Kofi Annan : le secteur privé peut jouer dans les pays touchés par les conflits mais doit agir dans la transparence

Kofi Annan : le secteur privé peut jouer dans les pays touchés par les conflits mais doit agir dans la transparence

Kofi Annan lors de son exposé au Conseil de sécurité
Les entreprises ont certainement un rôle à jouer dans les pays menacés par des conflits ou en situation d'après-conflit, a déclaré ce matin le Secrétaire général de l'ONU au Conseil de sécurité.

Rappelant que le secteur privé était aussi impliqué dans les ventes d'armes ou l'exploitation illégale des ressources naturelles, il a défendu le principe de transparence qui a été son choix lorsqu'il a décidé de créer une Commission d'enquête indépendante sur la gestion du Programme « pétrole contre nourriture » de l'ONU en Iraq.

Dans sa présentation du programme de travail du Conseil pour le mois d'avril, son Président, l'ambassadeur de l'Allemagne, Gunter Pleuger, avait indiqué que l'un des deux gros dossiers qu'étudierait le Conseil ce mois-ci porterait sur le rôle des entreprises privées dans les pays sortant de conflits, notamment en matière de création d'emplois nécessaires à la réintégration des anciens combattants et du redressement de ces pays en général.

Dans son intervention qui ouvrait la séance, le Secrétaire général de l'ONU a mis l'accent sur le fait que les dimensions économiques des conflits armés ne devraient jamais être sous-estimées et que l'intervention du monde des affaires, en particulier, pouvait certes être cruciale mais, a-t-il ajouté, « pour le pire et le meilleur. »

Kofi Annan a fait remarquer que des sociétés privées opéraient dans de nombreuses zones de conflits ou sujettes aux conflits mais que leurs décisions pouvaient aussi bien aider les pays à tourner le dos aux conflits qu'exacerber les tensions qui les alimentent.

« Les entreprises privées fabriquent et vendent, le principal matériel des conflits, les petites armes, les tanks, les mines antipersonnel et même les machettes », a fait observer le Secrétaire général qui a ajouté que c'étaient également des entreprises privées ou des individus qui étaient impliquées dans l'exploitation et le commerce des ressources naturelles lucratives, telles que le pétrole, les diamants, les stupéfiants, le bois d'œuvre ou le coltan, cette substance utilisée dans l'électronique de pointe, qui ont financé des opérations militaires.

« Ce sont des problèmes complexes qui touchent aux questions fondamentales de la souveraineté, de la bonne gouvernance, de la responsabilité des entreprises et de l'intégrité individuelle », a-t-il souligné.

Faisant remarquer que le Conseil de sécurité avait déjà traité bon nombre de ces questions que ce soit, entre autres mesures, en soutenant le processus de Kimberley qui a volontairement cherché à réduire le trafic des « diamants des conflits » ou encore en mettant en place des groupes d'experts chargés d'évaluer le rôle de « l'économie politique » dans le déclenchement et la poursuite des conflits.

Le Secrétaire général a également évoqué des initiatives récentes « importantes ». La première concerne les consignes aux entreprises adoptées par l'Organisation pour la coopération économique et le développement dans l'espoir de susciter l'adhésion du monde des affaires aux décisions du Conseil de sécurité et des conventions internationales. La seconde porte sur l'initiative menée par le Royaume-Uni visant à une plus grande transparence dans le secteur de l'industrie d'extraction.

L'ONU a appris dans l'affaire du Programme « pétrole contre nourriture » sur laquelle elle a lancé une enquête indépendante pour faire le clair sur les allégations de fraude, de corruption et de mauvaise gestion que « la transparence était la seule façon de gérer de telles allégations », a également déclaré Kofi Annan.

Rappelant que son propre Pacte mondial avait cherché à promouvoir la citoyenneté de l'entreprise au niveau mondial, il a indiqué que les membres du Pacte étudiaient l'ajout au Guide destiné au monde des affaires en matière d'évaluation de l'impact des conflits et de la gestion du risque, un document produit dans le cadre du Pacte mondial, d'un dixième principe portant sur la corruption.

« Nous n'avons fait que commencer à nous attaquer à ces questions », a déclaré Kofi Annan. « Il est temps de traduire ces efforts particuliers en une approche plus systématique. Au sein de l'ONU, cela veut dire qu'il nous faut développer une plus grande coopération et plus d'interactions entre la branche sécurité et la branche développement de l'Organisation. »

Le Secrétaire général a annoncé qu'il venait de créer à cet effet un groupe inter-institutions, présidé par le département des Affaires politiques, qui examinera attentivement l'économie politique des conflits armés et adressera des recommandations sur la façon d'améliorer les réponses du système ONU et des Etats membres. Il a lancé un appel au Conseil et aux Etats membres en général pour qu'ils attachent une plus grande attention à cette question.

« C'est un sujet qui suscite de vives passions. Il nous faut trouver l'équilibre voulu entre l'incitation et la coercition. Avec un enjeu aussi élevé, nous ne pouvons nous permettre de rester dans une situation dans laquelle les acteurs ont choisi leur bord, l'autre bord étant diabolisé et le dialogue impossible. Il nous faut créer un espace commun où trouver des solutions. J'espère que cette réunion y contribuera », a conclu Kofi Annan.

James Wolfensohn, Président de la Banque mondiale, Heinrich von Pierer, Président-Directeur général de Siemens, la Présidente du Conseil économique et social, la Finlandaise Mme Marjatta Rasi et M. Dumisani S. Kumalo, Président du Groupe consultatif spécial sur les pays africains émergeant des conflits lui ont succédé à la tribune.