Les images multiples de l'Afrique décrites aujourd'hui par un responsable de l'ONU

18 octobre 2004

Le Secrétaire général adjoint aux affaires africaines de l'ONU a présenté aujoud'hui la double image de l'Afrique, celle projetée à l'extérieur d'un continent ravagé par les conflits et celle plus diverse qui varie d'un groupe de pays à l'autre et est dopée par une amélioration de l'image que les Africains ont d'eux-mêmes.

L'image du continent africain, affecté par le fléau des conflits, notamment au Soudan, en Côte d'Ivoire et au Libéria, n'est pas favorable à la mise en oeuvre du Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD), a déclaré aujourd'hui le Secrétaire général adjoint aux Affaires africaines, Ibrahim Gambari, lors d'une conférence de presse qui s'est tenue au Siège de l'ONU à New York.

Pourtant, a-t-il noté, l'on compte un nombre de conflit en nette réduction sur le continent. « Les guerres les plus longues et les plus meurtrières ont pris fin, comme en Angola ou sont en voie de l'être, comme au Soudan, entre le Nord et le Sud ».

Le rapport du Secrétaire général sur le NEPAD note ainsi que la communauté internationale, les pays africains et les organisations régionales ont fait de sérieux efforts pour lutter contre le fléau des conflits et en matière de prévention, le but étant de ne pas ajouter des conflits au moment où l'on éteint ceux qui persistent.

Par ailleurs, « cinq nouvelles missions de la paix ont été mises en place en Afrique l'année dernière par le Conseil de sécurité, ce qui montre que bien que fragile, il existe des processus qui valent la peine d'être sauvegardés, ce qui est le but des missions ».

Du côté africain, M. Gambari a relevé deux avancées marquantes, la constitution du Conseil africain de la paix et de la sécurité, et la mise en place de groupes de forces en attente, prêtes à intervenir.

Il a précisé que le G8 et l'Union européenne avaient contribué au renforcement des capacités de l'Afrique à cet égard, l'UE ayant donné 250 millions d'euros pour soutenir cet effort. En outre, près de 70 000 gardiens de la paix africains doivent être formés, selon un accord mis en place à la dernière réunion de l'Assemblée générale, a rappelé le Secrétaire général adjoint.

Il a rappelé que, « du point de vue de la démocratie et de la gouvernance », il fallait saluer l'inauguration du Parlement panafricain, en mars 2004, dont le Président, a-t-il souligné, est une femme.

« Les progrès réalisés dans la mise en oeuvre du NEPAD sont principalement dus aux Africains eux-mêmes », a noté M. Gambari, qui a souligné que les Africains mettent en place des cadres politiques et fournissent également des ressources affectées à la réalisation des priorités fixées.

Tout en mettant en avant les nombreuses contributions de la communauté internationale, Forum de partenariat pour l'Afrique, TICAD III - la Conférence de Tokyo - et la mise en place, par le Secrétaire général de l'ONU, d'un Comité consultatif de hautes personnalités, qui doit se réunir pour la première fois cette semaine, il a fait remarquer qu' « il restait beaucoup à faire, , notamment dans la coordination avec l'ONU et la société civile en Afrique. »

« Il faut aussi reconnaître que si les contributions ont augmenté légèrement, l'aide à l'agriculture a baissé alors que la majorité des Africains sont des fermiers. Il est important enfin qu'il y a une cohérence dans l'aide apportée » a-t-il noté.

Interrogé sur le point de savoir pourquoi le Comité consultatif se réunissait pour la première fois près de deux mois après sa création, M. Gambari a indiqué qu'il était utile que les membres du Comité se réunissent en marge de l'Assemblée générale, après avoir entendu les débats.

A propos des objectifs du Millénaire et comme on lui faisait remarquer que le continent allait perdre des milliers d'agriculteurs, M. Gambari a répondu qu'effectivement, ces derniers ne bénéficiaient pas d'opportunités équivalentes à celles des pays développés. « Pour ne prendre que l'exemple du coton, du fait des subventions, le Burkina Faso, le Mali et le Bénin perdent environ 11 milliards de dollars par an. C'est pourquoi l'on parle de cohérence dans les politiques, si le paiement de la dette s'élève à un montant équivalent à celui de l'aide au développement ».

Par ailleurs, a noté Alhaji Bamanga Tukur, Président du NEPAD Business Group, l'Afrique est souvent vue comme un tout homogène alors qu'il n'en est rien. « Un conflit dans une partie du continent tend à affecter tout le continent. Lorsque la situation d'un groupe de pays est dissimulée par l'image d'un continent, cela tend à affecter les investissements», a-t-il fait observer, ajoutant espérer qu'à l'avenir, « on cessera de prendre l'Afrique comme un seul pays. »

Pour sa part, M. Wiseman Nkoulou, président du Comité directeur et du Secrétariat du NEPAD, a déclaré qu'en effet, les pays africains ne réaliseront pas les Objectifs de développement du Millénaire à moins que n'interviennent des changements radicaux.

La capacité de l'Afrique elle-même doit croître, notamment dans le domaine alimentaire où « les besoins de l'Afrique dépassent de loin sa production » et doit donc importer. Ces efforts doivent être menés en parallèle de ceux menés dans le cadre de l'Organisation mondiale du commerce, a-t-il souligné.

Interrogé à ce sujet, M. Gambari a reconnu que les Africains avaient une meilleure image d'eux-mêmes. Un certain nombre de facteurs ont contribué à cela notamment la condition posée à l'entrée dans l'Union africaine, exigeant que le gouvernement ne soit pas modifié par des moyens inconstitutionnels, condition qui a été appliquée à la Côte d'Ivoire et à Madagascar. Autres éléments importantes dans la modification de l'image que les Africains ont d'eux-mêmes : la création d'un Parlement africain qui donne un rôle accru aux femmes et à la société civile et le mécanisme d'évaluation volontaire par les pairs.

Répondant par ailleurs à la question de savoir si la communauté internationale soutenait suffisamment les efforts de l'Afrique au Soudan, M. Gambari a rappelé que, s'il était bon que l'intention de l'Union africaine d'envoyer une mission au Soudan soit approuvée par le Conseil de sécurité, il fallait que cette approbation soit accompagnée d'une aide financière mais que les pays africains avaient déjà une importante expérience en matière d'opérations de maintien de la paix.

En ce qui concerne par exemple l'Ouganda, la situation difficile que connaît le pays fait l'objet d'efforts de médiation de la part de l'Union africaine elle-même. « Ce n'est pas parce qu'il n'y a pas de caméras de CNN sur place que la situation n'est pas aussi terrible qu'au Darfour », a noté Ibrahim Gambari.

imageConférence de presse

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