Venezuela : l’ONU appelle à garantir les libertés publiques pour des élections transparentes en 2020

18 décembre 2019

La Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, a présenté un rapport sur le Venezuela dans lequel elle a appelé les acteurs politiques à reprendre les négociations.

Mme Bachelet a parlé de l'impact des sanctions sur l'économie du pays et de leurs graves répercussions sur les droits de la population. Elle a réitéré sa préoccupation face aux niveaux de violences et aux exécutions extrajudiciaires présumées.

La Haut-Commissaire a de nouveau appelé mercredi tous les acteurs politiques du Venezuela à reprendre les négociations pour trouver une solution à la crise politique et économique du pays et « redonner espoir à la population ».

« Il est crucial de garantir les libertés publiques qui sont fondamentales pour créer les conditions nécessaires à des élections libres, régulières, crédibles, transparentes et pacifiques », a affirmé Mme Bachelet lors d'une séance d'information du Conseil des droits de l'homme, rappelant que 2020 sera une année électorale au Venezuela. 

A cet égard, elle a déclaré que son bureau « a continué à documenter les actes et les cas de restriction des libertés publiques, qui limitent l'espace civico-démocratique ».

Détention et libérations

Mme Bachelet a fait un exposé de la situation des garanties fondamentales dans le pays d'Amérique latine, rendant compte des activités des équipes du Haut-commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH) sur le terrain. 

Elle a remercié les autorités vénézuéliennes pour l’ouverture et la collaboration dont ils ont fait preuve, en autorisant la présence de deux spécialistes des droits de l'homme dans le pays et en leur donnant accès à l’ensemble du territoire, dont les centres de détention.

Ces travailleurs ont interrogé 70 détenus, en toute confidentialité, et ont documenté 118 cas de personnes privées de liberté nécessitant une réponse urgente pour des raisons de santé ou des retards judiciaires.  Mme Bachelet a demandé à avoir accès aux centres de détention des services de renseignement civils et militaires.

La Haut-Commissaire a signalé la libération, en septembre et octobre derniers, de 28 personnes détenues pour des raisons politiques, tout en appelant à la libération de tous ceux qui demeurent privés de liberté pour les mêmes raisons.

Elle a indiqué que le gouvernement avait invité les rapporteurs spéciaux à visiter à nouveau le pays en 2020 afin qu’il puisse constater l'impact négatif des mesures coercitives unilatérales, notamment sur le droit au développement.
 

© UNICEF/Velasquez
Un garçon mendie dans les rues de Caracas, la capitale du Venezuela. (3 juin 2019)

Situation économique

La situation économique et sociale de la population continue de porter atteinte aux droits de la population, a affirmé la Haut-Commissaire.

Bien que l'approvisionnement alimentaire se soit amélioré ces derniers mois, « seule une minorité de la population ayant accès à des devises étrangères peut régulièrement couvrir les prix alimentaires élevés dus à une hyperinflation et une dollarisation de facto de l'économie », a-t-elle ajouté.

Mme Bachelet a signalé que bien que le gouvernement ait décrété une augmentation de 375 % du salaire minimum, la population a perdu 72,5 % de son pouvoir d'achat par rapport panier alimentaire de base depuis le début de l'année.

Elle a noté que les sanctions économiques récentes continuent d'avoir un impact négatif sur l'économie et les services publics à tous les niveaux et a ainsi demandé des informations officielles plus détaillées pour « déterminer la portée précise des sanctions dans la mise en œuvre des programmes sociaux ».

Violence

La cheffe des droits de l’homme de l'ONU a réitéré son inquiétude face aux niveaux de violence « qui, ces derniers mois, ont également atteint les dirigeants politiques locaux, comme le démontrent les assassinats de l'ancien conseiller de l'opposition Edmundo « Pipo » Rada Angulo et de l'ancien gouverneur pro-gouvernemental Johny Yáñez Rangel ».

Elle a ajouté que depuis le mois d'août jusqu'à ce jour, son bureau a documenté des allégations d'exécutions extrajudiciaires présumées par des membres des Forces d'action spéciales, principalement contre des jeunes hommes, dans le cadre d'opérations de sécurité dans des quartiers marginaux.

© UNHCR/Siegfried Modola
Des réfugiés et migrants vénézuéliens traversent le pont Simon Bolivar pour se rendre en Colombie. le pont est l'un des sept points d'entrée légaux à la frontière entre la Colombie et le Venezuela.

Migrant

Selon les données de l'ONU, 4,7 millions de Vénézuéliens ont quitté le pays et les projections indiquent que ce chiffre pourrait atteindre 6,5 millions à la fin de 2020.

« Je suis préoccupée par l'augmentation de la migration irrégulière due, d'une part, à l'augmentation des conditions d'entrée dans certains pays de transit et de destination, mais aussi aux difficultés rencontrées par les Vénézuéliens pour obtenir leurs documents de voyage », a-t-elle dit.

Enfin, Mme Bachelet a reconfirmé l'engagement de son bureau à contribuer à l'amélioration de la situation des droits de l'homme au Venezuela et a insisté sur l'importance d'étendre sa présence afin de faire progresser l'agenda des garanties fondamentales dans le pays.

 

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