Iran : l’ONU préoccupée par l’application imminente d'une peine d’amputation des doigts à huit détenus

22 juin 2022

Huit hommes condamnés pour vol en Iran risquent probablement une amputation imminente des doigts, s’est vivement inquiété mercredi le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme (HCDH), qui demande instamment aux autorités iraniennes d'y renoncer.

Huit hommes condamnés pour vol en Iran risquent une amputation imminente des doigts en exécution de leur peine. Sept de ces huit hommes, actuellement détenus dans une prison de la périphérie de Téhéran, ont été convoqués mercredi en vue de leur transfèrement vers un autre établissement pour leur amputation.

« Sept de ces hommes sont actuellement détenus à la prison centrale du grand Téhéran et l’on ignore où se trouve l’un d’entre eux, Hadi Rostami, qui a été transféré de la prison le 12 juin », a alerté dans un communiqué, Ravina Shamdasani, porte-parole du HCDH.

Les huit personnes, dont sept ont été identifiées comme étant Hadi Rostami, Mehdi Sharafian, Mehdi Shahivand, Amir Shirmard, Morteza Jalili, Ebrahim Rafiei, Yaghoub Fazeli Koushki, ont été condamnées à « avoir quatre doigts de la main droite complètement coupés de sorte qu’il ne reste que la paume de la main et le pouce ».

En 20 ans, au moins 237 personnes condamnées à des amputations en Iran

Selon les services de la Haute-Commissaire Michelle Bachelet, tous ces détenus sont susceptibles d’être transférés à la prison d’Evin, à Téhéran. « Selon certaines informations, une guillotine pour couper les doigts y a été installée récemment », a ajouté Mme Shamdasani.

Cette machine aurait été utilisée le 31 mai dernier pour amputer les doigts d’un autre prisonnier. Une première tentative de transfert des hommes a eu lieu le 11 juin, mais elle a été interrompue en raison de la résistance des autres prisonniers.

Le Code pénal iranien, fondé sur la loi islamique, prévoit l’amputation pour des crimes comme les vols avec récidive.

Le HCDH demande à l’Iran de réviser de toute urgence ses sanctions pénales afin de supprimer toute forme de châtiment corporel, y compris les amputations, la flagellation et la lapidation, conformément à ses obligations en vertu du droit international relatif aux droits humains et aux recommandations des mécanismes des Nations Unies relatifs aux droits humains.

Selon l’ONU, les organisations de la société civile iranienne indiquent qu’au moins 237 personnes, issues pour la plupart des couches les plus pauvres de la société, ont été condamnées à des amputations en Iran entre le 1er janvier 2000 et le 24 septembre 2020. Ces peines ont été exécutées dans au moins 129 cas.

Plus de 100 personnes exécutées en Iran depuis le début de l’année 2022

L’Iran est un État partie au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, dont l’article 7 interdit la torture et les autres peines cruelles, inhumaines ou dégradantes. « Comme l’a clairement indiqué le Comité des droits de l’homme des Nations Unies, qui supervise la mise en œuvre du Pacte, l’interdiction de la torture et des autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants englobe les formes de châtiment corporel », a conclu la porte-parole du HCDH.

Par ailleurs, l’Iran a exécuté plus de 100 personnes au cours des trois premiers mois de 2022, selon un rapport du secrétaire général de l’ONU présenté hier mardi 21 juin 2022.

« Entre le 1er janvier et le 20 mars, au moins 105 personnes ont été exécutées, dont de nombreuses personnes appartenant à des minorités ethniques », a déclaré à Genève la Haute-Commissaire adjointe des Nations Unies aux droits de l’Homme, Nada Al-Nashif, en présentant au Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève le dernier rapport du Secrétaire général Antonio Guterres sur l’Iran. Au mois de mars, 52 personnes ont ainsi été transférées à la prison de Shiraz afin d’y être exécutées pour des affaires de trafic de drogue.

« Tandis que 260 personnes ont été exécutées en 2020, au moins 310 personnes l’ont été en 2021, dont au moins 14 femmes », a-t-elle ajouté. « La peine de mort continue d’être imposée pour des faits ne figurant pas parmi les crimes les plus graves, ce qui viole les normes internationales pour un procès équitable », a fait valoir la Haute-Commissaire adjointe.

 

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