Premier rapport après Gatumba : un massacre soigneusement planifié

30 août 2004

Le massacre du camp de Gatumba, soigneusement planifié et exécuté, pourrait avoir été perpétré par les FNL mais également, selon certains témoins, par des Maï Maï congolais et des FDLR (ex-FAR/Interahamwe rwandais), indique le rapport du Secrétaire général qui précise que l'enquête conjointe des Missions de l'ONU en République démocratique du Congo (RDC) et au Burundi est en cours.

Le rapport du Secrétaire général, qui vient d'être rendu public, relate la situation extrêmement complexe qui prévaut au Burundi (carte)et les circonstances qui ont conduit au massacre du camp de transit de Gatumba, dans la zone proche de la frontière avec la RDC (carte), au cours de la nuit du 13 août et les difficultés rencontrées pour trouver un équilibre entre les différentes forces politiques en présence.

Il évoque les intenses négociations engagées depuis la fin mars sur le processus électoral et les mécanismes de partage du pouvoir après la transition. Il rappelle que le 26 mars, le Président burundais Domitien Ndayizeye conviait 27 partis politiques et mouvements armés à un forum afin d'étudier les questions des élections et des instruments juridiques qui régiront le Burundi après la transition sans que cette réunion ne débouche sur un consensus.

L'Afrique du Sud, qui assure la médiation des négociations, a rencontré les partis politiques et les mouvements armés à cinq reprises, d'avril à juillet et, après avoir pris ses fonctions le 25 juin, la Représentante spéciale du Secrétaire général pour le Burundi, Carolyn McAskie, a travaillé en liaison étroite avec l'Afrique du Sud et les partis pour faire avancer le processus.

Les dissensions ont commencé lorsque les partis tutsis ont demandé que certaines révisions soient apportées à l'Accord d'Arusha et aux accords postérieurs, en réclamant notamment qu'il y ait un vice-président (tutsi) avec droit de veto au lieu de deux vice-présidents appartenant à des groupes ethniques différents comme prévu par l'Accord d'Arusha et que la période intérimaire entre la transition et la pleine démocratie soit portée de cinq ans à dix ans.

En outre, alors que l'Accord d'Arusha prévoit que les sièges au sein des organes législatifs peuvent être détenus par des partis à majorité aussi bien hutue que tutsie, les partis tutsis estiment que pour être représentés de manière équitable dans ces organes, au moins 70 % des 40 % de sièges qui leur sont réservés doivent être occupés par des Tutsis représentant des partis dirigés par des Tutsis et les autres 30 % par des Tutsis représentant les partis à majorité hutue.

Les partis dominés par les Hutus s'opposent à ces modifications, indique le rapport, qui rappelle que, de par la loi, les partis politiques doivent présenter une diversité ethnique, c'est-à-dire que chaque groupe ethnique doit représenter au moins 30 % de chaque parti.

Au cours d'une réunion tenue du 18 au 21 juillet à Pretoria, l'Afrique du Sud dans son rôle de facilitateur a insisté sur le fait que les accords conclus devaient être respectés, une position partagé par les partis hutus tandis qu'elle était rejetée par les partis tutsis et que le 22 juillet, le Vice-président, Alphonse Kadege de l'UPRONA, parti dominé par les Tutsis, réfutait ces discussions, déclarant qu'elles favorisaient les partis hutus.

Dès lors, le parti CNDD-FDD de Pierre Nkurunziza a cessé de participer aux discussions tandis que ses représentants refusaient de prêter serment et d'occuper les sièges qui leur étaient réservés à l'Assemblée nationale, au Sénat et au Conseil des ministres en guise de protestation contre l'élargissement de l'Assemblée nationale et l'admission d'anciens officiers de l'armée à l'Assemblée. Même si le CNDD-FDD participe désormais activement à deux de ces trois organes, aucun accord n'a toutefois été conclu en ce qui concerne sa participation au Sénat.

Depuis qu'elle a pris ses fonctions à Bujumbura en juin, Carolyn MacAskie, la Représentante spéciale du Secrétaire général, travaille avec l'Afrique du Sud et d'autres acteurs afin de renforcer la confiance entre le Gouvernement de transition et les Forces nationales de libération (FNL) d'Agathon Rwasa, le parti hutu qui a commencé par revendiquer le massacre de Gatumba.

De cessez-le-feu conclu et rompu par les FNL dans les 24 heures en cessez-le feu refusé par un Gouvernement burundais sceptique et déclarant que les Forces d'Agathon Rwasa avaient intensifié leurs attaques contre les Forces armées burundaises (FAB) dans la province de Bujumbura Rurale, la tension a monté au Burundi.

Les FNL affirmaient à leur tour que les FAB avaient renforcé leur présence dans la province et continuaient de refuser l'Accord de paix d'Arusha arguant qu'il n'était qu'un simple accord de partage du pouvoir.

Par ailleurs, les chefs d'État des pays participant à l'Initiative régionale de paix imposaient, lors de leur sommet du 5 juin, des restrictions aux déplacement des dirigeants des FNL et demandaient à l'Union africaine de se prononcer en faveur de mesures politiques et juridiques appropriées au cas où le mouvement n'aurait pas rejoint le processus de paix dans un délai de trois mois.

Mais ce sont essentiellement les tensions dans la province de Bujumbura Rurale qui, selon le rapport, ont été à l'origine du massacre d'environ 160 réfugiés congolais Banyamulenge [une ethnie congolaise d'origine tutsie ou proche des Tutsis] dans un camp de transit du HCR à Gatumba le 13 août.

Les premiers rapports montrent que cette attaque avait été soigneusement planifiée et exécutée, que les attaquants ont fait usage d'armes automatiques et de grenades incendiaires et que les réfugiés Banyamulenge ont été spécifiquement pris pour cibles, ceux appartenant à d'autres groupes ethniques de même que les Burundais rapatriés n'ayant pas été visés.

Les FNL ont immédiatement revendiqué la responsabilité de l'attaque, bien que des témoins aient déclaré à l'ONUB, l'Opération des Nations Unies au Burundi, que les Forces d'Agathon Rwasa avaient en fait attaqué une base des FAB située à proximité et que c'étaient des Maï Maï congolais et des FDLR (ex-FAR/Interahamwe rwandais) [les troupes accusées d'avoir perpétré le génocide de 1994 au Rwanda] qui étaient responsables du massacre de Gatumba.

Les FNL ont par la suite déclaré qu'elles avaient attaqué le camp de réfugiés en représailles à l'appui apporté aux FAB par des réfugiés Banyamulenge armés lorsque celles-ci les avaient attaquées. Pour sa part, le FDLR a nié toute participation à l'attaque.

À la demande du Conseil de sécurité, formulée le 15 août dans une déclaration de son président, une équipe mixte MONUC (Mission des Nations Unies au Congo)/ONUB a ouvert dès le lendemain une enquête afin d'établir les circonstances exactes du massacre. “Lors d'une réunion avec ma Représentante spéciale le 15 août, le Président Ndayizeye s'est déclaré préoccupé par la possibilité d'une alliance entre les FNL, les Maï Maï congolais et les ex-FAR/Interahamwe », indique le Secrétaire général dans son rapport.

Immédiatement après le massacre, les forces armées burundaises ont renforcé leur présence dans la province de Bujumbura Rurale et le long de la frontière avec la République démocratique du Congo, qui reste fermée. Dans le même temps, le chef d'état-major des FAB a déclaré que les Forces armées burundaises n'hésiteraient pas à attaquer la République démocratique du Congo si nécessaire, ce que le Président Ndayizeye a démenti par la suite.

Le 16 août, les funérailles des victimes du massacre « ont pris une coloration politique lorsque certains éléments tutsis ont déclaré leur opposition au Président Ndayizeye et à l'ONU », précise le rapport qui souligne cependant un point positif, la rencontre, en marge du Sommet de Dar es-Salaam le 18 août, du Président Joseph Kabila de la République démocratique du Congo (RDC) et du Président Ndayizeye, qui ont convenu de travailler étroitement ensemble pour apaiser les tensions dans la sous-région.

Le rapport souligne que du retard a été pris dans le déploiement des forces de l'ONUB, qui comptait, au 23 août, 3 312 soldats.

 

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