En RDC, l’occupation d’écoles par des déplacés perturbe la scolarité de milliers d’enfants dans l’est du pays

Une femme allaite son bébé de deux semaines dans la petite tente où elle et ses neuf enfants se sont réfugiés dans un site pour personnes déplacées dans la province du Nord-Kivu en RDC.
© UNICEF/Arlette Bashizi
Une femme allaite son bébé de deux semaines dans la petite tente où elle et ses neuf enfants se sont réfugiés dans un site pour personnes déplacées dans la province du Nord-Kivu en RDC.

En RDC, l’occupation d’écoles par des déplacés perturbe la scolarité de milliers d’enfants dans l’est du pays

Culture et éducation

Alors que les combats entre les rebelles du M23 et les forces armées congolaises (FARDC) se poursuivent sur « plusieurs fronts dans les territoires de Nyiragongo et de Rutshuru et entraînant d’importants mouvements de population », ces hostilités privent d’école des milliers d’enfants dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC).

Selon le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), les salles des classes sont transformées depuis quelques mois en habitations pour ceux qui ont fui la guerre. Depuis le début de la rentrée scolaire en septembre dernier, de nombreuses écoles sont occupées par des déplacés de guerre.

« L’UNICEF a mené des évaluations rapides dans le territoire de Nyiragongo où les populations déplacées occupent 12 écoles, privant près de 46.000 enfants (46% de filles) de l’accès à leurs écoles situées dans les communautés d’accueil », a indiqué l’agence onusienne, ajoutant la poursuite de son plaidoyer pour libérer les écoles occupées dans cette zone. A ce jour, le nombre d’enfants directement affectés par le conflit armé ne cesse d’augmenter.

Des espaces d’apprentissage temporaires

Plus de 52.000 enfants en âge d’être scolarisés (46% de filles) sont déplacés dans le territoire de Nyiragongo. En étroite collaboration avec ses partenaires, l’UNICEF apporte des réponses pour assurer la continuité de l’accès et de l’apprentissage pour environ 2.000 enfants et jeunes adolescents en âge d’être scolarisés.

Cela passe par la mise en place de 18 espaces d’apprentissage temporaires, la fourniture de fournitures scolaires pour les élèves et de kits d’enseignement pour 36 enseignants. En outre, un renforcement des capacités de 36 enseignants en matière de pédagogie centrée sur l’enfant et de soutien psychosocial est prévu.

Compte tenu de l’évolution rapide de la situation sur le terrain, l’UNICEF va étendre son plan d’intervention dans les semaines à venir pour répondre aux besoins urgents d’environ 20.000 enfants supplémentaires touchés par la crise.

Depuis fin mai, quand de violents combats ont éclaté entre l’armée de RDC et les rebelles du M23 dans le Nord-Kivu (est), plusieurs manifestations ont été organisées. Défaite en 2013 par l’armée congolaise et les Casques bleus, l’ancienne rébellion tutsi du M23 (Mouvement du 23 mars) a repris les armes en fin d’année dernière, s’emparant en juin de Bunagana, à la frontière avec l’Ouganda.

Un enfant remplit un jerrycan d'eau potable dans un camp de personnes déplacées près de Goma, en République démocratique du Congo.
© UNICEF/Olivier Asselin
Un enfant remplit un jerrycan d'eau potable dans un camp de personnes déplacées près de Goma, en République démocratique du Congo.

Plus de 262.000 personnes déplacées par la guerre

Mais selon les médias, une accalmie est observée depuis samedi dernier sur les lignes de front dans l’est de la RDC, après plusieurs jours de violents combats. Selon l’ONU, plus de 262.000 personnes sont déplacées depuis le début des affrontements dans le territoire de Rutshuru en mars dernier.

Environ 234.000 personnes ont besoin d’aide, la majorité dans le territoire de Nyiragongo qui accueille au moins 128.000 personnes déplacées. Dans le seul territoire de Nyiragongo, la majorité des déplacés vivent dans des centres collectifs surpeuplés et des sites improvisés, ce qui augmente les risques de protection.

Les enfants et les femmes continuent d’être exposés à une violence extrême et vivent dans des conditions très difficiles avec un accès limité aux services de base tels que l’eau potable, les soins de santé primaires ou l’éducation, ce qui les expose à un risque accru d’abus. Dans ces conditions, l’UNICEF a mis en place des équipes fixes et mobiles dans les principaux sites de déplacés du territoire de Nyiragongo afin d’intensifier la prise en charge des enfants.

Depuis le début de la crise en mars 2022, l’UNICEF et ses partenaires ont identifié un total de 1.640 enfants non accompagnés et séparés dont 1.292 ont été réunifiés. En outre, plus de 220 enfants associés aux forces armées et aux groupes armés ont été identifiés et ont bénéficié de services de protection.

Le défi de l’accès pour les humanitaires

Malgré un environnement très volatile et imprévisible, l’UNICEF et ses partenaires continuent de fournir une aide aux plus vulnérables dans les domaines de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène, de la protection de l’enfance, de la santé, de l’éducation, des kits d’articles non alimentaires et de la nutrition.

Entre le 8 et 14 novembre dernier par exemple, 180 enfants (dont une trentaine d’enfants déplacés) ont été traités pour malnutrition aiguë sévère dans les établissements de santé de la zone de santé de Nyiragongo. Plus de 145 cas de malnutrition aiguë sévère chez les enfants ont été identifiés et référés aux centres de santé pour traitement.

En outre, plus de 11.000 enfants âgés de 6 à 59 mois et 1.600 femmes enceintes et allaitantes ont été dépistés par des partenaires de l’UNICEF.

Par ailleurs, l’agence onusienne reste préoccupée par la question de l’accès humanitaire à toutes les populations affectées par la recrudescence de la violence dans le territoire de Rutshuru. Seuls quelques acteurs déjà basés à Rutshuru ont pu maintenir leurs activités dans les zones contrôlées par le M23. « Au fur et à mesure que la situation évolue, l’accès à cette zone est jusqu’à présent impossible pour accroître l’aide humanitaire », a conclu l’UNICEF.