Myanmar : une experte de l’ONU appelle le gouvernement à rétablir l'Internet à Rakhine et à Chin

24 juin 2019

La fermeture des réseaux de téléphonie mobile par le gouvernement du Myanmar dans neuf townships pourrait avoir de graves conséquences sur les droits de l'homme et le suivi humanitaire dans les zones de conflit des États de Rakhine et de Chin, a averti lundi une experte de l’ONU.

« En l'absence d'accès aux médias et alors que de sérieuses restrictions sont imposées aux organisations humanitaires dans la zone touchée par le conflit, toute la région est coupée du monde », a déclaré Yanghee Lee, la Rapporteure spéciale des Nations Unies sur la situation des droits de l'homme au Myanmar. « Je crains pour tous les civils qui se trouvent là-bas, isolés et sans les moyens nécessaires pour communiquer avec les gens à l'intérieur et à l'extérieur de la zone », a-t-elle ajouté.

De récentes informations font état de violations des droits de l'homme et du droit international humanitaire commises à l'encontre de la population civile par les deux parties au conflit au cours des six derniers mois.

Le 20 juin, le ministère des transports et des communications du pays a enjoint à tous les opérateurs de réseau de téléphone mobile, en vertu de la loi de 2013 sur les télécommunications, d'arrêter temporairement les services Internet mobiles. Le ministère a justifié la coupure de l’internet en citant des perturbations de la paix et l’utilisation de services mobiles a des fins d’activités illégales. 

Selon des informations crédibles, le 19 juin, la Tatmadaw (forces armées du Myanmar) aurait mené des attaques par hélicoptère dans le canton de Minbya, dans le centre de l’Etat de Rakhine. Le lendemain, l'armée arakane a tiré sur un navire à Sittwe, tuant et blessant plusieurs soldats.

« On me dit que la Tatmadaw est en train de mener une "opération de déminage", qui, nous le savons tous maintenant, peut servir de couverture pour les auteurs de violations flagrantes des droits humains contre la population civile », a déclaré l'experte de l'ONU. « Nous ne devons pas oublier que ce sont les mêmes forces de sécurité qui ont jusqu'ici nié toute responsabilité pour les atrocités commises contre les Rohingya dans l'État de Rakhine il y a moins de deux ans ».

Le conflit entre l'armée Arakan et la Tatmadaw est en cours depuis 2018. Les civils sont les premières victimes de ces violences. Plus de 35.000 civils ont été déplacés et des dizaines d’entre eux, y compris des enfants, ont été tués et blessés à la fois par des attaques aveugles et ciblées. D'autres, principalement des hommes de l'ethnie Rakhine, sont morts alors qu’ils étaient détenus par l'armée.

« J'appelle le gouvernement à revenir sur sa décision de couper l'internet mobile », a déclaré Mme Lee.

Pour l’experte, les deux parties au conflit doivent veiller à ce que les civils et les biens à caractère civil soient protégés à tout moment et respecter le droit international humanitaire. « Les restrictions imposées aux médias et aux organisations humanitaires doivent être levées immédiatement », a-t-elle dit.

 

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