Yémen : l’envoyé de l’ONU s’inquiète de l’escalade militaire qui contredit les promesses des belligérants

18 février 2020

L’envoyé de l’ONU pour le Yémen, Martin Griffiths, a dénoncé mardi devant le Conseil de sécurité la récente escalade militaire dans le pays, malgré les assurances répétées des belligérants selon lesquelles ils souhaitent une solution politique au conflit.

« Au cours du mois écoulé, la situation militaire s'est aggravée. Les deux parties ont annoncé des objectifs militaires ambitieux et échangé une rhétorique féroce », a expliqué le Représentant spécial du Secrétaire général pour le Yémen devant les membres du Conseil. Il a précisé que la plupart des combats violents ont eu lieu dans le district de Nehm, près de la capitale Sana’a, et dans les gouvernorats de Jaouf, Mareb et Sa’ada, dans le nord.

« Des lignes de front qui étaient calmes depuis plusieurs mois ont été entraînées dans cette escalade. Les signalements de frappes aériennes et d'attaques aériennes transfrontalières ont considérablement augmenté », a-t-il ajouté.

L’envoyé de l’ONU s’est dit bouleversé par les informations faisant état de dizaines de victimes civiles, de déplacements de familles et de dégâts causés à des écoles et des hôpitaux.

« Les parties m'ont à plusieurs reprises rassuré sur leur volonté d’arriver à une solution pacifique et politique de ce conflit », a encore dit M. Griffiths, pour qui l’escalade militaire « contredit directement la volonté des parties d’aller dans cette direction ».

Selon lui, les dirigeants des deux parties « ont la capacité et la responsabilité de freiner la violence, de réduire la rhétorique et de s'engager à une désescalade plus durable ». Il a dit craindre que cette escalade militaire ne menace également les progrès réalisés dans la région du port d’Hodeïda, qui est cruciale pour la livraison de l’aide humanitaire.

Malgré cette situation militaire désastreuse, les parties ont accompli des progrès significatifs dans leurs efforts pour renforcer la confiance et soulager ceux qui souffrent, a estimé l’envoyé de l’ONU. Entre le 10 et le 16 février, les parties se sont réunies à Amman, en Jordanie et ont convenu d'échanger des prisonniers et des détenus conformément au mécanisme convenu à Stockholm en décembre 2018.

En outre, au cours de la première moitié de février, les deux premiers vols du pont aérien médical ont transporté 28 patients de Sana’a pour une assistance médicale à l'étranger.

« Malgré ce signe d’espoir, plusieurs milliers de patients ayant besoin de soins médicaux à l’étranger sont toujours à Sana’a. Pour eux, le pont aérien médical doit fonctionner régulièrement comme solution temporaire », a dit Martin Griffiths.

Appel à un cessez-le-feu

De son côté, le chef de l’humanitaire de l’ONU, Mark Lowcock, a indiqué devant les membres du Conseil de sécurité que l’escalade militaire a déplacé plus de 35.000 personnes depuis mi-janvier et a inversé la tendance à une baisse du nombre de victimes civiles observée au cours des mois précédents. En janvier, plus de 160 civils ont été tués ou blessés à travers le Yémen.

« Depuis des mois, j'appelle à un cessez-le-feu dans tout le pays. Cet appel est encore plus urgent aujourd'hui alors que la violence risque fort de devenir incontrôlable », a dit M. Lowcock.

S’agissant de l'accès humanitaire, il a regretté que « l'espace dont nous avons besoin se rétrécit », notant que les problèmes les plus graves se trouvaient dans les zones contrôlées par les rebelles houthis.

Malgré ces défis, l'opération humanitaire continue de fournir une assistance à des millions de Yéménites, a-t-il noté. Le Programme alimentaire mondial (PAM) fournit notamment une aide alimentaire à plus de 13 millions de personnes chaque mois.

 

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