Soudan : les réfugiés du Darfour continuent d'arriver au Tchad

Soudan : les réfugiés du Darfour continuent d'arriver au Tchad

Des réfugiés soudanais reconstruisent leur tente après une tempête de sable
Malgré les obstacles opposés par des milices janjaouites qui déciment les troupeaux mais empêchent les départs, les réfugiés du Soudan continuent à arriver dans l'Ouest du Tchad, où l'assistance humanitaire reste vitale, au risque de déstabiliser l'économie de leur pays d'accueil.

« Plus de 500 Soudanais sont arrivés au Tchad, ce qui constitue la traversée de la frontière en provenance de la province du Darfour, ravagée par les affrontements, la plus importante depuis deux mois » indique un communiqué du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) publié aujourd'hui.

Les 478 nouveaux arrivés ont passé la frontière à Guereda, apparemment par petits groupes ces trois derniers jours, fuyant la région de Saleiha (carte), , indique le HCR qui a envoyé une équipe d'inspection à la frontière, le 9 août dernier, après avoir appris de réfugiés du camp de Kounoungo l'arrivée spontanée de nouveaux venus (carte des réfugiés au Darfour).

Interrogés sur la raison pour laquelle ils n'étaient partis que récemment pour le Tchad, (carte), ces derniers ont répondu que des membres du gouvernement soudanais les avaient rassurés sur le fait que leurs villages seraient protégés, que la paix était proche et qu'il recevraient de la nourriture, indique le communiqué du HCR.

Les réfugiés ont alors raconté que les patrouilles des milices janjaouites avaient bloqué le départ des groupes ou des personnes qui disposaient de troupeaux importants, ajoute l'agence de l'ONU pour les réfugiés. « De nombreuses personnes, telles que les femmes enceintes ou les personnes âgées, ne sont pas capables de faire le voyage », indique le communiqué.

« Les réfugiés ont déclaré qu'ils avaient finalement décidé de partir parce qu'ils avaient perdu tout espoir que la paix survienne. Ils disposent de ressources limitées compte tenu des pillages incessants des Janjajouites, et se sont rendus compte que leur départ serait entravé par les autorités et les milices », indique le communiqué.

Une grande partie des nouveaux venus indique avoir traversé la frontière du Tchad il y a de cela six mois mais être restée à la frontière, dans l'attente de la paix, mais aussi pour veiller à ses troupeaux, précise le HCR. « Nombre d'entre eux sont retournés avec leurs animaux dans leurs villages de la région de Saleiha mais sont revenus au Tchad après que les pillards ont décimé leur bétail ».

Selon Jean-Marie Fakhouri, le directeur des opérations du HCR pour le Soudan et le Tchad, « la situation est très, très précaire », la zone n'ayant pas reverdi malgré les fortes pluies, ainsi qu'il a pu s'en rendre compte lors d'une visite au camp d'Idrimi dans le Nord du Tchad. Il retourne au Darfour afin d'évaluer l'aide à apporter aux 1,2 millions de personnes déplacées au Darfour après 18 mois de conflits internes.

« La moindre brèche dans l'approvisionnement alimentaire entraînerait d'énormes problèmes », a-t-il déclaré, ajoutant que l'agence était préoccupée par la disponibilité de stocks suffisants pour nourrir les 200 000 réfugiés qui se trouvent dans l'Est du Tchad à la fin de la saison des pluies en septembre.

Le HCR réitère, aux côtés du Programme alimentaire mondial (PAM), son appel aux donateurs afin qu'il n'y ait pas de brèche dans l'approvisionnement, souligne le communiqué.

Par ailleurs, le Premier Ministre, le Ministre des Affaires étrangères et le Ministre de l'Intérieur du Tchad ont fait part au directeur des opérations du HCR pour le Soudan et le Tchad du poids énorme que représente pour leur pays l'arrivée de nouveaux réfugiés, et indiqué que toute nouvelle arrivée massive « pourrait déstabiliser l'économie déjà fragile du pays », souligne le communiqué de l'agence.

Outre la pauvreté chronique et l'afflux de réfugiés, le Tchad vient d'être frappé par une invasion de criquets dévastateurs en provenance de l'Afrique de l'Ouest, rappelle le HCR.