Syrie : la première réunion du Comité constitutionnel maintenue à la fin octobre à Genève

16 octobre 2019

Alors que l’offensive turque se poursuit au nord-est de la Syrie, l’Envoyé spécial de l’ONU pour ce pays a affiché sa volonté de tenir la première réunion du Comité constitutionnel syrien, le 30 octobre prochain à Genève, comme prévu.

« Nous avons convenu, ici à Damas, que nous irons de l’avant et que nous aurons la première réunion du Comité constitutionnel d’ici la fin du mois », a déclaré Geir Pedersen lors d’un point de presse ce mercredi dans la capitale syrienne, à la suite d’une rencontre avec le Ministre syrien des Affaires étrangères, Walid al-Moualem.

La visite du médiateur onusien avait été déjà prévue pour discuter des préparatifs de la première réunion du Comité constitutionnel syrien. Après l’étape de Riyad pour rencontrer l’opposition syrienne, les discussions de M. Pedersen, arrivé mardi nuit, se sont donc poursuivies à Damas avec le chef de la diplomatie syrienne. Mais ce ballet diplomatique intervient en pleine offensive d’Ankara en Syrie.

A cet égard, l’Envoyé spécial a réitéré « l’appel pressant du Secrétaire général de l’ONU » pour la fin immédiate des combats et des hostilités. « Nous sommes extrêmement alarmés par les conséquences humanitaires de la crise et que nous avons déjà vu trop de morts et plus de 160.000 personnes déplacées », a ajouté le diplomate norvégien.

Photo OIM/Vanessa Okoth-Obbo
Un enfant dans un centre d'accueil dans le village de Sahela, en Iraq, où 182 Syriens sont assistés par l'OIM après avoir franchi la frontière (octobre 2019).

Veiller au maintien de l’intégrité territoriale de la Syrie

Interrogé sur les répercussions des derniers développements sur les futurs travaux prévus à Genève, M. Pedersen a indiqué qu’à ce stade, il y a « un accord selon lequel le Comité constitutionnel sera lancé d’ici la fin octobre ». « Comme je l’ai dit, nous sommes très alarmés par l’évolution de la situation dans le nord-est et, bien entendu, nous devons veiller à ce que ce qui se passe ne menace pas la souveraineté, l’indépendance et l’intégrité territoriale de la Syrie », a-t-il insisté. 

Il a également rappelé le message constant de l’ONU selon lequel, « il n’existe qu’une solution politique à la crise dans le nord-est ». Et la prochaine étape naturelle serait le rendez-vous sur les bords du Lac Léman, surtout après avoir eu avec Damas « une discussion assez détaillée » sur la manière dont les différentes parties entendent « procéder au lancement de cette commission d’ici la fin de ce mois». 

« Et je continuerai à discuter avec le coprésident de la liste du gouvernement et le coprésident de l’opposition. Et je dois dire que jusqu’à présent, les discussions que j’ai eues ici à Damas et avec l’opposition à Riyad ont été très bonnes lorsqu’il s’est agi de lancer le Comité constitutionnel, et j’espère bien sûr que cela pourra ouvrir la porte, comme je l’ai dit plusieurs fois, à un processus politique élargi », a fait valoir M. Pedersen.

De quoi rendre « optimiste » le médiateur onusien sur le fait qu’un bon lancement des travaux du Comité constitutionnel est attendu à Genève. « Comme je l’ai dit, cela ouvrira la porte au processus politique plus large qui est nécessaire si nous voulons trouver une solution à la crise en Syrie », a-t-il martelé.

Plus de 160.000 personnes, dont 70.000 enfants, ont été déplacés par les combats depuis le début de l’escalade de la violence dans le nord-est de la Syrie la semaine dernière. Et l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) estime que quelque 2.000 personnes supplémentaires qui ont fui les derniers combats dans le nord-est de la Syrie se trouvent actuellement près de la frontière syro-iraquienne.

L’un des pires conflits de notre temps

Le sort des civils pris au piège de ces combats inquiète d’ailleurs le Conseiller spécial des Nations Unies pour la prévention du génocide, Adama Dieng, et la Conseillère spéciale des Nations Unies pour la responsabilité de protéger, Karen Smith.

« Les civils syriens continuent de vivre l’un des pires conflits de notre temps, avec des violations répétées de leurs droits fondamentaux », ont-ils souligné, non sans rappeler que cette dernière escalade du conflit met à nouveau les civils en grand danger. Ils ont ainsi réitéré leurs appels à la désescalade, en déclarant que « beaucoup trop de civils ont déjà été victimes de crimes atroces en Syrie depuis le début du conflit en 2011 et que des millions de Syriens sont toujours exposés à ces crimes».

A cet égard, les conseillers spéciaux onusiens ont souligné que les autorités turques et toutes les parties au conflit en Syrie devaient veiller au strict respect de l’obligation légale de protéger les civils. Cette responsabilité incombe à tous les acteurs étatiques et non étatiques. Ils ont également exhorté la communauté internationale, et le Conseil de sécurité en particulier, à faire davantage pour assumer sa responsabilité de protéger les civils dans le conflit syrien.

Une façon de dénoncer « l’échec répété du Conseil de sécurité de parler d’une seule voix et de prendre des mesures pour protéger les populations civiles exposées à des violations graves ». « Tant qu’il n’y aura pas de solution politique durable à la crise, où toutes les communautés du pays auront voix au chapitre et où leurs droits pourront être protégés, le risque de crimes atroces restera une réalité », ont-ils conclu.

 

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