A Davos, Kofi Annan évoque les doutes que suscite la mondialisation et annonce un Sommet des participants au Pacte mondial

23 janvier 2004

Aux participants du Forum économique de Davos, Kofi Annan a rappelé qu'à l'époque où la mondialisation semblait inexorable, il les avait exhortés - avec succès - à souscrire non à un contrat mais à un pacte citoyen. Aujourd'hui où la mondialisation subit l'assaut de « doutes profonds », où le terrorisme menace encore un peu plus « le fragile ordre mondial », il a annoncé sa décision d'organiser au Siège de l'ONU, en juin prochain, un Sommet des participants au Pacte mondial qui sera l'occasion « de placer la barre plus haut encore. »

« Il y a cinq ans, ici même, je vous ai demandé de vous lancer dans une aventure avec les Nations Unies » alors que « vous étiez déjà bien engagés dans votre propre aventure, celle de la mondialisation », a déclaré Kofi Annan qui s'adressait aujourd'hui aux participants du Forum économique mondial réunis dans la ville suisse de Davos.

Il a rappelé qu'à cette époque-là, « la mondialisation était aux yeux de beaucoup presque une force de la nature » qui « semblait nous pousser inexorablement dans une direction bien précise : celle de marchés de plus en plus intégrés, d'économies d'échelle de plus en plus importantes et de promesses sans cesse accrues de bénéfices et de prospérité. »

« Et pourtant, a fait observer le Secrétaire général, même alors - 10 mois avant les manifestations de Seattle - j'avais ressenti le besoin de souligner que la viabilité de la mondialisation serait directement fonction de la solidité des piliers sociaux sur lesquels elle reposait. »

« C'est pourquoi, a-t-il ajouté, je vous ai exhortés, dans votre propre intérêt aussi bien que dans l'intérêt général, à nous aider à construire et à consolider ces piliers sociaux. »

« Et ce que je vous ai proposé, ce n'était pas un contrat, un code de conduite, un règlement ou un nouveau système de contrôle», a insisté Kofi Annan. « C'était un pacte, dans le cadre duquel des entreprises citoyennes manifesteraient concrètement leur sens des responsabilités et donneraient à l'économie le degré d'ouverture voulu pour que le commerce marche bien tout en créant les possibilités nécessaires pour que les conditions de vie des habitants de la planète s'améliorent. »

« Aujourd'hui, plus de 1 200 entreprises, installées dans plus de 70 pays, du Nord et du Sud, et représentant pratiquement tous les secteurs économiques, adhèrent à ce pacte », a-t-il souligné.

Il a toutefois insisté sur le fait qu'il y avait « encore beaucoup à faire. »

« C'est pourquoi, a-t-il annoncé, j'ai décidé d'organiser au Siège de l'ONU, en juin prochain, un Sommet des participants au Pacte mondial qui sera l'occasion de réévaluer ce que nous avons déjà fait, de réorienter nos efforts et de placer la barre plus haut encore que jusqu'ici. »

Cet élargissement des objectifs du pacte s'effectue, selon le Secrétaire général, dans le contexte d'un « environnement mondial [qui] se transforme et, à certains niveaux, se détériore. »

« Sur le plan économique, les investissements se réduisent comme une peau de chagrin dans les parties du monde en développement où ils sont les plus nécessaires, tandis que les négociations commerciales n'ont rien fait, jusqu'ici, pour mettre fin aux pratiques discriminatoires choquantes dont sont victimes les pays en développement », a-t-il poursuivi, tandis que, sur le plan de la sécurité, « la guerre contre le terrorisme peut parfois aggraver ces tensions et faire naître des préoccupations en ce qui concerne la protection des droits de l'homme et des libertés civiles. »

Kofi Annan a fait observer que, « en quelques années à peine, nous sommes passés de l'idée d'une mondialisation pratiquement inexorable à des doutes profonds quant aux possibilités de survie de notre fragile ordre mondial. »

Ce défi, a-t-il dit, n'est pas seulement celui de l'ONU mais aussi celui du monde des affaires. « Il existe un rapport direct entre vos intérêts et la possibilité, pour la communauté internationale, d'atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement », a-t-il affirmé.

Le Secrétaire général a insisté sur le fait que les objectifs du Millénaire qui « sont, avant tout, censés se traduire par une amélioration des conditions de vie des gens » pouvaient « aussi servir les entreprises » en raison de « l'énorme marché » qu'ils représentent mais aussi « parce qu'avec cette nouvelle infrastructure apparaîtront de nouveaux débouchés. »

Quant aux échanges commerciaux, Kofi Annan a estimé que « le monde des affaires [...] peut, et doit, utiliser [son] pouvoir pour que les négociations commerciales sortent de l'impasse » et il a ajouté que « le plus important serait de parvenir à un accord favorable aux pauvres en ce qui concerne les produits agricoles. »

C'est, selon lui, « l'élément qui menace le plus le système commercial multilatéral qui sert si bien vos intérêts. Les subventions agricoles empêchent les forces du marché de fonctionner correctement. Elles nuisent à l'environnement. Et elles empêchent les pays pauvres d'exporter leurs produits, alors qu'ils pourraient tirer de leurs exportations des revenus sans commune mesure avec l'aide qu'ils reçoivent ou les capitaux qui sont investis chez eux. »

"Dans notre intérêt à tous, et dans celui du système lui-même, elles doivent être éliminées », a-t-il affirmé.

En matière de paix et de sécurité, le Secrétaire général a estimé que les entreprises avaient également un rôle à jouer. « En s'efforçant de promouvoir la transparence et de combattre la corruption, les entreprises peuvent aussi aider à régler certains problèmes avant que des conflits n'éclatent », a-t-il indiqué, insistant sur le fait qu'il y allait là encore de leur intérêt.

« Vous ne savez tous que trop bien que la libre circulation des biens et des services nécessite stabilité et coopération sur le plan de la sécurité », a-t-il argumenté tout en invitant les hommes d'affaires présents à « faire savoir à vos gouvernements toute l'importance que cela revêt pour vous. »

L'ONU « n'est pas une fin en soi », a ajouté le Secrétaire général. « C'est un moyen de bâtir un monde meilleur en se fondant sur des principes universels tels que la justice, le respect du droit international et le règlement pacifique des conflits et en mettant ces principes en pratique au jour le jour. »

« Mais pour que cela soit possible, a-t-il fait valoir, il faut que les dirigeants politiques se rendent mieux compte du double rôle qui leur revient. Tous les gouvernements ont des responsabilités vis-à-vis des citoyens des pays qu'ils gouvernent. Mais ils sont aussi, collectivement, les garants de la vie sur notre planète, une vie que partagent les citoyens de tous les pays. »

« Nous devons tous, ensemble, faire ce que nous pouvons pour le leur faire comprendre », a-t-il déclaré.

 

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