Yémen : de nouvelles mesures nécessaires pour lutter contre la propagation de la Covid-19 dans les prisons (Experts)

25 juin 2020

Des experts indépendants des Nations Unies appellent à « des mesures supplémentaires et plus rapides pour lutter contre la propagation de la Covid-19 », en particulier dans les centres de détention au Yémen.

Le Groupe d’éminents experts internationaux et régionaux sur le Yémen a ainsi exhorté ce jeudi toutes les parties au conflit au Yémen à « entreprendre de nouvelles libérations de personnes privées de liberté ("détenus") ».

« Le groupe d’experts souligne l’importance pour toutes les parties au conflit d’adopter des mesures, reconnaissant l’effet potentiellement catastrophique pour les personnes en détention et la communauté au sens large si le virus devait se propager davantage au Yémen, étant donné les limitations importantes du système de santé yéménite », soulignent les experts onusiens.

Etant donné « l’effroyable surpeuplement des centres de détention et la rareté des services de santé adéquats », le groupe d’experts détaille le profil des détenus « de toutes les personnes les plus susceptibles d’être infectées ».

Il s’agit notamment de toutes les femmes enceintes, des enfants, des personnes handicapées, des personnes âgées et des malades.

996 cas confirmés de Covid-19 dont 262 décès

Le groupe recommande également la libération des délinquants à faible risque, des détenus en détention provisoire. Parmi ceux qui pourraient bénéficier de cette mesure, les experts évoquent les détenus qui sont en fin de peine, ainsi que d’autres personnes qui peuvent être réintégrées en toute sécurité dans la société.

Selon les experts, « ces mesures adéquates » permettraient de limiter « le risque d’exposition à Covid-19 pour les personnes qui restent en détention ». A noter que la publication de son premier communiqué de presse, en mars, appelant à des mesures préventives pour faire face au risque d’infection dans les établissements de détention, « des cas de Covid-19 ont été officiellement confirmés au Yémen ». Et selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), il y a eu 996 cas confirmés de Covid-19 dont 262 décès.

Plus largement, le Groupe d’experts est conscient de la nécessité pour les autorités compétentes de prendre en compte la sécurité publique ainsi que les impératifs sécuritaires dans leur prise de décision concernant la libération des détenus. Cela s’applique en particulier aux personnes qui ont commis des crimes violents, ainsi qu’à la détention de personnes dont les activités constituent « une menace grave » pour la sécurité de l’autorité détentrice en relation avec un conflit armé.

La communauté internationale doit faire plus sur le plan humanitaire

Rappelant l’appel lancé par le Groupe dans son rapport de 2019 soumis au Conseil des droits de l’homme, M. Kamel Jendoubi, président du Groupe, a également déclaré que « toutes les personnes détenues d’une manière contraire au droit international des droits de l’homme et au droit humanitaire devraient être libérées immédiatement, y compris les membres de la communauté bahaïe et les personnes faisant l’objet d’une ordonnance de libération accordée par les autorités judiciaires, comme les journalistes ». Il s’est également félicité des engagements pris par les autorités en faveur de nouvelles libérations.

À cet égard, le Groupe appelle toutes les parties à concentrer leurs efforts sur la lutte contre la Covid-19, au lieu de s’engager dans un nouveau conflit, pour le bien de la population qui a déjà tant souffert pendant plus de 5 ans de conflit. Le groupe d’experts a en outre exhorté toutes les parties concernées, y compris les tierces parties, à renforcer l’aide et l’assistance humanitaires.

« Face à la plus grande crise humanitaire du monde, la communauté internationale doit faire plus pour obtenir les fonds nécessaires pour faire face à la situation critique de la population yéménite qui ne fera qu’empirer avec l’impact de Covid-19 », a conclu M. Jendoubi.

 

Note

Les Rapporteurs spéciaux font partie de ce que l'on appelle les procédures spéciales du Conseil des droits de l'homme. Les procédures spéciales, le plus grand organe d'experts indépendants du système des droits de l'homme des Nations unies, est le nom général des mécanismes indépendants d'enquête et de surveillance du Conseil qui s'occupent soit de situations de pays spécifiques soit de questions thématiques dans toutes les régions du monde. Les experts des procédures spéciales travaillent sur une base volontaire ; ils ne font pas partie du personnel des Nations unies et ne reçoivent pas de salaire pour leur travail. Ils sont indépendants de tout gouvernement ou organisation et travaillent à titre individuel.

 

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