Sida : l'impact social de la maladie sur les femmes et sur le monde du travail indissociable de l'aspect sanitaire

14 juillet 2004

Toute mesure contre le VIH/sida n'intégrant pas l'égalité des sexes est condamnée à l'échec, affirme un rapport conjoint de l'ONUSIDA, de l'agence de l'ONU pour les femmes et de l'UNFPA, qui révèle que 48% des personnes touchées par le sida sont désormais des femmes, et qui plaide pour la lutte contre la violence à l'égard des femmes et le renforcement de leurs droits patrimoniaux.

« Notant que les femmes représentent désormais près de la moitié des personnes infectées par le VIH, le rapport illustre l'impact dévastateur et souvent invisible du sida sur les femmes et les jeunes filles, et souligne la façon dont la discrimination, la pauvreté et la violence contre les femmes contribue à la propagation de l'épidémie », indique un communiqué du Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida ( ONUSIDA ) publié aujourd'hui à l'occasion de la XVe Conférence sur le sida qui se tient à Bangkok en Thaïlande jusqu'au 16 juillet.

Le rapport, intitulé « Les femmes et le VIH/sida : Confronter la crise », préparé par l'ONUSIDA, le Fonds de développement des Nations Unies pour la femme (UNIFEM) et le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA), révèle que près de 48% des adultes vivant avec le VIH sont des femmes, ce qui représente un accroissement de 35% depuis 1985.

« Aujourd'hui, 37,8 millions de personnes sont infectées dans le monde : 17 millions d'entre elles sont des femmes. La situation est encore plus alarmante en Afrique sub-saharienne, où la proportion est de 57%.

Les jeunes femmes africaines entre 15 et 24 ans ont trois fois plus de risques d'être infectées que les hommes dans la même tranche d'âge », précise le communiqué, tandis que le porte-parole de l'ONU, Fred Eckhard, a indiqué aujourd'hui qu'un rapport du PNUD, révélait que la crise du sida avait réduit l'espérance de vie dans de nombreux pays africains à moins de 40 ans, e qui en fait le principal facteur du déclin du développement humain en Afrique. Le Rapport sur le développement humain pour 2004 du PNUD, le Programme des Nations Unies pour le développement, sera publié vendredi prochain.

Sans stratégie contre le sida spécifiquement adaptée aux femmes, il n'y aura pas de progrès dans la lutte contre la maladie, précise par ailleurs le communiqué d'ONUSIDA : « Les femmes sont moins informées que les hommes quant à la prévention, et ce qu'elles savent est souvent inutile en raison de la discrimination et de la violence qu'elle doivent affronter ».

« L'approche « ABC » - Abstain, Be faithful, use Condoms (s'abstenir, être fidèle, utiliser des préservatifs) – n'est pas un moyen de prévention suffisant pour les femmes et les jeunes filles », a déclaré le directeur exécutif de l'UNFPA, Thoraya Obaid.

« L'abstinence n'a pas de sens pour les femmes qui ont des relations sexuelles sous la contrainte. La fidèlité n'offre que peu de protection aux femmes dont les maris ont plusieurs partenaires, ou qui ont été infectés avant le mariage, et les préservatifs requièrent la coopération des hommes », a-t-elle poursuivi.

Le rapport présente ainsi l'expérience de Kousalya Periaswamy, une jeune femme indienne, veuve et séropositive à 19 ans d'un mari qui ne lui a révélé qu'il était infecté que quelques semaines après leur mariage, et qui a défié la désapprobation sociale pour encourager les femmes séropositives à prendre la parole.

« L'épidémie ne sera pas renversée tant que les gouvernements ne fourniront pas aux femmes les ressources nécessaires à la défense de leurs droits à la santé en matière de reproduction », a précisé Mme Obaid.

A cet égard l'ONUSIDA et l'UNICEF ont exprimé, dans un communiqué publié aujourd'hui, leur vive préoccupation quant à la décision du Conseil de contrôle des médicaments d'Afrique du Sud de cesser l'utilisation de la nevirapine en dose unique pour la prévention de la transmission de la maladie de la mère à l'enfant.

« L'inégalité des sexes a transformé une maladie dévastatrice – le sida – en une crise socio-économique », a déclaré Mme Noeleen Heyzer, directrice exécutive d'UNIFEM. « Les femmes ne sont pas simplement des victimes, ce sont des moteurs du changement [...] Pour mettre fin à la triple menace du VIH/sida, de l'inégalité des sexes et de la pauvreté, les femmes doivent avoir le droit à l'indépendance économique et à l'accès à la terre, à la propriété et à l'emploi, ainsi qu'à une vie sans stigmatisation, violence et discrimination », a-t-elle poursuivi.

Par ailleurs, sur les conséquences socio-économiques du sida, l'Organisation internationale du travail (OIT) dans un rapport publié le 12 juillet qui constitue la première analyse mondiale de l'impact du VIH/sida sur le monde du travail, indique que près de 36,5 millions de personnes en âge de travailler sont frappées par le VIH, et qu'en 2005 28 millions de travailleurs auront été retranchés de la population active mondiale à cause du sida, depuis le début de l'épidémie.

Le Bureau international du travail estime ainsi que, si l'on n'améliore pas l'accès au traitement, c'est 48 millions de travailleurs qui auront été retranchés en 2010, et 74 millions en 2015, ce qui fera de la maladie une des causes les plus importantes de mortalité dans le monde du travail.

 

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