Guerre en Ukraine : le chef de l’ONU craint une escalade des violations des droits humains

28 février 2022

Les opérations militaires russes et une escalade du conflit armé en Ukraine risquent d’entraîner des conséquences dévastatrices pour les droits humains dans la région, a alerté lundi le chef de l’ONU.

« L’escalade des opérations militaires de la Fédération de Russie en Ukraine conduit à une escalade des violations des droits de l’homme », a déclaré dans un message vidéo, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, à l’ouverture de la 49e session du Conseil des droits de l’homme à Genève. Il devait y assister en personne, mais a annulé son voyage en raison des travaux en cours au siège de l’ONU à New York.

Aux membres du Conseil des droits de l'homme, il a réitéré l’appel de l’ONU pour « la fin de l’offensive russe ainsi que le retour sur la voie du dialogue et de la diplomatie ».

En attendant, la communauté internationale doit « montrer à tous les habitants de l’Ukraine qu’elle est à leurs côtés lorsqu’ils en ont besoin ». Il s’agit ainsi de la poursuite de la mission de surveillance des droits de l’homme en Ukraine et de l’intensification des opérations humanitaires.

D’une manière générale, « le conflit est la négation totale des droits de l’homme dans tous les domaines », a fait remarquer le chef de l’ONU. La liberté d’expression est attaquée et des journalistes et des militants ont été arrêtés.

Sur le terrain, l’expansion de la violence et des conflits dans le monde entier prive des millions de personnes de leurs droits fondamentaux. « Nous connaissons le résultat inévitable de la guerre : des victimes civiles ; des femmes, des enfants et des hommes contraints de quitter leur foyer ; la faim, la pauvreté et d’énormes perturbations économiques », a-t-il mis en garde.

Guterres dénonce les « autocraties, qui ont le vent en poupe »

 

Plus largement, M. Guterres s’en est pris aux « autocraties, qui ont le vent en poupe ». « Les autocrates savent que les droits humains constituent la plus grande menace pour leur pouvoir ». C’est pourquoi ces derniers ne reculent devant rien pour nier, écarter et distraire les gens, tout en piétinant les droits et libertés fondamentaux.

« Fermer une célèbre organisation de défense des droits de l’homme, fière de son histoire et de ses liens internationaux, n’est pas le signe d’un État fort. C’est le signe d’un État qui craint le pouvoir des droits de l’homme », a fait valoir le Secrétaire général de l’ONU, fustigeant au passage, « l’enlèvement de militants des droits de la femme et le passage à tabac de femmes dans la rue », qui sont les actions « d’un patriarcat étouffant qui craint pour sa survie ».

En filigrane, « opprimer et contrôler les minorités », leur refuser la liberté de s’exprimer dans leur propre langue et de pratiquer leur religion en toute tranquillité, c’est faire preuve de la faiblesse d’un État, et non de sa force. « C’est pourquoi les Nations Unies travaillent chaque jour, partout, pour faire respecter et promouvoir les droits de l’homme pour tous », a martelé M. Guterres.

Plus globalement, les droits de l’homme sont attaqués, partout. Le populisme, l'hostilité aux immigrants, le racisme et l’extrémisme minent les sociétés. « La pandémie de Covid-19, les inégalités et la crise climatique écrasent les droits sociaux et économiques de continents et de régions entiers. Les divisions s’accentuent. La suspicion et les intérêts personnels sont en hausse », a dit le chef de l’ONU.

Finalement dans ce monde plein d’incertitudes, les droits de l’homme ne peuvent être « confisqués par des dictateurs ou effacés par la pauvreté ». « Ils ne sont pas non plus un luxe que l’on peut remettre à plus tard.  Ils sont inéluctables - et puissants. Partout, les gens le savent intuitivement », a insisté M. Guterres.

Le 25 février 2022 à Kiev, en Ukraine, un homme appelle de la famille, alors qu'il se trouve devant un immeuble endommagé par les opérations militaires.
© UNICEF/Anton Skyba for The Globe and Mail
Le 25 février 2022 à Kiev, en Ukraine, un homme appelle de la famille, alors qu'il se trouve devant un immeuble endommagé par les opérations militaires.

Plus de 100 civils tués et 304 blessés en Ukraine, selon l’ONU

Concernant l’offensive russe en Ukraine, l’ONU a affirmé lundi, avoir enregistré 102 civils tués, dont 7 enfants, et 304 blessés. Mais le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme a averti que les chiffres réels « sont considérablement » plus élevés.

Selon les services de la Haute-Commissaire Michelle Bachelet, l’attaque militaire contre l’Ukraine met en danger d’innombrables vies.

« La plupart de ces civils ont été tués par des armes explosives à large rayon d’action, notamment des tirs d’artillerie lourde, des lance-roquettes multiples et des frappes aériennes », a déclaré Michelle Bachelet à l’ouverture du Conseil des droits de l’homme.

De son côté, Kiev penchait pour un bilan beaucoup plus élevé. « Selon le bilan du ministère de la santé fait état de plus de 350 victimes et près de 1.800 blessés », a affirmé Yevheniia Filipenko, l’ambassadrice ukrainienne auprès de l’ONU à Genève.

Sur le terrain, ces violences poussent des millions de civils, y compris des personnes vulnérables et âgées, à « se blottir dans différentes formes d’abris anti-bombes, comme les stations de métro, pour échapper aux explosions ». 

« Selon le HCR, 422.000 personnes ont fui le pays - et beaucoup d’autres sont déplacées à l’intérieur du pays », a dit Mme Bachelet, exhortant « tous les membres à surmonter la polarisation, à discuter de nos différences et à se rassembler pour faire progresser les droits fondamentaux de tous les êtres humains ».

Plus largement, le monde est à un « tournant » sur les droits humains, selon la Haute-Commissaire. La situation après ce conflit « sera plus néfaste », a-t-elle estimé. Le moment est venu d’œuvrer à la prévention des conflits et d’honorer le droit international, a-t-elle insisté.

La reddition des comptes concernant l'Ukraine est urgente, selon la Suisse

Du côté de la Suisse, l’urgence est la reddition des comptes des responsables de violations des droits humains et du droit international humanitaire en Ukraine. Selon le Président de la Confédération Ignazio Cassis, Genève peut naturellement apporter « une contribution importante » dans ce combat.

A l’image de plusieurs pays qui ont pris la parole à l’ouverture de la 49e session, le Président de la Confédération helvétique a réitéré la condamnation de la Suisse et son appel à un retrait de ses troupes russes d’Ukraine. « Les tentatives de la Russie pour légitimer son action ne sont pas crédibles », a regretté M. Cassis, relevant qu’il n’y a eu « aucune provocation permettant de justifier une telle intervention » militaire.

M. Cassis s’est donc penché sur la suite à donner à ses opérations militaires russes et a appelé à réfléchir sur « le développement et le renforcement des outils de surveillance des droits de l’homme de l’ONU en Ukraine ».

Il a appelé à nouveau à protéger les civils et les personnes hors de combat, particulièrement les prisonniers de guerre et autres détenus. L’accès humanitaire doit être garanti. Les patients, le personnel médical, les infrastructures et transports médicaux ne doivent pas être ciblés, a-t-il conclu.

 

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