Premier anniversaire de l’accord de paix en RCA : des avancées, mais aussi des défis à relever (ONU)

6 février 2020

A l’occasion du premier anniversaire de l’Accord de paix en République centrafricaine (RCA), le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a félicité jeudi la population et le gouvernement du pays, tout en invitant les parties signataires à respecter leurs engagements et à faire cesser la violence.

« Je félicite le peuple centrafricain et son gouvernement à l’occasion du 1er anniversaire de l’Accord politique pour la paix et la réconciliation en République centrafricaine », a déclaré le patron de l’ONU dans un message vidéo.

« Mais malgré ces progrès encourageants, je reste préoccupé par certains retards dans la mise en œuvre et je condamne fermement la poursuite des violences », a-t-il ajouté.

 Malgré ces progrès encourageants, je reste préoccupé par certains retards dans la mise en œuvre et je condamne fermement la poursuite des violences - António Guterres

Aussi, le Secrétaire général appelle-t-il tous les signataires à respecter leurs engagements soulignant que le peuple centrafricain, dans toutes ses composantes, doit être au cœur de processus de paix.

António Guterres note que l’Accord a permis de réels progrès comme la réduction de la violence, le début du processus de démobilisation, désarmement et réintégration, le redéploiement des forces de défense et de sécurité ainsi que de l’administration et l’adoption en cours des projets de loi prévus par le document signé il ya un an.

Le Secrétaire général juge important que tous les partenaires soient pleinement engagés et unis. Il rappelle que la communauté internationale et les Nations Unies sont résolues à poursuivre leur soutien à l’Accord.

« La MINUSCA apportera son appui pour la stabilisation du pays et pour la tenue dans les délais constitutionnels des élections de 2020 et 2021. Ensemble, construisons un avenir meilleur pour la République centrafricaine », a-t-il conclu.

Célébrations à Bangui

Un an jour pour jour après sa signature, l’adoption de l’Accord de paix  a aussi été célébrée ce jeudi à Bangui, autour du chef de l'État, Faustin Archange Touadera et de toutes les parties prenantes.

Prenant la parole, le Président Touadera a fait observer une minute de silence en mémoire des victimes de la crise, tout en déplorant la persistance des tueries et violations graves des droits de l'homme.

« Dans tout accord de paix il existe des défis à relever et des remises en question permanentes. L'unique voie dans le contexte de notre pays reste la voie de la paix et de la recherche du dialogue national. Il n'y a pas d'autres alternatives possibles », a rappelé le Président centrafricain.

 L’Accord demeure la seule voie viable vers une paix durable en République centrafricaine - Faustin Archange Touadera

Faustin Archange Touadera a salué la contribution de la MINUSCA, des garants et facilitateurs dans la mise en œuvre de la stratégie de vulgarisation de l’Accord qui porte déjà ses fruits. Cependant, il les a invités, un an après, à mettre fin à la période d'observation pour passer à l'action, en appliquant le régime des sanctions contre les violateurs de l'Accord.

« L’Accord demeure la seule voie viable vers une paix durable en République centrafricaine. Il n’est pas à renégocier mais plutôt à exécuter, et de bonne foi, dans le dialogue et la concertation, en territoire centrafricain », a rappelé de son côté Mankeur Ndiaye, Chef de la MINUSCA.

Au nom des Nations Unies, M. Ndiaye a félicité le Président Touadera pour son engagement, et encourage les efforts du Premier ministre, Firmin Ngrebada, tout en réaffirmant l'entière disponibilité de la MINUSCA à accompagner le processus de paix.

Le Représentant spécial du Secrétaire général de l'ONU en RCA a toutefois déploré les violations des droits de l'homme, notamment ceux des femmes et des enfants, et appelé toutes les parties au strict respect de leurs engagements contenus dans l’Accord de paix.

Ceci est d’autant plus important que la Centrafrique connaitra cette année des élections pour la tenue desquelles Mankeur Ndiaye a réitéré le soutien effectif de la MINUSCA.

Lors de ces célébrations, les participants ont reconnu les progrès enregistrés, notamment la formation d'un gouvernement inclusif, le renforcement de la présence de l’État sur toute l’étendue du territoire, et l’opération Désarmement-Démobilisation pour 1.321 ex-combattants de huit groupes armés dans l’ouest du pays. De même, la mise en place de la Commission Vérité, Justice, Réconciliation et Réparation (CVJRR), le lancement des Unités spéciales mixtes de sécurité (USMS) et la levée de nombreuses barrières illégales, a été salué.

Photo : OCHA/CAR
Les déplacements massifs de population constituent un problème majeur en République centrafricaine (archives). Photo: OCHA RCA

Le sort peu enviable des enfants

Un an après la signature d'un accord de paix entre le gouvernement centrafricains et 14 groupes armés, le Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF) a indiqué jeudi que des millions d'enfants à travers le pays restent menacés par la violence et le manque d'accès à la nourriture, aux soins de santé et autres besoins de base.

Selon l'UNICEF, deux enfants sur trois en RCA ont un besoin urgent d'aide dans une crise qui a laissé des milliers d'entre eux pris au piège des groupes armés, et des milliers d'autres victimes de violences sexuelles. Dans ce contexte, Christine Muhigana, Représentante de l'UNICEF en RCA, se félicite de l'engagement formel d'un plus grand nombre de groupes armés à prévenir les graves violations contre les enfants et du fait que les enfants continuent d'être libérés.

L'UNICEF reste engagé à travailler aux côtés du gouvernement et de ses partenaires pour s'assurer qu'aucun enfant, jeune ou mère ne soit laissé pour compte - Christine Muhigana

Pour autant, avec plus de 500 violations graves des droits de l'enfant signalées entre janvier et décembre 2019, l’UNICEF rappelle qu'il ne s'agit là que des cas vérifiés et que les chiffres réels sont presque certainement beaucoup plus élevés. 

« Alors qu'il est incroyablement difficile d'estimer le nombre d'enfants qui restent associés aux groupes armés, ces enfants sont parmi les plus vulnérables du pays et leur sort reste incertain », a-t-elle déploré. 

Par ailleurs, les dernières données collectées par le Fonds montrent une diminution significative des cas de malnutrition aiguë chez les enfants de moins de cinq ans, par rapport à 2018, avec une prévalence de 5,8 % de la malnutrition aiguë générale en 2019, contre 7,1 % l'année précédente.

La Représentante a cependant mis en garde contre toute complaisance, soulignant le difficile chemin à parcourir pour que les droits de chaque enfant centrafricain soient pleinement compris, respectés et promus 

« L'UNICEF reste engagé à travailler aux côtés du gouvernement et de ses partenaires pour s'assurer qu'aucun enfant, jeune ou mère ne soit laissé pour compte », a-t-elle fait valoir.

 

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