Deux visions radicalement opposées d'une même réalité s'expriment à l'Assemblée générale

16 juillet 2004
L'Assemblée générale

Aujourd'hui, devant l'Assemblée générale, réunie en session extraordinaire d'urgence après que la Cour internationale de justice a prononcé l'illégalité du « mur érigé par Israël en territoires palestiniens occupés », ce sont deux visions d'une même réalité qui se sont opposées de part et d'autre de ladite barrière.

L'Observateur permanent de la Palestine, Nasser Al-Kidwa a pris acte de l'avis consultatif de la Cour internationale de justice (CIJ), qu'il a caractérisé « d'évolution déterminante » pour ramener le droit international au centre du dialogue dans la question de Palestine et dans le conflit israélo-palestinien.

« Nous sommes ici pour étudier les conséquences juridiques de cette question et pour prendre des mesures à cet égard » a-t-il déclaré, précisant que l'existence d'un « peuple palestinien » n'était plus un sujet de débat, que l'occupation des territoires palestiniens par Israël à la suite de la guerre de 1967, en violation du droit international, n'était plus discutable et qu'en tant que puissante occupante, Israël devait « cesser la construction du mur qu'il édifie en territoire palestinien occupé ».

« L'ONU, en particulier l'Assemblée générale et le Conseil de sécurité, doivent examiner quelles mesures sont requises pour mettre fin » à cette situation illégale, a-t-il ajouté, soulignant que pour sa délégation les conclusions de la CIJ sur le mur étaient « non-négociables » et définitives.

La première étape, pour la délégation palestinienne, est donc de revenir devant l'Assemblée générale « afin de lui permettre d'assumer ses responsabilités conformément à la Charte des Nations Unies et à ses obligations aux termes de l'Avis consultatif de la CIJ », a expliqué M. Al-Kidwa, qui a précisé que tel était le but du projet de résolution dont il avait saisi l'Assemblée.

« Nous espérons vivement que cette mesure sera acceptée par tous les Etats Membres » a-t-il déclaré, engageant la communauté internationale à prendre, dans un deuxième temps et en cas de non-respect par Israël de ses obligations, des « mesures contre toutes les activités de colonisation », ainsi que des « sanctions contre les sociétés ou entités impliquées dans la construction du mur et impliquées dans d'autres activités illégales en Territoire palestinien occupé, notamment dans les colonies ».

« Il est clair que des mesures supplémentaires nécessitent également l'implication du Conseil de sécurité, et nous avons l'intention de poursuivre ce processus », a précisé M. Al-Kidwa qui a prévenu que sa délégation « n'exempterait pas le Conseil de sécurité de ses responsabilités, indépendamment de la menace du recours au veto, y compris ? et cela témoigne de l'étendue de l'abus de ce pouvoir ? de la menace faite par les gouvernants israéliens du recours au veto des Etats-Unis ».

« Il est important de rappeler que c'est le veto qui nous a conduit aux portes de la CIJ », a-t-il ajouté, précisant que « ces veto avaient porté atteinte à l'intégrité du système et généré une cynisme grandissant dans les relations internationales quant à la crédibilité et à l'efficacité » de l'ONU.

L'Observateur permanent de la Palestine a précisé qu'il « existait de nombreuses personnes raisonnables et sensées en Israël qui peuvent faire changer les choses ». « Ce qu'il faut à présent, c'est aider ces personnes à renforcer leur position, tout en faisant pression sur ceux qui ont une attitude de rejet » a déclaré M. Al-Kidwa.

« Quant au peuple Palestinien, l'Avis consultatif a eu un effet positif ? et non pas négatif ? sur la société palestinienne », qui constate la primauté du droit international, a ajouté le représentant palestinien qui a par ailleurs appelé le Quatuor à exprimer une « position claire » sur le fait que la Feuille de route pour la paix pouvait survivre « sans la cessation de la construction du mur » .

La position exprimée par l'ambassadeur d'Israël, Dan Gillerman a été, à l'inverse, que l'Assemblée général avait donné au représentant palestinien la possibilité de créer une réalité virtuelle, un monde alternatif dans lequel il y avait un bon et un méchant, dans lequel il y avait des droits palestiniens mais pas de responsabilités, dans lequel les Israéliens avaient des obligations mais pas de droits. »

Un monde dans lequel s'est laissé entraîné la Cour internationale de Justice en décembre, en dépit des réserves exprimées par de nombreux Etats dont les membres du Quatuor, a poursuivi M. Gillerman.

« Les Israéliens et les Palestiniens ne vivent pas dans une telle réalité [...] mais dans une réalité où après [les] épouvantables attaques [de Tel Aviv] Arafat peut affirmer, lors d'une déclaration à vous soulever le c?ur, que c'est Israël qui a orchestré le meurtre de ses propres citoyens et ne susciter aucun commentaire », a-t-il fait observer.

Affirmant que « le chemin de la paix ne passait pas par La Haye et New York mais par Ramallah et Gaza, d'où provient le terrorisme », il a affirmé qu'Israël « respectait l'institution de la Cour internationale de justice et partageait ses idéaux » mais qu'il avait été atterré quand, « dans les 60 pages et plus que comporte l'avis, il n'avait pas été jugé bon d'aborder la question du terrorisme cruel auxquels les civils israéliens étaient confrontés ou le refus persistant des dirigeants palestiniens de mettre un terme à ce terrorisme. »

« Israël reconnaît que la barrière de sécurité soulève des questions juridiques et humanitaires complexes. [...] a ajouté l'ambassadeur Gillerman. « En fait, la Cour suprême d'Israël, une des rares dans le monde et certainement la seule de la région qui applique fermement le droit international dans l'examen des mesures internes prises par son gouvernement, une institution farouchement indépendante [...] et probablemement le seul Tribunal de tout le Moyen-Orient où un Arabe peut contester les actions de son gouvernement et être sûr de ne pas finir en prison mais que justice lui sera rendue », cette cour donc a conclu, le 30 juin dernier, que le tracé de certaines sections de la barrière devait être changé.

Après que ce jugement a été rendu, « le Gouvernement a annoncé que, non seulement le tracé de ces sections serait changé mais qu'il allait revoir l'ensemble du tracé de la barrière ferait l'objet d'un réexamen », a indiqué l'ambassadeur qui a poursuivi en soulignant que « ceux-là même qui en voulaient tellement à Israël, n'avait pas émis un mot de condamnation pour le nettoyage ethnique systématique et scandaleux qui a lieu en ce moment au Soudan ou pour les violations des droits fondamentaux et des libertés dans leurs propres pays. »

« L'Assemblée générale a un choix à faire aujourd'hui, celui de corriger l'erreur commise en décembre ou de l'aggraver », a déclaré l'ambassadeur Gillerman qui a indiqué que son pays était actuellement engagé dans des consultations avec les Etats de la région et avec les membres du Quatuor sur la façon de créer les conditions pour que le plan de désengagement de Gaza et de la Cisjordanie permette de réelles avancées et la réalisation d'une solution viable des deux Etats prévue par la Feuille de route.

« Si l'Assemblée générale veut contribuer de façon et constructive à cette noble entreprise, elle doit garder les yeux sur ce qui en constitue la récompense », a déclaré l'ambassadeur.

Cette séance extraordinaire se poursuivra lundi 19 juillet à partir de 15 heures et l'Assemblée générale devrait se prononcer à ce moment-là sur la suite à donner à l'avis de la Cour.

- Dossier Moyen-Orient du site de l'ONU

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