Mozambique : déclin de l'agriculture du fait du VIH/sida

Mozambique : déclin de l'agriculture du fait du VIH/sida

Démonstration de l'utilisation de préservatifs au Mozambique (ONUSIDA)
Au Mozambique, le VIH/sida met en danger l'agriculture de subsistance qui périclite » ce qui a pour conséquence une perte du savoir faire et des variétés locales et menace l'approvisionnement alimentaire, prévient l'agence de l'ONU pour l'alimentation et l'agriculture qui estime qu'en 2020 ce pays aura perdu 20% de sa main d'œuvre agricole.

Une nouvelle enquête sur l'agriculture de subsistance au Mozambique met en évidence la disparition de nombreuses variétés de graines, tubercules et légumineuses en raison du VIH/ sida, des inondations et des sécheresses, affirme l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) dans un communiqué publié aujourd'hui, qui souligne que ce problème ne concerne pas seulement le Mozambique, mais aussi les pays du Sud et de l'Est de l'Afrique où le VIH/ sida est un immense problème.

Au Mozambique, on estime à plus de 1,3 million le nombre de personnes condamnées à vivre avec le VIH/sida sur une population de 18 millions. La FAO prévoit qu'en l'an 2020, ce pays aura perdu plus de 20% de sa main-d'œuvre agricole du fait de l'épidémie.

Dans les neuf pays africains les plus concernés, tous situés dans le Sud ou dans l'Est de l'Afrique, la FAO prévoit une baisse de la production agricole allant de 13% (République Unie de Tanzanie) à 26% (Namibie).

« Le sida appauvrit les familles d'agriculteurs. L'enquête montre que 45% des familles dont l'un des membres est touché par le VIH/ sida sont forcées de réduire la superficie des terres cultivées et 60 % d'entre elles déclarent avoir diminué le nombre des variétés cultivées », note le communiqué.

Selon Anne Waterhouse, auteur du rapport, l'impact fortement négatif du VIH/sida se fait sentir sur les connaissances locales relatives aux semences parce qu'il touche la transmission entre les générations du savoir-faire traditionnel en matière agricole.

« La maladie empêche les adultes infectés d'assurer une bonne transmission des connaissances ; ils s'affaiblissent de plus en plus et cultivent de moins en moins de variétés », souligne le communiqué, qui explique que « la plupart des agriculteurs utilisent les graines qu'ils produisent eux-mêmes pour augmenter leur propre production et se transmettent de parents à enfants les connaissances sur la façon de les reconnaître, de les améliorer et de les conserver ».

« Si vous ne produisez plus un certain type de graines, les connaissances à son sujet ne se transmettent plus » indique l'expert de la FAO, qui souligne que les variétés traditionnelles constituent une « assurance contre la faim » car elles sont mieux adaptées aux conditions locales et qu'elles produisent une récolte minimum même durant les sécheresses à répétition : « les semences hybrides ou améliorées ne résistent pas aussi bien aux sécheresses,nécessitent de l'eau en abondance et des intrants que les agriculteurs pauvres ne peuvent pas acheter ».

Le gouvernement du Mozambique évalue à plus de 600 000 le nombre d'enfants devenus orphelins à cause de l'épidémie.

En réponse à ce drame, la FAO expérimente sur le terrain des mesures pour aider les orphelins à cultiver la terre et à survivre.

L'enquête, menée par l'Institut international de recherche sur les cultures en zones tropicales semi-arides, a permis d'interviewer, fin 2003, environ 90 hommes et femmes de trois communautés du district de Chokwe. Elle a été commanditée par le projet LinKS de la FAO qui étudie les relations entre le savoir local, le genre et la biodiversité, précise le communiqué.