Au Sri Lanka, le système de santé est sur le point de s'effondrer en raison de la crise

18 août 2022

Le Sri Lanka fait face à la pire crise socio-économique de son histoire, et le système de santé autrefois robuste est sur le point de s'effondrer, avec des patients menacés par des pannes d'électricité, un manque de médicaments et des pénuries d'équipements.

Lorsque Ruchika a découvert qu'elle était enceinte de son deuxième enfant en octobre 2021, elle ne pouvait pas imaginer que, quelques heures avant l'accouchement, elle se retrouverait dans une longue file d'attente pour obtenir du carburant afin de se rendre à l'hôpital.

« La plupart des gens étaient compréhensifs », se souvient Ruchika. « Les autorités m'ont permis d'acheter le carburant dont j'avais besoin après avoir examiné mes documents médicaux pour confirmer mon histoire, mais il y en avait encore quelques-uns qui nous criaient dessus ».

Les femmes enceintes au Sri Lanka se retrouvent dans une situation qui aurait été inimaginable il y a quelques mois.

Avant la crise, 99% des accouchements au Sri Lanka avaient lieu dans des établissements de santé. Aujourd'hui, ces établissements font face à des coupures de courant, au manque de médicaments et d'équipements. Ces conditions affectent gravement les services de santé sexuelle et génésique, notamment les soins de santé maternelle et l'accès à la contraception, et compromettent les services de prévention et de lutte contre la violence sexiste.

« La crise économique actuelle a de profondes répercussions sur la santé, les droits et la dignité des femmes et des filles », a déclaré Dr Natalia Kanem, Directrice exécutive de l’agence des Nations Unies spécialisée dans la santé sexuelle et reproductive (UNFPA). « En ce moment, notre priorité est de répondre à leurs besoins particuliers et de protéger leur accès aux soins et services de santé vitaux ».

Un véhicule d'éducation mobile à la santé dans la campagne sri-lankaise.
Photo: Banque mondiale/Dominic Sansoni
Un véhicule d'éducation mobile à la santé dans la campagne sri-lankaise.

Craintes de pénurie de carburant, d'équipement et de personnel

Ruchika est arrivée à l'hôpital le lendemain de sa pénible attente dans la file d'attente pour le carburant, juste à temps pour accoucher, mais le carburant n'était pas sa seule préoccupation.

Deux mois avant la date prévue de son accouchement, Ruchika a appris qu'on demandait aux femmes d'apporter des gants, des rasoirs et d'autres matériels de base nécessaires à un accouchement sans risque pour accoucher à l'hôpital public. « Les stocks de l'hôpital étaient épuisés, et il n'y avait aucun moyen de les reconstituer », se souvient Ruchika.

Elle était terrifiée. « J'ai immédiatement appelé mon médecin et lui ai demandé si du matériel était disponible et si je devais aussi me préparer. Il m'a dit qu'ils avaient le matériel pour le moment », a-t-elle expliqué, « mais il ne pouvait pas me garantir ce qu'il en serait dans deux mois, lorsque j'accoucherais. Je m'inquiétais de la gravité de la situation et j'ai demandé deux fois à mon médecin si je pouvais accoucher en toute sécurité, même si c'était deux mois plus tôt ».

Le médecin a refusé, invoquant des risques pour la santé du bébé. « Il m'a assuré que tant que j'arrivais à l'hôpital à temps, il s'assurerait que nous étions tous deux en bonne santé, mais même cela représentait un grand défi ».

Elle a fini par s'inquiéter non seulement de son propre accès au carburant, mais aussi de l'accès du personnel de l'hôpital au carburant.

« La semaine précédant mon accouchement, mon mari a demandé à mon médecin ce qu'il en était du carburant, car nous avions entendu de nombreuses histoires de médecins et d'infirmières qui ne pouvaient pas se rendre au travail à cause de la crise du carburant », se souvient-elle.

Des dizaines de milliers de femmes concernées

Selon les données du ministère de la Santé, quelque 215.000 Sri-Lankaises sont actuellement enceintes, dont 11.000 adolescentes, et l'on estime que 145.000 femmes doivent accoucher au cours des six prochains mois.

L'UNFPA lance un appel de 10,7 millions de dollars pour répondre de toute urgence aux besoins des femmes et des filles du Sri Lanka en matière de santé sexuelle et reproductive et de protection. Ces fonds serviraient à financer des médicaments, des équipements et des fournitures d'importance vitale, notamment des fournitures pour les services destinés aux survivantes de la violence domestique. L’agence onusienne fournira également 10.000 kits d'accouchement, de maternité et d'hygiène féminine, ainsi que 37.000 aides en espèces pour les services de santé génésique, tout en développant les services destinés aux survivantes de la violence et en soutenant 1 250 sage-femmes.

Pourtant, face aux problèmes d'infrastructure et de transport, l'accouchement peut représenter un défi vital pour celles qui ne peuvent accéder à des soins médicaux qualifiés.

La famille de Ruchika continue de se battre avec cela. Lorsque sa fille de quatre ans et demi est tombée malade, ils ont dû se rendre dans six pharmacies différentes pour trouver le nébuliseur dont elle avait besoin. Des semaines après l'accouchement, la date prévue pour les points de suture de Ruchika est passée, et elle attend toujours que son médecin lui fasse savoir quand elle pourra venir se faire recoudre. À ce stade, le médecin est contraint d'économiser le peu de carburant dont il dispose et de ne se déplacer que lorsqu'une de ses autres patientes est proche d’accoucher.

 

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