En Afrique centrale, l’insécurité est transfrontalière et liée à d’autres régions (ONU)

9 décembre 2020

L’envoyé de l’ONU en Afrique centrale a souligné, mercredi, au Conseil de sécurité que l’insécurité qui touche les Etats de la région ne peut être traitée que dans le cadre d’une coopération régionale également élargie à l’Afrique de l’Ouest et aux Grands lacs.

« L'insécurité dans toute l'Afrique centrale a continué d'être une source de préoccupation, y compris lorsqu’elle a une dimension transfrontalière, notamment dans le bassin du lac Tchad et le golfe de Guinée, et en ce qui concerne la situation interne dans certains pays », a déclaré, François Louncény Fall, le Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU dans la région.

Selon M. Fall, les menaces contre la paix et la sécurité en Afrique centrale affecte également d'autres régions, en particulier l'Afrique de l'Ouest et les Grands Lacs.

« La proximité et les similitudes entre les situations dans le bassin du lac Tchad et au Sahel justifient que nous les suivions et les analysions conjointement et que nous coordonnions nos réponses aux défis qui s’y posent », a souligné M. Fall qui est également chef du Bureau des Nations Unies pour l’Afrique centrale (UNOCA).

Concrètement, il appelle à établir des liens entre la Stratégie intégrée des Nations Unies pour le Sahel et la Stratégie régionale pour le bassin du lac Tchad afin d'éviter les doubles emplois, rationaliser l'utilisation des ressources et faire en sorte que les deux stratégies se renforcent mutuellement.

Par ailleurs, le cas de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA) qui sévit à la fois en Afrique centrale et dans les Grands Lacs montre également la nécessité de coordonner les actions dans ces deux régions auxquelles plusieurs pays relevant de la compétence de l’UNOCA font partie. « Faire face à ces menaces nécessite une coordination entre toutes les régions touchées et entre les bureaux régionaux des Nations Unies concernés », a-t-il insisté.

« Traiter la crise dans le bassin du lac Tchad de manière globale »

Dans le bassin du lac Tchad, « Boko Haram continue d’être une menace sérieuse avec la multiplication des attaques et des enlèvements », a déploré M. Fall. Le Représentant spécial a indiqué que les groupes terroristes ont continué d'intensifier leurs attaques au Cameroun et au Tchad et de perfectionner leur modus operandi. Lors d’une récente attaque dans la nuit du 24 au 25 novembre dans la région de Ngouboua sur le lac Tchad, quatre soldats tchadiens ont été tués et environ 16 autres ont été blessés après que leur bateau a apparemment heurté un engin explosif improvisé.

« On ne saurait trop insister sur la nécessité de traiter la crise dans le bassin du lac Tchad de manière globale, notamment dans le cadre de la Stratégie régionale de stabilisation, de redressement et de résilience des zones du bassin du lac Tchad affectées par Boko Haram », a déclaré M. Fall. Malgré les difficultés dues à la pandémie de Covid-19, le Plan d'action régional de la stratégie a été finalisé et les huit territoires les plus touchés sont maintenant en train d'élaborer leurs Plans d'action territoriaux.

Le Représentant spécial a, une fois de plus, appelé à la générosité des membres du Conseil de sécurité et des autres partenaires pour fournir les ressources nécessaires à la mise en œuvre rapide de cette Stratégie régionale, « afin de permettre aux populations du bassin du lac Tchad de bénéficier du dividende de la paix qui, en retour, renforcera leur résilience à la radicalisation et à l'extrémisme violent ».

Inquiétudes sur les violences au Cameroun

Lors d’une visite au Cameroun en novembre, l’envoyé onusien a constaté avec une grande inquiétude la poursuite de la violence dans les régions de l'Extrême-Nord, du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. « Je déplore le fait que la violence dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest vise maintenant les civils, y compris les élèves et les enseignants, ainsi que les religieux », a-t-il dit.

Au cours de sa visite au Cameroun, le Représentant spécial a réitéré l'appel lancé par le Secrétaire général à toutes les parties concernées pour qu'elles renoncent à la violence, fassent taire les armes et cessent les attaques contre les civils et les infrastructures civiles telles que les établissements scolaires. « À cet égard, je voudrais appeler tous les acteurs à rester engagés en faveur d’un dialogue constructif pour mettre fin à la crise dans les deux régions et construire une paix et un développement durables », a-t-il déclaré. 

M. Fall a dit avoir pris note de l'engagement des autorités camerounaises à faire avancer la mise en œuvre du programme présidentiel pour la reconstruction et le développement des deux régions, « qui sera encore consolidé par un tel dialogue et la cessation des hostilités ».

Golfe de Guinée : la criminalité organisée maritime continue

Dans le Golfe de Guinée, la criminalité organisée maritime a continué à se développer, notamment le trafic de drogue, la traite des personnes et le trafic illicite de migrants, a déploré l’envoyé de l’ONU.

« Tout en saluant les mesures individuelles et les initiatives de coopération bilatérale prises par plusieurs Etats de la région pour faire face à l'insécurité maritime, je tiens à souligner que les réponses aux menaces à la sécurité tant des Etats que des personnes dans le Golfe de Guinée ne seront efficaces que si elles sont coordonnées entre l'Afrique centrale et l'Afrique de l'Ouest », a dit M Fall.

Une coordination qui, selon le Représentant spécial, doit être assurée par le biais des mécanismes existants tels que le Centre interrégional de coordination et les centres régionaux de la sécurité maritime de l’Afrique centrale (CRESMAC) et de l’Afrique de l'Ouest (CRESMAO).

Coopération et coordination avec les entités de l’ONU d’autres régions

M. Fall et son collègue Mohamed Ibn Chambas, chef du Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS), ont convenu d'intensifier leur engagement en faveur de la coopération et de la coordination interrégionales en matière de sécurité maritime dans le Golfe de Guinée, qui constitue l'une des principales priorités communes de leurs deux bureaux, mais aussi dans le bassin du lac Tchad.

Le chef de l’UNOCA a indiqué qu’il continuera également à tenir régulièrement des consultations avec l'Envoyé spécial de l’ONU pour la région des Grands Lacs, Huang Xia, la Représentante spéciale des Nations Unies auprès de l’Union africaine, Hannah Tetteh, les chefs des missions de paix en République centrafricaine (MINUSCA), Mankeur Ndiaye, et en République démocratique du Congo (MONUSCO), Leila Zerrougui, ainsi qu’avec les coordonnateurs résidents des Nations Unies des pays concernés.

« Faire face à ces menaces nécessite une coordination entre toutes les régions touchées et entre les bureaux régionaux des Nations Unies concernés », a insisté le Représentant spécial. « Tous ces efforts de coordination visent à améliorer notre compréhension des enjeux dans nos domaines de responsabilité et pour mieux accompagner les pays concernés pour y faire face ».

 

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