Le Conseil de sécurité autorise la mise en place d´une force multinationale au Libéria

Le Conseil de sécurité autorise la mise en place d´une force multinationale au Libéria

Profondément préoccupé par le conflit au Libéria et ses incidences sur la situation humanitaire dans le pays, le Conseil de sécurité des Nations Unies a autorisé ce soir la mise en place d´une force multinationale au Libéria pour appuyer la mise en oeuvre de l´accord de cessez-le-feu entre le Gouvernement du Libéria et les deux mouvements rebelles principaux. Le Conseil s´est également déclaré prêt à créer une force de stabilisation de l´ONU à plus long terme pour remplacer la Force multinationale.

Alors que les dirigeants des Etats de l´Afrique de l´Ouest s´apprêtent à envoyer lundi prochain un premier contingent nigérian au Libéria, le Conseil de sécurité a adopté à l´issue d´un vote - 12 voix pour et 3 abstentions dont la France, l´Allemagne et le Mexique - une résolution qui prévoit la mise en place d´une Force multinationale. Cette Force doit appuyer la mise en oeuvre des accords de cessez-le-feu, permettre la création d´un cadre propice au désarmement et aux activités de démobilisation et de réinsertion, maintenir la sécurité après le départ du Président Charles Taylor et établir l´autorité qui lui succédera, et ce, compte tenu des accords auxquels devraient aboutir les parties libériennes. Les conditions nécessaires à l´acheminement de l´aide humanitaire devront également être réunies.

Le Conseil s´est également déclaré prêt à créer une force de stabilisation de l´ONU à plus long terme pour relever la Force multinationale. Cette force de stabilisation serait destinée à appuyer le Gouvernement provisoire et à faciliter la mise en oeuvre d´un accord de paix global pour le Libéria. Le Conseil a demandé au Secrétaire général de lui soumettre des recommandations sur la taille, la structure et le mandat de la force de stabilisation, de préférence d´ici le 15 août, et sur son déploiement ultérieur, le 1er octobre au plus tard.

Le texte adopté autorise la Mission de l´ONU en Sierra Leone, la MINUSIL, à offrir, pour une période maximale de 30 jours et sans que cela porte préjudice à ses capacités opérationnelles, un appui logistique à la Force multinationale mise à disposition par la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO).

Il est également demandé au Secrétaire général, en attendant une décision du Conseil sur la création d´une opération de maintien de la paix de l´ONU au Libéria, de prévoir la mise en place des moyens logistiques et des effectifs requis pour faciliter le déploiement rapide de l´opération envisagée.

La résolution adoptée ce soir fait suite à l´accord de cessez-le-feu du 17 juin entre le Gouvernement du Libéria et les dirigeants des deux rébellions principales, à savoir le Mouvement Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie (LURD) et le Mouvement pour la démocratie au Libéria (MODEL). Cet accord, qui devait conduire à des négociations en vue de former l´administration de la transition dont était exclu le Président Taylor, avait été sérieusement menacé lorsque les rebelles ont récemment attaqué Monrovia.

Dans ce contexte, le Conseil a demandé à toutes les parties libériennes signataires de l´accord de cessez-le-feu, en particulier au LURD et au MODEL, de cesser d´avoir recours à la violence et de s´accorder le plus rapidement possible sur un cadre politique ouvert à tous en prévision d´un gouvernement de transition jusqu´à ce que des élections libres et régulières puissent se tenir.

Le Conseil a noté qu´il était crucial, à cet effet, que le Président Charles Taylor quitte immédiatement le Libéria.

Soulignant la nécessité d´instaurer un climat de sécurité permettant de faire respecter les droits de l´homme, d´assurer le bien-être et la réinsertion des enfants ainsi que la protection des civils et des travailleurs humanitaires, le Conseil a exigé de tous les Etats de la région qu´ils s´abstiennent de toute action susceptible de contribuer à l´instabilité au Libéria et aux frontières entre le Libéria, la Guinée, la Sierra Leone et la Côte d´Ivoire.

La France, l'Allemagne et le Mexique ont expliqué que, s´ils soutenaient l´envoi d´une Force multinationale au Libéria, ils s´étaient abstenus de voter car ils n´approuvaient pas le paragraphe de la résolution concernant la poursuite des auteurs de crimes qui, selon eux, créait un précédent juridique dans la mesure où il était incompatible avec les prérogatives de la Cour pénale internationale (CPI) et leurs législations nationales.