Iran : des experts de l'ONU s'alarment de l'escalade des persécutions religieuses

Une vue de Téhéran, la capitale de l'Iran.
Unsplash/Hosein Charbaghi
Une vue de Téhéran, la capitale de l'Iran.

Iran : des experts de l'ONU s'alarment de l'escalade des persécutions religieuses

Droits de l'homme

Des experts de l'ONU ont appelé lundi les autorités iraniennes à mettre fin à la persécution et au harcèlement des minorités religieuses et à cesser d'utiliser la religion pour restreindre l'exercice des droits fondamentaux. 

« Nous sommes profondément préoccupés par la multiplication des arrestations arbitraires et, dans certains cas, des disparitions forcées de membres de la foi baha'ie, ainsi que par la destruction ou la confiscation de leurs biens, dans ce qui porte tous les signes d'une politique de persécution systématique », ont déclaré ces experts dans un communiqué conjoint.

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Selon les experts de l'ONU, ces actes ne sont pas isolés mais font partie d'une politique plus large visant à cibler toute croyance ou pratique religieuse dissidente, y compris les convertis au christianisme, les derviches Gonabadi (l'une des trois grandes confréries de l'ordre des soufis nematollahi) et les athées.

« La communauté internationale ne peut rester silencieuse alors que les autorités iraniennes utilisent des accusations de sécurité nationale et d'espionnage trop larges et vagues pour réduire au silence les minorités religieuses ou les personnes ayant des opinions dissidentes, les expulser de leurs maisons et les forcer effectivement à se déplacer à l'intérieur du pays », ont-ils déclaré.  

Nette augmentation des arrestations de membres de la communauté baha'ie

La communauté baha'ie fait partie des minorités religieuses les plus sévèrement persécutées en Iran, avec une nette augmentation des arrestations et des prises pour cible cette année.

En avril 2022, les experts ont reçu des informations selon lesquelles plus de 1.000 Baha'is étaient en attente d'emprisonnement, suite à leurs premières arrestations et auditions. Depuis juillet 2022, les agents de sécurité ont fait une descente au domicile de plus de 35 Baha'is dans différentes villes, et ont arrêté plusieurs personnes à travers le pays.

Parmi ces arrestations figurent trois anciens dirigeants de la communauté baha'ie, Mahvash Sabet, Fariba Kamalabadi et Afif Naimi, qui ont ensuite été accusés de « gestion de l'administration [baha'ie] illégale ». Cette accusation est passible d'une peine pouvant aller jusqu'à 10 ans de prison. M. Naimi a notamment été victime d'une disparition forcée pendant plus d'un mois, jusqu'à ce que son sort et sa localisation soient révélés.

En août 2022, tout en utilisant du gaz poivré pour disperser la population, les agents des services de sécurité et de renseignement ont violemment démoli au moins huit maisons appartenant à des familles baha'ies dans la province de Mazandaran et ont confisqué 20 hectares de leurs terres. Ceux qui ont tenté de contester ces opérations ont été arrêtés. 

Dans une communication adressée aux autorités iraniennes en février 2021, les experts ont fait part de leurs préoccupations concernant les violations systématiques des droits de propriété et de logement de la minorité baha'ie. 

Jusqu'à présent, en 2022, plus de 90 étudiants baha'is ont été empêchés de s'inscrire dans les universités du pays. En août, le ministère du Renseignement a accusé des membres de la communauté baha'ie d'être impliqués dans l'espionnage, la propagation des enseignements baha'is et l'infiltration d'institutions éducatives.

Les experts ont demandé la libération immédiate et inconditionnelle de toutes les personnes détenues en raison de leur appartenance religieuse, ainsi que l'obligation de rendre compte de la persécution systématique des minorités religieuses par les autorités. 

Javaid Rehman, Rapporteur spécial sur la situation des droits de l'homme en République islamique d'Iran, informe les journalistes.
Photo ONU/Manuel Elias
Javaid Rehman, Rapporteur spécial sur la situation des droits de l'homme en République islamique d'Iran, informe les journalistes.

Les experts appellent à la dépénalisation du blasphème 

« Nous sommes gravement préoccupés par le fait que des dispositions du Code pénal sont utilisées pour poursuivre des personnes en raison de leur appartenance religieuse et sur la base d'allégations selon lesquelles elles auraient exprimé des opinions jugées critiques ou désobligeantes à l'égard de l'islam », ont déclaré les experts. 

Les experts ont à plusieurs reprises exprimé leur inquiétude quant à la criminalisation du blasphème par le Code pénal iranien, qui prévoit des peines sévères, y compris la prison à vie et la peine capitale, contraires au droit international relatif aux droits humains. 

« Cette intolérance sanctionnée par l'État favorise l'extrémisme et la violence. Nous appelons les autorités iraniennes à dépénaliser le blasphème et à prendre des mesures significatives pour garantir le droit à la liberté de religion ou de croyance et à la liberté d'opinion et d'expression sans discrimination », ont-ils ajouté.

Les experts sont : Javaid Rehman, Rapporteur spécial sur la situation des droits de l'homme en République islamique d'Iran ; Luciano Hazan (Président-Rapporteur),  Aua Baldé (Vice-Présidente), Gabriella Citroni, Henrikas Mickevičius et Angkhana Neelapaijit, Groupe de travail sur la discrimination à l'égard des femmes et des filles, Groupe de travail sur les disparitions forcées ou involontaires ; Fernand de Varennes, Rapporteur spécial sur les questions relatives aux minorités.

NOTE

Les experts font partie de ce que l'on appelle les procédures spéciales du Conseil des droits de l'homme. Les procédures spéciales, qui constituent le plus grand groupe d'experts indépendants du système des droits de l'homme des Nations unies, sont le nom général des mécanismes indépendants d'enquête et de surveillance du Conseil qui traitent soit de situations nationales spécifiques, soit de questions thématiques dans toutes les régions du monde. Les experts des procédures spéciales travaillent sur une base volontaire ; ils ne font pas partie du personnel de l'ONU et ne reçoivent pas de salaire pour leur travail. Ils sont indépendants de tout gouvernement ou organisation et servent à titre individuel.