits en Afrique, au Moyen-Orient, en Amérique latine et ailleurs menacent régulièrement la vie de millions de personnes, et les civils sont aussi régulièrement pris pour cible, tandis que les pratiques d'enlèvement et de torture des enfants, d'abus sexuel des femmes et des filles, de meurtres de civils sont devenues des stratégie délibérées de guerre, a-t-il souligné.

« La semaine dernière encore, les espoirs d'une vie meilleure en Côte d'Ivoire ont volé en éclats avec la reprise des affrontements entre forces gouvernementales et rebelles, causant la suspension temporaire des activités humanitaires dans certaines zones », a-t-il souligné.

Pour ces victimes, la vie n'est guère plus que de la survie et même la survie devient impossible lorsque les conflits sont aggravés par la perte d'un abri, la faim, la pauvreté et la maladie.

Annonçant que le Secrétaire général lançait demain un appel à contribution consolidé de 1,7 milliards de dollars pour financer les activités humanitaires dans 14 crises dans le monde, le Coordonnateur des secours d'urgence a précisé que l'appel reflétait la vision et le programme d'action commun de plus de 104 agences des Nations Unies, de membres de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et d'autres organisations qui ont œuvré de sorte que les efforts humanitaires ne soient ni dupliqués ni perdus.

Il a expliqué que ce sont près de 17 millions de réfugiés et de personnes déplacées dans le monde qui ont été assistés grâce à l'appel de l'an passé, « même si un déficit de financement important », par exemple en Côte d'Ivoire, avait conduit à l'apparition de nouveaux cas de choléra, de fièvre jaune, de méningite et de polio, de même qu'au Darfour, les retards avaient nettement accru le coût de l'assistance à la saison des pluies.

« Même si nous ne serons jamais en mesure de répondre aux énormes besoins humanitaires qui existent à l'heure actuelle, je suis profondément préoccupé de ce que le volume total de l'assistance est en réduction à l'heure où les besoins restent dangereusement élevés », a déclaré Jan Egeland.

Coordonnateur de plus de 30 opérations sur le terrain, il a insisté sur l'importance croissante que revêt la sécurité du personnel humanitaire sur le terrain.

« C'est le travail acharné et le sacrifice de notre personnel sur le terrain qui permet la réussite de ces efforts pour sauver des vies », a-t-il noté, tout en précisant que l'an dernier, des travailleurs humanitaires avaient été tués, pris en otage ou harcelés dans plus de 11 pays dans le monde, dont l'Afghanistan, le Burundi, la Côte d'Ivoire, la République démocratique du Congo, le Kenya, l'Iraq, la Fédération de Russie, le territoire palestinien occupé, la Sierra Leone, la Somalie, le Soudan et l'Ouzbékistan.

« Ces faits nous rappellent tragiquement que la nature et l'objectif de l'action humanitaire deviennent de plus en plus gravement méconnus », a-t-il commenté.

Pour Jan Egeland, la capacité à apporter une aide humanitaire dépend d'un facteur essentiel : le fait que « les communautés locales et les combattants comprennent et acceptent que nous n'avons pas de visée politique et que nous ne prendrons pas parti », a affirmé le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires.

« Toutefois, l'augmentation de la taille des opérations humanitaires, la combinaison des objectifs politiques et humanitaires dans les accords internationaux en matière de sécurité et l'implication de l'armée et d'agents privés dans les activités humanitaires ont rendu floue la distinction entre acteurs humanitaires, politiques et militaires et ont modifié la façon dont l'assistance humanitaire et ceux qui la fournissent sont perçus », a précisé Jan Egeland.

« Vous en tant qu'Etats devez nous aider à garantir la sécurité du personnel humanitaire en communiquant et en renforçant les principes qui soutiennent nos travaux et en traduisant en justice ceux qui nous font du mal », a-t-il lancé au Etats Membres de l'Assemblée générale.

Jan Egeland a par ailleurs mis en lumière la situation dramatique des quelque 50 millions de personnes déplacées à l'intérieur du territoire de 52 Etats dans le monde, notamment au Soudan, en Ouganda et en RDC.

Or, les déplacements internes qui peuvent avoir des conséquences s'étendant au-delà des frontières « figurent souvent au dernier rang des préoccupations humanitaires, sont mal couverts par les médias, mal traités par les gouvernements et gérés de façon inadéquate par les organisations humanitaires », a-t-il déclaré.

Jan Egeland a appelé en conséquence les Etats à apporter un soutien politique matériel plein et entier afin qu'il n'y ait plus de « situation d'urgence oubliée ».

 

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