Afghanistan : l’ONU s’inquiète de la torture des détenus dans les prisons

3 février 2021

Les allégations de torture par les détenus dans les centres de détention afghans se poursuivent, les droits des détenus étant largement ignorés, a indiqué mercredi l’ONU.

Ces allégations figurent dans un rapport biannuel sur la torture publié par la Mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan (MANUA) et le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme (HCDH) basé à Genève.

Selon les Nations Unies, près d’un tiers des personnes détenues pour des infractions liées à la sécurité ou au terrorisme en Afghanistan ont été soumises à la torture ou à d’autres formes de mauvais traitements.

Si le pourcentage de détenus affirmant avoir été torturés a légèrement diminué par rapport à la période de contrôle précédente (2017-2018), l’ONU estime que ce chiffre reste « alarmant ».

Plus de 30% des personnes interrogées déclarant avoir été soumises à de tels traitements. Or selon les Nations Unies, la torture est interdite par la Loi afghane et le droit international. Dans ces conditions, de tels traitements ne peuvent en aucun cas être autorisés ou justifiés, selon le rapport.

Des garanties procédurales rarement respectées pour les détenus

Ce document couvre la période du 1er janvier 2019 au 31 mars 2020 et il est basé sur plus de 650 entretiens. Il s’agit des hommes, des femmes et des enfants soupçonnés, accusés ou condamnés pour des infractions liées à la sécurité ou au terrorisme. Des personnes détenues dans 63 centres de détention à travers l’Afghanistan.

Le rapport souligne également que les garanties procédurales pour les détenus sont rarement respectées. Dans presque aucun cas, les détenus n’ont été informés de leurs droits ou n’ont pu avoir accès à un avocat avant leur interrogatoire.

Peu d’entre eux ont subi un examen médical ou ont pu contacter leur famille dans les premiers jours de leur détention. L’ONU s’est ainsi « alarmée » du fait que près de la moitié des détenus ont été invités à signer ou à apposer leur empreinte de pouce sur un document sans en connaître le contenu, ce qui rend la validité du processus de poursuite douteuse.

Des allégations de « disparitions forcées » à la police nationale afghane à Kandahar

Selon les Nations Unies, le non-respect de ces garanties procédurales a entraîné la récurrence de la pratique de la détention à l’isolement et au secret à la Direction nationale de la sécurité.

Dans ces conditions, une mise en œuvre efficace des garanties procédurales contribuerait à réduire les cas de torture, souligne le rapport. Elle renforcerait également la confiance des citoyens dans les institutions publiques, en particulier dans les forces de l’ordre, et dans l’État de droit en général.

Par ailleurs, l’ONU s’est inquiétée des informations persistantes faisant état de « disparitions forcées prétendument liées à la police nationale afghane à Kandahar ». « Ces cas doivent faire l’objet d’enquêtes appropriées et les responsables doivent être tenus de rendre des comptes », soulignent la MANUA et le HCDH.

Tout en reconnaissant les mesures prises par le gouvernement afghan pour prévenir la torture dans les lieux de détention, le rapport souligne qu’il faut faire plus par le biais d’une série de recommandations. Il s’agit notamment de mesures visant à accroître la capacité, les ressources et la formation des forces de l’ordre.

 

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