Face aux millions d’enfants pris au piège des conflits, l’ONU appelle à mettre en œuvre les processus de paix

15 juin 2020

L’exploitation et l’abus tragique des garçons et des filles utilisés pour et par les conflits armés se sont poursuivis sans relâche en 2019, alors que les Nations Unies ont vérifié plus de 25.000 violations graves contre les enfants, souligne le dernier Rapport annuel du Secrétaire général sur les enfants et les conflits armés publié lundi. 

« L'enfance de ces garçons et de ces filles a été remplacée par la douleur, la brutalité et la peur sous les yeux du monde entier. Les parties aux conflits négligent de protéger les enfants dans la conduite des hostilités et leur refusent l'aide vitale dont ils ont désespérément besoin. En violant les règles de la guerre, les parties mettent en danger leurs propres enfants », a déploré la Représentante spéciale du Secrétaire général pour les enfants et les conflits armés (CAAC), Virginia Gamba, en lançant le rapport. 

Le nombre total de violations graves reste similaire au nombre rapporté en 2018 et représente environ 70 violations par jour.  

Le refus de l'accès humanitaire aux enfants a augmenté de plus de 400%, avec 4.400 incidents vérifiés, soit « l'augmentation la plus choquante ». 

Le refus de l'accès humanitaire aux enfants a augmenté de plus de 400%, avec 4.400 incidents vérifiés

Le rapport met en exergue la violence contre les travailleurs humanitaires et les entraves à leur travail, le pillage des fournitures et les restrictions de mouvement, parmi les nombreuses perturbations dans la fourniture d'une assistance de base aux enfants. Le Yémen, le Mali, la République centrafricaine (RCA), Israël et l'État de Palestine et la Syrie sont les situations les plus préoccupantes.  

Le manque de respect du caractère civil des écoles et des hôpitaux reste également extrêmement préoccupant, avec 927 incidents d'attaques contre des écoles et des hôpitaux et leurs personnes protégées vérifiés, principalement en Afghanistan, en Israël et dans l'État de Palestine et en Syrie. 

« J'appelle toutes les parties au conflit à donner immédiatement la priorité à l'accès humanitaire aux enfants et aux populations vulnérables dans les situations de conflit armé, et à permettre aux experts en protection de l'enfance et aux humanitaires de faire leur travail. Je salue le courage et le dévouement de ces professionnels humanitaires et j'appelle tous les États membres à soutenir le travail des acteurs de la protection de l'enfance sur le terrain", a déclaré la Représentante spéciale. 

Dans l'ensemble, des millions d'enfants ont été privés d'éducation et de soins de santé en conséquence directe des attaques, en raison de la fermeture d'écoles et/ou d'un mauvais usage ou d’un usage militaire.

Les garçons et les filles ont continué à subir des violences sexuelles avec 735 cas vérifiés, mais la violation est largement sous-déclarée, met en garde le rapport. Le plus grand nombres de violations vérifiées se trouvent en République démocratique du Congo (RDC), en Somalie et en République centrafricaine. 

Des facteurs tels que l'impunité des auteurs, le manque d'accès à la justice, la crainte de la stigmatisation et le manque de services pour les survivants sont en grande partie responsables de la sous-déclaration. 
 

© UNHCR/Sylvain Cherkaoui
Le visage du déplacement; un jeune garçon qui a été forcé de fuir son domicile en raison de violences à Kaya, au Burkina Faso.

Situation critique au Burkina Faso et au Cameroun

Le rapport note également que la nature transfrontalière des conflits reste préoccupante, notamment dans les régions du Sahel et du bassin du lac Tchad. Pour remédier à la situation critique et à la vulnérabilité de ces garçons et de ces filles, le Secrétaire général inclura deux nouvelles situations préoccupantes dans son prochain rapport sur les enfants et les conflits armés : le Burkina Faso et le Cameroun. La Représentante spéciale et son Bureau sont prêts à continuer à soutenir les efforts visant à protéger les enfants dans ces régions. 

Plus de de 2.500 enfants ont été détenus pour leur association réelle ou présumée avec des parties à un conflit, y compris d'éventuelles associations avec des groupes terroristes.

Plus de de 2.500 enfants ont été détenus pour leur association réelle ou présumée avec des parties à un conflit, y compris d'éventuelles associations avec des groupes terroristes désignés par les Nations Unies, selon la Représentante. 

Mme Gamba rappelle que les enfants doivent avant tout être traités comme des victimes et que la détention ne doit être utilisée qu'en dernier recours, pour la période la plus courte possible, et que des alternatives à la détention doivent être activement recherchées. 

Elle invite en outre tous les États membres concernés à faciliter le rapatriement volontaire des enfants bloqués dans des camps en Iraq et en Syrie vers leur pays d'origine ou vers le pays d'origine de leurs parents. 
 

Photo UNICEF/Donna DeCesare
Cette jeune fille âgée de 15 ans était un enfant soldat en Colombie. Environ 30% d'entre eux sont des filles, souvent victimes de violences sexuelles.

Désespoir vs espoir : les enfants pris au piège dans la dynamique des conflits

Plus de 10.000 enfants ont été tués ou mutilés, une diminution par rapport aux 12.014, en 2018.  
L'Afghanistan reste le pays le plus meurtrier pour les enfants, suivi par la Syrie et le Yémen.  
Un enfant sur quatre a été tué ou mutilé par des restes explosifs de guerre (REG), des engins explosifs improvisés (IED) ou des mines terrestres, ce qui souligne la responsabilité des parties et des gouvernements dans la sécurisation et l'élimination de ces armes mortelles. 

Plus de 7.000 enfants ont été soit recruter ou utiliser lors des conflits, un chiffre qui demeure préoccupant malgré qu’il soit inférieur à celui de 2018.

La plupart des cas ont été perpétrés par des acteurs non étatiques en RDC, en Somalie et en Syrie.  
En ce qui concerne les acteurs gouvernementaux, la Représentante spéciale réitère son appel aux États membres qui n'ont pas encore ratifié le Protocole facultatif concernant l'implication d'enfants dans les conflits armés (OPAC) de le faire, signalant que cette année marque le 20e anniversaire du Protocole facultatif.

Le nombre d’enfants enlevés, notamment à des fins de recrutement et d'abus sexuels, est passé de près de 2.500 en 2018 à près de 1.700, le plus grand nombre ayant été vérifiés en Somalie, en RDC et au Nigéria.  
 

Un adolescent âgé de 15 ans, ancien enfant soldat, se rend à l'école au Soudan du Sud (archives). Photo UNICEF/Ohanesian

Des plans d’action qui permettent de progresser

Selon la Représentante, les progrès constatés, comme dans le cas de certaines violations moins graves, sont le résultat de l'engagement continu des Nations Unies avec les parties au conflit, autour des plans d'action et d’engagements. Ces derniers comprennent notamment de mesures telles que des lois sur la protection de l'enfance, la justice pour les victimes et un meilleur accès des acteurs de la protection de l'enfance afin de libérer les enfants recrutés.  

En 2019, plus de 30 plans d'action, feuilles de route, ordres de commandement et autres mesures visant à protéger les enfants ont été pris par les parties au conflit avec l'engagement des Nations Unies, dont beaucoup ont conduit à la séparation des enfants des rangs des groupes armés. 

Pour mettre fin au cycle de violence des enfants dans les conflits armés, il faut également mettre en place des programmes de réinsertion complets comprenant l'éducation, le soutien psychosocial, la santé et l'emploi. 

La Représentante spéciale appelle la communauté internationale à continuer de soutenir les efforts de réintégration, notamment par le biais de la Coalition mondiale pour la réintégration des enfants soldats. 

Des efforts de prévention renforcés ont bénéficié aux enfants en 2019, ce qui a permis de libérer ou de séparer plus de 13.200 enfants des forces armées ou des groupes armés. Ces efforts comprennent l'engagement régional pour la paix, conformément à la résolution 2427 (2018) du Conseil de sécurité, et la volonté politique des parties d'engager un dialogue de paix et de déclarer des cessez-le-feu.

« Dans un quart des situations à l'ordre du jour du Bureau des enfants et les conflits armés, les gouvernements et les acteurs non étatiques comme l'Afghanistan, la République centrafricaine, le Soudan du Sud, le Soudan, le Myanmar et le Yémen, sont engagés dans certains processus de paix. J'encourage toutes les parties engagées dans de tels dialogues à intégrer les considérations relatives à la protection de l'enfance dans leurs discussions et leurs accords, car cela peut contribuer à une paix durable », a exhorté la Représentante spéciale. 

Aussi selon elle le Guide pratique à l'intention des médiateurs pour la protection des enfants dans les situations de conflit armé, lancé au début de 2020, reste un outil essentiel pour soutenir cet effort. 

« La paix reste le moyen le plus puissant pour réduire les violations contre les enfants. Je me fais une nouvelle fois l'écho de l'appel du Secrétaire général à un cessez-le-feu mondial, non seulement dans le cadre de la lutte contre la pandémie de Covid-19, mais aussi au-delà, car les enfants dans les conflits armés et leurs familles ont un besoin urgent de paix - et de la protection qui l'accompagne », a conclu Mme Gamba. 
 

 

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