Myanmar : les violations des droits humains dans l’Etat de Rakhine ne peuvent qu’alimenter le conflit (ONU)

10 mai 2019

Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) s’est dit profondément préoccupé par la détention de 40 à 50 garçons et hommes de l’ethnie rakhine au Myanmar.

« Ils seraient détenus depuis le 30 avril dans une école du village de Kyauk Tan, dans le district de Rathedaung, dans le nord de l’État de Rakhine, où six détenus ont été tués le 2 mai par l’armée du Myanmar », a déclaré le porte-parole du HCDH, Rupert Colville, lors d’un point de presse vendredi à Genève.

Ces hommes et garçons auraient été arrêtés à la suite d’attaques perpétrées par un groupe armé, l’armée d’Arakan, contre deux bases de la Tatmadaw (forces armees du Myanmar) le 9 avril. Selon les informations reçues par le HCDH, la Tatmadaw aurait encerclé le village de Kyauk Tan le 30 avril et demandé à tous les garçons de plus de 15 ans de se présenter à l’école locale. Les personnes âgées de plus de 60 ans ont été relâchées, tandis que les autres auraient été maltraitées et détenues, notamment par privation de sommeil et interdiction de se nourrir.

Le Bureau du commandant en chef de l’armée du Myanmar a d’ailleurs annoncé le 2 mai dernier que la Tatmadaw, avait ouvert le feu sur 275 hommes et garçons temporairement détenus dans une école de village, faisant six morts et huit blessés.

« Selon la Tatmadaw, des soldats ont ouvert le feu lorsque le groupe a tenté de saisir leurs armes, mais d’autres sources contestent ce récit. Ils disent que la Tatmadaw a ouvert le feu sans discernement après qu’un des détenus a tenté de s’échapper », a ajouté M. Colville. Après la fusillade, les corps des six hommes auraient été exposés bien en vue du village qui, jeudi encore, était encerclé par les militaires et manquerait de nourriture. L’armée a annoncé l’ouverture d’une enquête sur cet incident.

Selon les services de la Haut-Commissaire Bachelet, la plupart des garçons et des hommes ont été relâchés par groupes depuis le 2 mai, apparemment après avoir été interrogés. Cependant, jusqu’à 50 personnes sont toujours en détention au secret sans avoir accès à un avocat, à un médecin ou à toute autre forme de protection. Ils dépendent des membres de leur famille pour se nourrir.

Le HCDH inquiet des exécutions extrajudiciaires, les détentions arbitraires et au secret

Selon l’ONU, l’incident de l’école du village de Kyauk Tan n’est pas « un cas isolé ». Le 22 avril dernier, trois hommes de l’ethnie rakhine, qui figuraient parmi les 27 personnes arrêtées à Mrauk-U, également à la suite de l’attaque perpétrée par l’armée Arakan le 9 avril, ont été abattus en détention. Les autorités ont réfuté les allégations selon lesquelles ils auraient été abattus, mais les corps ont été incinérés peu de temps après leur mort et avant que leurs familles ne soient informées.

Le conflit en cours entre la Tatmadaw et l’armée Arakan dans l’État de Rakhine a continué de s’intensifier ces dernières semaines. Le HCDH est profondement préoccupée par ces exécutions extrajudiciaires, détentions arbitraires et au secret, mauvais traitements et l’utilisation prolongée d’une école à des fins militaires. « Et par ce qui semble être une punition d’un groupe important de villageois pour des actes de violence perpétrés par un groupe armé », a fait valoir M. Colville.

S’agissant de l’annonce selon laquelle l’armée mènera une enquête sur l’épisode, le HCDH a indiqué avoir observé à plusieurs reprises que les investigations de la Tatmadaw ne servaient qu’à blanchir leurs crimes.

Dans ces conditions, l’ONU plaide pour une enquête crédible, impartiale et indépendante sur l’incident de Kyauktan. « Une enquête qui devrait faire l’objet d’une enquête parallèlement à l’incident de Mrauk-U », précise le porte-parole du HCDH.

Tout en plaidant pour un accès humanitaire à toutes les zones de conflit, y compris dans le nord de l’État de Rakhine, le HCDH rappelle que la poursuite des violations des droits de l’homme, des punitions collectives et de l’impunité ne fera qu’alimenter le conflit entre la Tatmadaw et l’armée d’Arakan. « La paix est fondée sur la justice et sans elle, aucun progrès ne peut être réalisé », a prévenu M. Colville.

 

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