Madagascar : l'ONU dénonce l’usage excessif de la force lors d’une mutinerie mortelle dans une prison

28 août 2020

Le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme (HCDH) s’est dit vivement préoccupé, vendredi, des informations faisant état « d’un usage excessif de la force par les forces de sécurité dans une prison de Madagascar ».  

Vingt-deux détenus d’une prison de Farafangana, dans le sud-est de Madagascar, ont été tués dimanche 23 août lors d’une mutinerie.

Huit détenus ont également été blessés lors de cette « évasion massive », qui s’est produite « dans un contexte où les centres de détention sordides et surpeuplées du pays sont un foyer de propagation de la Covid-19 ».

Selon les médias malgaches, plusieurs dizaines de détenus se sont révoltés et ont attaqué les gardiens. « Les forces de sécurité ont ouvert le feu sur des détenus qui tentaient de s’échapper de la prison de Farafangana, dans le sud-est du pays », a déclaré vendredi Rupert Colville, porte-parole du HCDH lors d’un point de presse à Genève. 

Sur 380 détenus, 88 sont parvenus à s’évader, mais la moitié ont été rapidement repris, seule une vingtaine restant en cavale.

« 41 détenus ont été recapturés et 25 sont toujours en fuite », a ajouté M. Colville, appelant les autorités malgaches à un « strict respect des principes de légalité, de nécessité, de proportionnalité et de non-discrimination » lors de l’usage de la force.

Surpeuplement et risque de propagation de la Covid-19 dans les prisons

Le Haut-Commissariat entend continuer à travailler avec les autorités malgaches pour faire en sorte qu’elles mènent des enquêtes approfondies, indépendantes et impartiales sur les circonstances des meurtres survenus lors de l’évasion de la prison. 

Il s’agit aussi de se pencher sur les allégations du recours excessif à la force par les forces de sécurité de l’État.

Selon l’ONU, il s’agit de la septième flambée épidémique dans les prisons du pays depuis le début de la pandémie du nouveau coronavirus. 

« Comme dans beaucoup d’autres prisons, les conditions à Farafangana sont profondément troublantes », a rappelé M. Colville, détaillant les conditions de vie dans « une prison surpeuplée » dont les conditions sont généralement peu hygiéniques, la nourriture est mauvaise et les détenus n’ont pas un accès adéquat aux soins de santé. 

Les services de Michelle Bachelet se sont déjà entretenus avec les autorités pour leur faire part de leurs préoccupations concernant « les conditions de vie dans les prisons du pays et les dangers de surpopulation qui en découlent pendant la pandémie » de Covid-19.

Au début de la pandémie, la Haut-Commissaire Bachelet avait appelé tous legeneves Etats à réduire la population des prisons surpeuplées. 

Elle avait notamment demandé la libération des groupes à risque tels que les femmes enceintes, les personnes handicapées, les prisonniers âgés, les malades, les délinquants mineurs et à faible risque. Elle avait prôné l’élargissement des personnes en fin de peine et d’autres qui pourraient être réintégrés en toute sécurité dans la société, ainsi que l’application de mesures non privatives de liberté au stade de la détention préventive. 

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Madagascar recense au moins 14.554 cas confirmés de Covid-19 dont 181 décès.

 

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