Vaccins contre la Covid-19 : les inégalités se creusent et des millions de personnes sont vulnérables

20 septembre 2021

Les responsables de la santé s'accordent à dire qu'un monde sans Covid-19 ne sera possible que lorsque tout le monde aura un accès égal aux vaccins. Plus de 4,6 millions de personnes sont mortes du virus depuis qu'il a déferlé sur le monde au début de l'année 2020, mais on s'attend à un ralentissement du taux de mortalité si davantage de personnes sont vaccinées.

Les pays développés sont beaucoup plus susceptibles de vacciner leurs citoyens, ce qui risque de prolonger la pandémie et de creuser les inégalités dans le monde. Alors que des hauts fonctionnaires des Nations Unies se réunissent ce lundi au Siège de l’ONU pour discuter de la question, ONU Info explique l'importance de l'équité vaccinale.

C’est quoi l'équité vaccinale ?

Un homme de 76 ans montre sa carte de vaccination après avoir reçu une dose du vaccin contre la Covid-19 à Kasoa, au Ghana.
UNICEF/Francis Kokoroko
Un homme de 76 ans montre sa carte de vaccination après avoir reçu une dose du vaccin contre la Covid-19 à Kasoa, au Ghana.

 L'équité vaccinale signifie tout simplement que toutes les personnes, où qu'elles soient dans le monde, devraient avoir un accès égal à un vaccin qui offre une protection contre l'infection par la Covid-19.

Selon l’objectif mondial fixé par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), 70% de la population de tous les pays devrait être vaccinée d'ici à la mi-2022. Mais pour atteindre cet objectif, il faudra un accès plus équitable aux vaccins.

Le Directeur général de l'OMS, Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, a déclaré que l'équité en matière de vaccins n'était « ni de la science infuse, ni de la charité. C'est de la santé publique intelligente et dans l'intérêt de tous ».

Pourquoi est-elle si importante ?

La mère d'une famille issue d'un groupe autochtone au Brésil reçoit une inoculation de Covid-19.
© OPS
La mère d'une famille issue d'un groupe autochtone au Brésil reçoit une inoculation de Covid-19.

Mis à part l'argument éthique selon lequel aucun pays ou citoyen ne mérite plus qu'un autre, qu'il soit riche ou pauvre, une maladie infectieuse comme la Covid-19 restera une menace mondiale, tant qu'elle existera où que ce soit dans le monde.

Une distribution inéquitable des vaccins ne laisse pas seulement des millions ou des milliards de personnes vulnérables au virus mortel, elle permet également à des variants encore plus mortels d'émerger et de se propager à travers le monde.

En outre, une distribution inégale des vaccins creusera les inégalités exacerbant le fossé entre les riches et les pauvres, et annulera des décennies de progrès durement acquis en matière de développement humain.

Selon les Nations Unies, l'inégalité en matière de vaccins aura un impact durable sur le redressement socio-économique des pays à revenu faible et moyen inférieur et fera reculer les progrès accomplis dans la réalisation des Objectifs de développement durable (ODD).

Selon le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), huit personnes sur dix poussées directement dans la pauvreté par la pandémie vivraient dans les pays les plus pauvres du monde en 2030.

Les estimations suggèrent également que les impacts économiques de la Covid-19 pourraient durer jusqu'en 2024 dans les pays à faible revenu, tandis que les pays à revenu élevé pourraient retrouver les taux de croissance du PIB par habitant d'avant la Covid-19 dès la fin de cette année.

Est-ce qu’elle marche ?

Cas confirmés de Covid-19 au 15 septembre, 2021.
OMS

Pas selon le Dr Tedros, qui a déclaré en avril de cette année que « l'équité en matière de vaccins est le défi de notre époque... et nous échouons ».

Les recherches suggèrent que suffisamment de vaccins seront produits en 2021 pour couvrir 70% de la population mondiale de 7,8 milliards d'habitants. Toutefois, la plupart des vaccins sont réservés aux pays riches, tandis que d'autres pays producteurs de vaccins limitent l'exportation de doses afin de s'assurer que leurs propres citoyens soient vaccinés en premier, une approche qui a été baptisée « nationalisme vaccinal ».

La décision de certains pays d'administrer un vaccin de rappel à leurs citoyens déjà vaccinés, plutôt que de donner la priorité aux doses destinées aux personnes non vaccinées dans les pays pauvres, est un exemple de cette tendance.

Néanmoins, la bonne nouvelle, selon les données de l'OMS, est qu'au 15 septembre, plus de 5,5 milliards de doses ont été administrées à travers le monde, même si, étant donné que la plupart des vaccins disponibles nécessitent deux injections, le nombre de personnes protégées est beaucoup plus faible.

Quels sont les pays qui reçoivent les vaccins en ce moment ?

Pour faire simple, ce sont les pays riches qui reçoivent la majorité des vaccins, tandis que de nombreux pays plus pauvres peinent à vacciner ne serait-ce qu'un petit nombre de leurs citoyens.

Selon le tableau de bord mondial de l'équité vaccinale (établi par le PNUD, l'OMS et l'Université d'Oxford), au 15 septembre, seuls 3,07% des habitants des pays à faible revenu ont reçu au moins une dose de vaccin, contre 60,18% dans les pays à revenu élevé.

Au Royaume-Uni, le taux de vaccination des personnes ayant reçu au moins une dose de vaccin est d'environ 70,92%, tandis qu'aux États-Unis, il est actuellement de 65,2%. D'autres pays à revenu élevé ou intermédiaire ne font pas aussi bien ; la Nouvelle-Zélande n'a vacciné que 31,97% de sa population relativement petite d'environ cinq millions d'habitants, alors que le Brésil est actuellement à 63,31%.

En revanche, les statistiques de certains des pays les plus pauvres du monde ne sont pas réjouissantes. En République démocratique du Congo, seulement 0,09% de la population a reçu une dose ; en Papouasie-Nouvelle-Guinée et au Venezuela, le taux est respectivement de 1,15% et 20,45%.

Vous trouverez plus de données spécifiques à chaque pays ici.

Combien coûte un vaccin ?

Une infirmière tient une dose de vaccin à l’hôpital Sheikh Zayed de Nouakchott, Mauritanie.
Photo UNICEF/Raphaël Pouget
Une infirmière tient une dose de vaccin à l’hôpital Sheikh Zayed de Nouakchott, Mauritanie.

Les données de l'UNICEF montrent que le coût moyen d'un vaccin contre la Covid-19 est de 2 à 37 dollars (il existe 24 vaccins qui ont été approuvés par au moins une autorité réglementaire nationale) et le coût de distribution par personne est estimé à 3,70 dollars. Cela représente une charge financière importante pour les pays à faible revenu, où, selon le PNUD, les dépenses de santé annuelles moyennes par habitant s'élèvent à 41 dollars.

Le tableau de bord de l'équité vaccinale montre que, sans un soutien financier mondial immédiat, les pays à faible revenu devront augmenter leurs dépenses de santé de 30 à 60% pour atteindre l'objectif de vaccination de 70% de leurs citoyens.

Que fait l'ONU pour promouvoir un accès plus équitable aux vaccins ?

Une livraison de doses de vaccins contre la Covid-19 fournies par la structure COVAX est vérifiée à Goma, dans l'est de la République démocratique du Congo.
UNICEF/Arlette Bashizi
Une livraison de doses de vaccins contre la Covid-19 fournies par la structure COVAX est vérifiée à Goma, dans l'est de la République démocratique du Congo.

L'OMS et l'UNICEF ont travaillé avec d'autres organisations pour créer et gérer le Dispositif mondial d'accès aux vaccins Covid-19, connu sous le nom de COVAX. Lancé en avril 2020, l'OMS l'a qualifié de « collaboration mondiale inédite pour accélérer le développement, la production et l'accès équitable aux tests, traitements et vaccins contre la Covid-19 ».

Son objectif est de garantir un accès juste et équitable pour chaque pays du monde en fonction des besoins et non du pouvoir d'achat.

Actuellement, le COVAX compte 141 participants selon l'alliance Gavi, soutenue par les Nations Unies, mais ce n'est pas le seul moyen pour les pays d'accéder aux vaccins puisqu'ils peuvent également conclure des accords bilatéraux avec les fabricants.

L'égalité d'accès aux vaccins mettra-t-elle fin à la pandémie ?

Les élèves d'une école au Cambodge étudient malgré la pandémie de COVID-19.
© UNICEF/Antoine Raab
Les élèves d'une école au Cambodge étudient malgré la pandémie de COVID-19.

C'est une étape cruciale, évidemment, et dans de nombreux pays riches, la vie revient à une certaine normalité pour beaucoup de gens, même si certains protocoles de pandémie sont encore en place. 

La situation dans les pays moins développés est plus difficile. Alors que la livraison de vaccins, fournie dans le cadre du mécanisme COVAX, est accueillie favorablement dans le monde entier, la faiblesse des systèmes de santé, notamment la pénurie de personnel de santé, contribue à aggraver les problèmes d'accès et de distribution sur le terrain.

Et les problèmes d'équité ne disparaissent pas une fois que les vaccins sont physiquement livrés dans le pays ; dans certains pays, riches ou pauvres, les inégalités de distribution peuvent encore persister.

Il est également utile de rappeler que l'impératif de fournir un accès égal aux soins de santé n'est, bien sûr, pas une question nouvelle, mais qu'il est au cœur des Objectifs de développement durable et plus précisément de l'ODD 3 sur la bonne santé et le bien-être, qui appelle à la mise en place d'une couverture sanitaire universelle et de médicaments et vaccins essentiels abordables pour tous.

 

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