Financer le développement : Kofi Annan appuie l'action des chefs d'Etat réunis à l'ONU

20 septembre 2004

Devant plus de 50 chefs d'Etats réunis à l'initiative du président du Brésil pour débattre des moyens financiers à mettre en place pour lutter contre la pauvreté, le Secrétaire général de l'ONU a déclaré que le Sommet était la démonstration de ce que pouvait accomplir la volonté politique et la créativité.

« Quand nous nous retrouverons l'an prochain pour faire l'inventaire des progrès accomplis vers les Objectifs du développement du Millénaire, nous devons être en mesure de dire que le monde est sur les rails et que nous sommes prêts à faire de la décennie à venir, celle de la réussite », a déclaré le Secrétaire général lors du Sommet des chefs d'Etat réunis cet après-midi au Siège de l'ONU à New York.

Or, a fait observer Kofi Annan, « pour l'instant nous n'en sommes pas là. Les progrès dans l'éradication de l'extrême pauvreté ont été inégaux. [...] Le nombre des personnes qui souffrent de la faim de façon chronique dans le monde est en augmentation et vient s'ajouter à un sous-prolétariat mondial qui reste en dehors des forces économiques importantes améliorant la vie du reste de l'humanité. »

« En faisant preuve de créativité et de volonté politique, nous pouvons faire beaucoup mieux », a affirmé Kofi Annan, ajoutant que la réunion d'aujourd'hui était de ce point de vue exemplaire.

Il a fait observer qu'au cours des dernières années, on avait, « enfin, pu observer un revirement dans le volume de l'aide officielle affectée au développement » et que cette aide avait été mieux collectée. Il a également signalé « une prise de conscience croissante de la nécessité de déconnecter l'aide des intérêts économiques et géopolitiques des donateurs. »

Pourtant, a poursuivi Kofi Annan, deux ans après la Conférence de Monterrey [sur le financement du développement], « il y a toujours de sérieux problèmes » au nombre desquels il a cité des politiques trop souvent contradictoires et l'incertitude concernant les négociations commerciales quant aux bénéfices qu'elles peuvent apporter aux pays en développement.

Par ailleurs, a-t-il ajouté, « l'aide publique au développement, même si son augmentation est encourageante, n'est pas près de doubler comme la plupart des estimations le suggèrent. »

« Le problème est : que faire ? », a interrogé le Secrétaire général qui a ajouté que « certaines idées ont été formulées depuis pas mal de temps » alors que « d'autres, telles que la Facilité de financement international, étaient plus récentes » mais que « l'analyse de ces propositions ne devaient servir d'excuse à la paralysie. »

Appelant à une action rapide, Kofi Annan a fait valoir que, « si, d'ici à l'an prochain, nous pouvons parvenir à des propositions applicables et réunissant un large soutien politique, nous pourrons accomplir les progrès recherchés » et a ajouté que « cette réunion était une étape importante dans cette voie. »

Devant plus de 50 chefs d'Etat réunis au siège de l'ONU à New York, les dirigeants de quatre pays – le Brésil, la France, le Chili et l'Espagne – présentaient aujourd'hui, à l'initiative du Président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva, un rapport sur « les mécanismes innovants de financement » pour lutter conte la faim et la pauvreté.

Ce rapport a été réalisé par un groupe d'experts constitué au lendemain de la Déclaration de Genève, signée le 30 janvier dernier par les dirigeants brésilien, chilien, français et, plus récemment, espagnol. Cette déclaration, soutenue par le Secrétaire général Kofi Annan, exhorte les pays développés à augmenter les ressources financières pour la promotion du développement.

Selon les dernières estimations de l'ONU et de la Banque mondiale, il faudrait au minimum et, dès maintenant, doubler le montant de l'aide au développement qui représente actuellement un peu plus de 50 milliards de dollars par an.

Le groupe d'experts a retenu dans son rapport huit propositions d'aide au financement du développement sur le court, moyen et long terme, classées en trois catégories : les mécanismes obligatoires, les contributions obligatoires et les contributions volontaires.

La « taxation des transactions financières » figure en tête de liste. Des taxes « à très faible taux » sont susceptibles d'avoir un rendement élevé, « pourvu qu'elles soient prélevées de manière relativement coordonnée entre les principales places financières », explique le rapport. Cette taxe permettrait de « collecter, de manière régulière et prévisible, un montant significatif de fonds pour le développement, sans perturber le fonctionnement normal du marché. »

Deuxième proposition retenue : « la taxation du commerce des armes » qui s'appliquerait à toutes les transactions portant sur les armes conventionnelles lourdes, « qu'elles soient neuves ou usagées, y compris les achats et les dons, et « qu'elles soient nationales ou internationales ». Cette taxe permettrait de « réduire les achats d'armes » et conduirait à « introduire d'avantage de transparence et de responsabilité dans le commerce des armes ». Bref, « un moyen d'associer la paix au développement ».

Troisième proposition : la « Facilité de financement international » (FFI). Une idée britannique qui vise à mettre en place un dispositif d'emprunt sur les marchés financiers au moyen d'obligations garanties à long terme par les pays développés. La FFI n'exige pas, contrairement aux deux propositions précédentes, « une participation universelle », note le rapport.

L'avantage de ce mécanisme d'emprunt est qu'il permettrait de faire face immédiatement aux besoins, l'inconvénient à plus long terme serait la question du remboursement. Selon les experts, il pourrait y avoir une complémentarité entre la FFI, plus efficace à court terme, et la taxation des transactions financières plus facile à maintenir sur le long terme.

Cinq autres propositions, parmi lesquelles les « contributions volontaires au moyen de cartes de crédit », sont présentées dans le rapport. Il s'agirait de lancer une carte « Affinité » liée à la réalisation des Objectifs du Millénaire. Les utilisateurs feraient don à la campagne mondiale contre la faim et la pauvreté d'un faible pourcentage du montant de leurs achats par carte de crédit.

Enregistrement audiovisuel de la réunion

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